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Leçon numéro 1 : Apprendre à courir. Vite.
Dave
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David Williams

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Mer 11 Mar - 23:13
L'aéroport est bondé. Des tonnes de gens circulent, valise à la main, et manquent de se rentrer dedans. Le personnel fait grève, et la majorité des voyageurs en ont déjà marre alors même qu'ils n'ont pas quitté le sol suédois. Avec un soupçon d'agacement, peut-être, tu t'assois sur une des chaises de la salle d'embarquement, angoissant à l'idée de ne pas avoir ton vol ou d'être encore retardé. Déjà que tu t'imaginais ne pas l'avoir, vu le temps que tu as mis à rejoindre l'endroit depuis ton hôtel - que, très franchement, tu n'as eu aucun scrupule à quitter - il ne fallait pas te rajouter du stress supplémentaire. Sauf si le but ultime de ce fichu dieu est de te faire péter les plombs : là oui, peut-être qu'il est en bonne voie pour. Mais sûrement faudrait-il le lui demander directement. Problème : tu ne parles ni le dieu ni l'extra-terrestre. C'est comme ça, faut savoir faire avec.

Cela dit, tu crois que tu commences lentement à comprendre certaines des choses que t'a dit ton nouveau martyrisateur en chef : comprendre le suédois est beaucoup plus facile. Et même mieux : tu n'as aucune difficulté à parler et te faire comprendre. C'est magique, tu t'es dit. Non parce que parler anglais, se faire répondre en suédois, et que vous compreniez parfaitement ce que vous disiez tous les deux, c'est carrément fantasmagorique. Bon, faut avouer que tu sais pas trop ce que ce mot vient foutre dans ta tête, mais il a le mérite de t'avoir tiré un sourire de débile, hein, avoue-le. Avoue-leee. Parce que même si c'est pas vraiment drôle, disons que le côté fantasque de tes pensées qui s'égarent comme des moutons dans un pré a le mérite d'être suffisamment distrayant pour que tu manques de louper l'appel de ton avion. Plusieurs fois, d'ailleurs. En fait, tu avais presque déjà oublié pourquoi tu es là. Et rien qu'à cette idée, tu ne peux t'empêcher de soupirer. Allons donc. Quelle idée de t'envoyer en Corée, sérieusement…

Après avoir attendu dans la file de passagers montant dans l'avion, tu es un peu nerveux quand c'est à ton tour. Tu as toujours peur qu'on lise tes antécédents sur ton visage, quand tu montres ton passeport et ta carte d'identité. Alors tu souris, nerveusement, et l'employée face à toi se contente de te souhaiter un bon vol d'un air affable. Tiens, encore une blonde… Elles sont toutes blondes, dans ce pays ? Tu soupires. Si ça se trouve, Alice a déjà fait des petits bébés blonds avec un beau suédois, et toi, t'es même pas au courant. Ça t'apprendra à jamais être là quand il le faut, et toujours à te précipiter pour faire des choses stupides. Ouais, parce que stupide, c'est le mot, faut bien le dire. T'étais bien, en Australie. Et t'as préféré te geler les miches dans un pays nordique. Normal, quoi.

Tu prends place dans l'avion pour les trop nombreuses heures de vol qui te séparent de l'Asie orientale. Et comme t'as pas grand-chose à faire, tu t'endors. Parce que c'est chiant, l'avion. Regarder pendant des heures les nuages, ça te passionne pas vraiment. Ni même mater le cul des hôtesses ou du steward - tu me diras, eux ils se gênent pas pour faire du gringue aux voyageurs qui leur plaisent bien, alors bon… On va dire que t'es pas intéressé, ok ?

Quand tu sors de l'avion, tu respires enfin l'air frais - enfin "frais" quoi, un peu envahi de pollution. D'un coup, la Suède te paraît presque une terre hospitalière…
Presque, hein. Faut pas abuser non plus.

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Dave
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David Williams

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Jeu 12 Mar - 15:16
C'est en arrivant au niveau de ces foutus postes-frontière que tu te rends compte que ton dieu devait vraiment avoir une dent contre toi. Le nombre de militaires en faction, armes en bandoulière, qui se tiennent bien droit à côté de leurs postes, ne te dit vraiment rien qui vaille. Tu mets quelques longues secondes à capter, surtout, que tu vas devoir dépasser ces barrières pour entrer dans la zone située derrière pour pouvoir transmettre le présent de ton divin employeur. Employeur, en effet. C'est bien le mot. Quoiqu'un employeur peut-être un peu brusque : "Bonjour, je suis dieu, tu veux faire une mission pour moi ? En fait, je te demande, mais t'as pas vraiment le choix !" Disons que ce n'est pas la meilleure manière d'engager un type censé te servir. Ça fait plus esclave que serviteur, mais bon, c'est vrai que pour toi, la différence est pas vraiment visible, hein. Après tout, un humain, ça doit pas être grand-chose par rapport à un dieu : un insecte. Quelque chose du genre. Alors franchement, si y en a un qui meurt par inadvertance, c'est pas grave ! Ben oui. Evidemment que c'est pas grave, ahlala. Pauvre petit missionnaire. Ce serait si triste de mourir en Corée, quand même.

Tu regardes ton sac d'un air un peu embêté. Puis regardes derrière toi. Le taximan qui t'a emmené jusqu'ici avec énormément de bienveillance, en chantant sur des chansons coréennes affreuses et braillardes (tu imagines presque les coupes de cheveux de ces pauvres enfants), s'est visiblement déjà carapaté avec ton argent. Ouais, parti. Pouf. Plus là. En fait, c'est sûrement un acte de dieu, ça. Il lui a glissé quelques mots à l'oreille pour te laisser te débrouiller avec ton colis. Colis piégé, c'est quasiment certain. En fait, t'espères presque pouvoir faire passer la boîte à un des mecs... Mais bon ça relève plus du rêve qu'autre chose, là.

Mais vu la gueule de bouledogue qu'ils tirent, ce n'est pas vraiment certain que ce soit aussi simple que prévu. Oui, parce qu'évidemment, toi en simple coursier, tu te serais contenté de déposer ton paquet, repartir aussi sec, et retourner pourrir le reste de ta vie à Stockholm en attendant de retrouver ta frangine. Ouais, t'as toujours pas trouvé ta foutue frangine. C'est à croire qu'elle se charge de tout faire pour que tu puisses jamais plus tomber sur elle, hein.

En plus, quand t'as essayé de t'approcher, ils ont commencé à t'aboyer dessus : la preuve qu'ils prennent leur rôle de chien de garde très au sérieux. Avec de la chance, tu pourras p'tetre réussir à passer d'ici ce soir. Mais en attendant, t'as pas trop le choix, et les armes d'assaut qu'ils te pointent dessus te fait pas vraiment triper. Avec un soupir désemparé, tu t'éloignes de là, et t'installes par-terre en attendant que le soleil se couche - qu'il se passe un truc, en fait.

Franchement, maintenant tu peux le dire, t'aimes vraiment pas l'Asie. Les gens ont tous la même gueule et ils parlent une langue trop bizarre. Avec un accent bien dégueulasse. T'as vaguement l'impression d'être dans un film de Jackie Chan, là, pour être très honnête.

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Dave
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David Williams

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Ven 13 Mar - 16:12
Tu te réveilles en sursaut en entendant des gloussements et des rires. D'un œil torve, un peu endormi encore, tu te redresses et sens ton dos craquer. Tu t'es endormi sur le bord de la route comme un clochard, pas très loin de l'endroit que t'es censé rejoindre puis dépasser. Ça te fous le moral dans les chaussettes mais t'es pas prêt de réussir à passer les barrières avant la nuit. Visiblement, y a quelqu'un dans le ciel qui a pas envie de te voir glandouiller dans ta veste épaisse. Ou qui a pas envie de te voir crever de froid, peut-être. Tu sais pas trop, mais d'un coup tu le remercies : le poste-frontière est complètement désert.

Discrètement, tu t'avances vers lui, les sens aux aguets. Ton cœur s'est mis à battre avec frénésie et tu retrouves les positions habituelles du commando que tu étais. Le dos un peu courbé alors que tu passes à côté des blocs, avec les fenêtres qui laissent voir des hommes s'amusant avec une jolie femme, visiblement très contente d'être là. Leur rire résonne contre les parois, et tu comprends quelques mots dans leur charabia qui te donnent presque envie de vomir. Ils vont bien s'amuser ceux-là. Et toi, toi, Dave, tu seras déjà loin.

Une fois les barrières franchies, tu sens tous tes muscles contractés au point de t'en faire mal. Le stress tire une barre dans ton dos, et tu avances rapidement, au pas de course, pour t'éloigner le plus possible des zones surveillées. Il faut que tu avances ; tu sais que c'est là que tu dois aller. Ton manque d'entraînement se fait rapidement ressentir et tu te retrouves avec un point de côté douloureux sur les côtes ; mais hors de question de t'arrêter ici. Quand enfin tes jambes semblent ne plus vouloir te porter, tu consens à ralentir le rythme, sans pour autant t'arrêter. Tes membres tremblent et ta respiration est laborieuse ; mais tu as mis suffisamment de distance entre toi et le poste pour te permettre un peu de répit.

La main serrée autour de la bretelle de ton sac, tu trouves ça étrangement facile. Certes, l'idée d'être parvenu jusqu'ici pourrait te tirer un sourire, mais tu ne ressens ni fierté ni paix. En fait, t'as presque l'impression que c'est très loin d'être fini. Mais très vite, tu te rends compte que marcher sur des kilomètres alors que tu es aussi tendu ne te fais pas du bien. Il n'y a personne, pas une ombre, juste une forêt à droite et à gauche, avec une seule route au centre, et ce sur plusieurs kilomètres. Tu sais pas comment tu vas faire pour trouver ton gars, et ça te hante pendant tout le trajet ; à peu près autant que la peur de décevoir, la peur de te louper, mais surtout la peur de te faire attraper ou de mourir. Terrain inconnu égal danger ; tout ton corps te le crie mais ta tête reste sourde à ses signaux. Et franchement, quand tu le comprendras, il sera probablement un peu tard.

Puis, soudainement, tu l'entends. Ce coup de feu. D'abord un, puis plusieurs autres. Ton corps se tend, fait un bond ; tu cherches un endroit où te dissimuler, mais il n'y a rien à part ce bâtiment, un peu plus loin. Tes oreilles bourdonnent, t'as l'impression d'atterrir en plein cauchemar. En avançant un peu, tu le vois. Tu le vois putain, ce truc, ce truc que t'as fui et que tu pensais que tu reverrais plus, les combats, les explosions et les bombes, les armes et les coups de feu, les blessés, les soldats ; tout, tout ça, tout ce truc, ce truc qui-…

Tu sais que t'as pas le choix. T'as juste envie de te barrer dans l'autre sens, mais la boîte dans ton sac semble t'envoyer comme un avertissement. Tu peux pas reculer, tu peux pas abandonner maintenant. T'as beau avoir envie de t'écrouler, autant de fatigue que de terreur, tu sais que t'as pas le droit de laisser tomber.

Alors tu continues à avancer, presque en rampant pour ne pas qu'on te remarque, et te caches dans la broussaille de la forêt. Tu te colles à un arbre, resserres tes jambes contre toi. Tous tes foutus membres tremblent. Plus loin derrière toi, t'as des hommes qui hurlent des ordres et tu te bouches les oreilles pour pas les entendre, tu fermes les yeux pour ne pas voir. Ta respiration est saccadée, violente, t'arrives à peine à reprendre ton souffle. Cette fois, tes jambes ne te porteront plus. Tu ne te relèveras pas, c'est impossible que tu traverses cet enfer. Impossible d'y aller. Tu ne veux pas mourir. Tu ne veux plus revoir ça. Pourquoi on t'impose toujours ces visions, hein ? Pourquoi on tient tant que ça à te faire revivre ça ? On t'avait promis que tu reverrai plus la guerre, le sang, la violence. On t'avait promis que tu revivrai plus la mort.

Qu'est-ce qu'il attend de toi, ce Dieu ? Que tu reprennes les armes, que tu tues pour lui ? Ou que tu meures pour lui ? Il attend quoi, au juste ? La colère, la haine ? La haine, putain. Tu la sens qui gronde et t'as autant de mal à refouler ta peur qu'à l'ignorer, elle aussi. C'est le bordel et tu comprends pas ; tu comprends pas et tu veux pas comprendre, au final.

Tes joues sont humides. Tu sens des larmes couler le long de ton nez et goutter par terre ; tes dents se serrent. Grincent. Une explosion, pas très loin. Tu ne veux pas mourir. Tu ne veux pas mourir. Mais il faut que tu déposes cette boîte…

Pourquoi t'as accepté ? Pour être fier de toi, ou que quelqu'un soit fier ? C'est pas comme si t'avais l'habitude d'être déçu ou de décevoir les autres, c'est ce que t'as toujours fait et c'est ce qui continue à faire tourner ta vie. Mais est-ce que tu vaux pas plus que ça, qu'un putain de gosse qui chiale alors que des mecs se font dézinguer trois pas à côté ? C'est injuste, c'est injuste et t'es tellement en colère contre toi-même. Parce que t'aimerais être plus que Dave ; être David, juste une fois. Un adulte, quelqu'un peut-être, un homme qui a des principes, qui tient ses promesses. Quelqu'un de moins faible, de plus fort. Quelqu'un. Juste être quelqu'un. Aux yeux de n'importe qui. Une personne, peut-être. Une personne, ce serait bien. Une personne, c'est suffisant, pour toi. T'as pas besoin de plus. Juste d'avoir l'impression de servir à quelque chose. D'avoir l'impression d'exister.

Maintenant tu te souviens pourquoi t'es allé en Syrie. Tu voulais prouver ce que tu savais faire - et tu savais le faire bien. T'as pas toujours été comme ça - aussi bizarre, aussi renfermé, peureux, triste. T'as pas toujours été comme ça, et tu comprends pas ce qui t'es arrivé pour que tu puisses plus faire machine arrière. Mais cette violence, tu te souviens, même si elle t'a marquée, même si elle t'a fait du mal, même si elle t'a brisé en mille morceaux, cette violence, elle t'a porté plus haut et plus loin, elle t'a fait voir tes propres limites. Tes limites, c'est ça qu'il veut que tu atteignes ; mais est-ce que t'es seulement capable de les dépasser ? Tu stagnes, tu stagnes Dave. C'est pas un homme, ce que tu es.

C'est rien d'autre qu'un condensé de lâcheté.

T'as peur. T'as peur, alors tu vas partir ? Ou alors tu vas te laisser aller à la colère et foncer ? Et si tu joignais les deux, il se passerait quoi ? Si tu te décidais à y aller, la haine au cœur et la peur au ventre, tracer pour réussir, te battre pour survivre, qu'est-ce qu'il se passerait ? Est-ce que t'aurais réussi ton défi ? Est-ce que t'aurais rempli ton pari ? Mais c'est qui, celui que tu veux impressionner ? C'est ton dieu, ou bien c'est toi ?

Alors, qu'est-ce que t'as envie de prouver, David ?

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Dave
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David Williams

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Mar 24 Mar - 23:02
Ton dos se décolle du tronc sur lequel tu t'es appuyé. D'une main, tu t'aides pour parvenir à te hisser sur tes jambes flageolantes. Ta course de tout à l'heure t'a épuisé, mais tu puises au plus profond de toi-même pour réussir à ne pas t'écrouler. Là, ton cerveau est out ; cherche pas de l'aide par ici, t'arriveras à rien. Il te dit clairement de te démerder avec ce que t'as pour réussir à traverser le camp. T'as même pas vu comment ça s'est passé ; tu vois juste quelques buttes de terre entassées dans tous les coins, et, même si tu ne les aperçois pas, tu t'imagines les gars planqués dans les broussailles et les arbres, à gauche et à droite de la route, dans l'espoir de pas se prendre une bastos dans la poitrine.

Tu te dis que le meilleur moyen de passer, c'est probablement de rester cacher là aussi ; dans les fourrés, ils auront une moins bonne visibilité. Mais t'as si peur de tomber sur un des soldats que tu te contentes de déglutir profondément. Tu fermes les yeux. Ta sœur. Ses bras ; t'aurais aimé pouvoir t'y blottir une dernière fois. Opération-suicide. Ça te rappelle la Syrie, encore. Ces raids que vous faisiez, ces armes trop lourdes dans tes mains déjà pleines de sang. Tu sais pas comment tu vas t'en sortir. Mais t'as juste la rage. La rage de vivre, de vaincre. Peut-être que tu te sentiras plus fort en rentrant. T'aimerais te sentir plus fort. Comment ? Comment tu peux faire ?

- GRENADE !

Le cri fuse et tu réagis au quart de tour. Tu te jettes sur le côté et te protèges la tête de tes mains pour éviter de recevoir des débris en plein visage. Tu t'égratignes les genoux sur le sol dans ta précipitation, mais bénis le ciel et tes réflexes pour ta survie. Le souffle chaud d'une nouvelle explosion, plus proche, te plaque face contre terre.

Respiration frénétique. T'essaies de reprendre ton souffle comme tu le peux ; autour, un nuage de poussière s'élève et te fait tousser à tes arracher les poumons. Tes oreilles bourdonnent - sifflent une note unique. Seul son qui te parvient encore. Le brouhaha des cris et des balles s'est tu. Tu essaies de te relever pour avancer ; tu tangues et t'écrases au sol, parviens seulement à ramper à demi, avancer à quatre pattes. Parfois ta main dérape et tu te ramasses la tête la première ; dans ta précipitation, tu n'arrives ni à voir, ni à entendre, ni à respirer. Tu suffoques. Certainement te demandes-tu si tu es mort - mais en fait, là, maintenant, tu aimerais mieux l'être.

Tout ton corps est parcouru de soubresauts. Vu leur violence, t'es même plus sûr qu'on puisse appeler ça des tremblements.
Tu crois qu'ils t'ont vu et toi t'en chierais dans ton froc de terreur. Pour le moment tu pries juste pour qu'ils te voient pas détaler comme un lapin dans les broussailles ; mais comment n'aurait-il pas pu en être le cas ? Quand t'arrives à te mettre debout, tu te mets à courir. Tes jambes en peuvent déjà plus et tu vas probablement vomir tes poumons à l'arrivée, mais tant pis. Pour le moment, faut juste que tu les sèmes. Que tu te caches. Mais t'entends rien et tu captes pas à quel point le boucan que tu produis en dégageant les branches de ton passage est insoutenable.

Un coup de feu. Tu te baisses comme pour éviter la balle, mais elle t'aurait de toute manière pas touché ; t'es un gibier un peu trop galopant pour eux.

Un peu en avant, tu repères un dénivelé assez important ; des monticules de terre entre lesquels sont plantés ces foutus arbres sans feuille. Tu sautes au bas de quelques-uns d'entre eux pour échapper à tes poursuivants. Une fois, deux fois ; la troisième fois, t'es incapable de te réceptionner. Tu glisses et chutes, fais une roulade sur le côté en gémissant de douleur. Tu plaques à nouveau ton dos contre un arbre. Et t'as l'impression de pas avoir avancé d'un pouce. T'es juste couvert de terre, jusque dans tes cheveux qui doivent même plus être tout à fait blonds, et ta cuisse s'est ouverte contre une branche un peu trop violente. (Ces trucs-là doivent être dotés de vie. Pas moyen.)

Ta respiration semble emplir tout l'espace sonore. Tu poses ta main sur ta bouche pour t'éviter de haleter ; ferme les yeux comme en attendant la mort. C'est tout ce que tu peux faire, après tout ; bête chassée, tu ne peux que te terrer. Contre toute attente, tes doigts rencontrent malgré tout, sur le sol, une forme brute aux arêtes coupantes et rocailleuses. Tu baisses les yeux. Empoigne de ta main minuscule cette défense de fortune contre tes agresseurs.

Un temps.

En haut, le soleil brille. Il illumine la forêt entre les branches décharnées des végétaux qui t'abritent. Et là, sur le sol, à quelques pas à peine, entre les zébrures et les tâches de lumière, tu la vois. Cette forme qui se découpe, cet homme et son arme, qui avance lentement vers toi, comme pour te prendre à revers. Ta respiration se bloque dans ta gorge - tu es déjà au bord du vomissement, avec cette boule amère qui te comprime la trachée. Imperceptiblement, tu te resserres contre ton tronc.

Un temps.

Il apparaît et tu sautes. C'est l'instinct, celui-là même qui te guide dans ta quête et te pousse à la survie. La pierre rencontre sa tête. Une fois, deux fois, trois fois. Sur ton visage, ce n'est plus de la boue, c'est du sang ; du sang qui goutte, éclate, imprègne ta peau et ton cœur, tes yeux et ton âme ; c'est la mort qui vient, c'est elle qui te soutient, te porte. La loi de la nature. S'adapter ou mourir. Tué ou être tué. Se battre pour survivre.
Ta main retombe avec mollesse le long de ton corps, et la pierre s'échoue sur le sol. Tes yeux fixent le visage éclaté de ton opposant, et tu songes avec une froideur incomparable que tuer ne t'a jamais si peu choqué.

Un craquement. D'un bond, tu arraches son arme de ses doigts bientôt froids qui l'enserrent avec hargne. T'es déjà au bout de tes forces, mais t'en as pas encore fini avec ça. Tu dois rejoindre et longer la route jusqu'à trouver le destinataire de ton paquet ; et ce n'est certainement pas maintenant, après tout ça, que tu vas laisser tomber.

Tu poses le fusil contre ton épaule. Met ton œil dans le viseur. Inspires lentement. Tu te souviens. Tu te souviens, sur le terrain. T'étais pas trop mauvais. En fait, t'étais peut-être même doué. C'est bien le seul truc que tu savais faire. Viser, tirer. Couvrir tes partenaires, tuer tes opposants. Si l'arme te paraît plus lourde qu'à l'ordinaire, tu n'y fais pas spécialement attention ; tes bras sont fins, trop peut-être, pour soutenir son poids. Tu te demandes comment tu as fait pour vivre sans durant plus d'un an. Tu te demandes. Et tu te dis qu'au final, ce n'était qu'une tranche de vie de plus qui s'est superposée à toutes les autres. Une tranche de vie que tu n'as pas vécu, qu'on t'a imposée peut-être, qui t'a probablement vampirisé la totalité de tes forces.

Ton doigt sur la gâchette. Le viseur entre ses deux yeux.

Tu tires.

Le corps part vers l'arrière et s'affaisse au sol.

Un autre craquement.

Tu vises. Tu tires.

Une fois. Deux fois.

Tes tremblements se sont arrêtés, tu es bien. Tu es bien malgré la colère, froide et sourde, que tu ressens envers ton dieu. Tous ceux qui t'ont enfermé. Tous ceux qui ont tenté de te faire croire que tu avais un problème. Que tu étais fou. Tous ceux qui ont arrêté de croire en toi.

Plus un bruit. Les arbres ne bruissent plus, plus personne ne vient. Plus personne ne bouge. Tout est calme. Ca fait du bien.

Tu te blottis contre ton arbre, ouvre ton sac pour en sortir une bouteille d'eau dont tu bois la moitié, complètement déshydraté. Désintéressé des corps qui pourrissent pas très loin de toi, après les avoir dépouillé de leurs biens. Dans un silence absolu, tu restes sur place, le temps de reprendre ton souffle et tes esprits. Fermes les yeux en te relevant, grimaçant intérieurement de douleur. Ton corps ne se porte pas tout seul. Pourtant, tu as pas le choix. Tu continues à marcher, rejoins la route en restant sous le couvert des arbres. Bien vite, tu arrives en vue d'une longue étendue déserte, là où les combats ont lieu. Les Sud d'un côté, les Nord de l'autre ; tu as juste à traverser. Les Nord t'accueilleront, tu crois ; le destinataire est parmi eux. Tu fixes ta main, qui enserre une grenade. Hésite un instant. Avant de la dégoupiller, et la lancer.

Puis de courir. Tu t'arrêtes pas, aujourd'hui, hein.

Derrière toi, l'explosion et les cris. Devant toi, les armes des Nord. Un des mecs te cherche pour te mettre à l'abri pendant que les balles pleuvent, dans les tranchées, derrière les sacs de sable. Une fois là-bas, tu te rends seulement compte que ton corps tout entier est trempé de sueur.

Tu lèves les yeux vers l'homme qui t'a amené jusqu'ici, lui tend ton sac d'un geste tremblant. Ta vue se brouille.

Tu manques de tourner de l'œil, écœuré et épuisé.

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Ven 27 Mar - 18:49

Il se débrouille pas mal du tout, le gamin. Genre pas mal du tout. Même si je dois avouer que le démarrage a été un peu dur, il faut l'admettre. J'ai du le pousser pour qu'il commence à comprendre sa situation et qu'il arrête de se planquer... Comment ? Si je suis responsable de la guerre ? Noooon sûrement pas, c'est le domaine de Ina ces choses là. Et en partie pourtant. Vous avez raison, peut-être que je devrais commencer par expliquer avant de me lancer dans des discours où vous ne comprendrez pas un traître mot.
J'avais donc renvoyé le jeune médium chez lui, m'étais assis tranquillement pour écouter le Concerto en Sol Majeur de Mozart, détente oblige. Je zieutais du coin de l’œil ce cher petit homme lorsqu'il passait la frontière et lui donnais in extremis l'apparence d'un homme tout à fait banal aux yeux des policiers et de la contrôleuse en place. Zut, j'avais oublié qu'il était recherché. Quelle perte de temps, il va falloir que j'arrange ça, je ne vais pas pouvoir l'utiliser à son plein potentiel s'il se fait sans cesse arrêter par des stupides créatures inférieures. D'autres que lui, je veux dire.
Je l'avais ensuite observer gentiment explorer la frontière à la recherche d'une faille. Inutile, il n'y en a aucune. Vraiment aucune, et là est bien le but. J'attendis mon déclin dans le ciel, sa réaction pour se coucher et se cacher et fis tranquillement mon petit tour de la terre, tête ailleurs. Bien. Je m'arrangeais pour être là avant l'aube, observer son corps frêle dans l'herbe. Un léger sourire me barra le visage. J'espère qu'il appréciera les efforts que je fais pour lui, c'est rarement que je donne autant de ma personne.
Sentant dans mon dos les premiers rayons de mon royaume, je les fis s'étendre, je les tissais comme de fins fils, les distordais, mélangeais leurs couleurs pour qu'un tout nouveau spectacle apparaisse comme par magie. Un spectacle créé uniquement pour une personne, un spectacle qu'elle sera la seule à percevoir.
J'aime mes illusions vous savez. Car contrairement à celles que l'on peut voir à la télévision elles ont toujours une base tangible. Si bien que les matières du nouveau tableau sont placés là où il y a déjà d'autre matières, rendant la chose d'autant plus réaliste. Des tableaux de maître. Sans me vanter.
Retournant sur mon astre, j'attendis le réveil de David d'un air amusé. Quel pauvre humain tout de même. Qui a dit que la guerre était active en Corée ? Je l'ai bien fait voyagé, juste pour réveiller quelques mauvais souvenirs... Mais c'était important qu'il soit loin de tout. Si je l'avais vraiment embobiné dès son réveil ça n'aurait pas été pareil. Et beaucoup plus plus contraignant. Donnez donc à quelqu'un l'illusion qu'il prends l'avion tout en restant immobile vous...
Et encore une fois, la petite supercherie marcha à merveille. Il se réveilla, se dirigea complètement à l'opposé de la frontière en pensant la franchir et se mit à courir vers les bois. Bien bien, il doit sûrement penser qu'on risque de le voir. Si je rajoutais quelques coups de feu pour voir ? Non, gardons ça pour plus tard...
La forêt fut plus longue à parcourir que ce que je l'aurai pensé, justement. Il n'avait pas l'air motivé, flippait au moins branchement cassé (sous ses propres pas presque, c'en était affligeant) et quand j'avais le malheur de rajouter des bruits de bataille c'était limite s'il ne se couchait pas à terre pour y échapper. Dire que je faisais ça uniquement dans le but de le presser un peu... Je dus bien me résoudre à créer la zone de combat, de toutes façons il a une mission. Qu'il la remplisse au lieu de se comporter comme une fillette.
Puis ce fut la partie intéressante. Lorsqu'il eut fini de ramper et de se cacher, j'envoyais quelques illusions d'hommes furieux à sa poursuite. Donc un pour le déterrer de son trou à rat. Et là fut enfin son déclic. Il prit une pierre et lui ôta la vie. Enfin, il ôta la vie à un pauvre renard certes, et cela ne me réjouit aucunement, je ne suis pas avide de sang sûrement pas. Ce fut sa soudaine dévotion à son travail qui me tira satisfaction. Ce n'était pas trop tôt.
Il enchaîna ensuite sans mal et ce fut le moment pour lui "montrer" la ligne de front à franchir. Et sa course commença. Effrénée. Je sentais l'épuisement dans chacun de ses muscles, dans sa gorge sèche et sa peau piquée par le sang. Je n'y pris aucun plaisir. Mais ce ressenti me prouva qu'il était prêt. D'un rayon, j’effleurai son épaule, lui donnant la force pour résister, la vitesse pour courir. Franchir la fin de ce parcours en moins de temps qu'il le faut pour souffler.
Il arriva, hors de lui. Épuisé, mortifié, une pluie de balle au dessus de sa tête. Je pris avec amusement la place du récepteur du colis. Et à peine l'eut-il posé dans ma main que les bruits d'explosions cessèrent soudainement. Que les balles arrêtèrent de claquer dans ses oreilles, que la poussière laissa place à un magnifique soleil de début de printemps. Que les tranchées se transformèrent en petites bosses de terre fraîches et confortables. Le silence lui paraît sûrement irréel après tant d'effort. Je lui souris et jouais avec la petite boîte entre mes mains. J'aurai du mettre des chocolats dedans tiens...
Ma voix claire et calme finit par trancher ce nouveau silence.

_ David Williams, vous avez réussi avec brio l'épreuve que je vous ai imposé. Vous êtes désormais mon Missionnaire, Astre.

J'ai beau avoir l'air pour lui du pire des connards je suis fier de sa réussite. Il est aussi la mienne. Avoir prouvé qu'il valait mieux que la moule que j'ai trouvé enfermé dans un hôpital en Australie. Après tout nous partageons les racines, ce doit être un signe.

_ Maintenant si tu as des questions, je suis disposé à y répondre.

Et si tu n'en veux pas, attends toi à devoir attendre très longtemps avant d'en avoir de ma part. Ne pas abuser de ma patience, tout de même...

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Dave
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David Williams

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Ven 27 Mar - 21:16
Des points noirs dansent devant tes yeux. Ta cage thoracique se soulève à un rythme effréné. Un goût de bile se répand sur ta langue, et tu manques presque de vomir. Tu comprends à peine ce qu'il vient de se passer. La colère qui est montée, la rage, cette envie d'arriver au bout de ta mission. Jamais tu n'abandonnes ; c'est ce qu'on t'a appris, depuis gosse. T'es pas comme ton foutu lâche de père ; t'as toujours fait en sorte de pas être comme lui. Ça te donne l'impression de réussir un peu dans la vie. Parfois.

Là, t'es même pas content d'être arrivé. T'es juste rassuré. En sécurité. Tu fermes les yeux et fait refluer une nausée après avoir tendu le colis à son destinataire. Vivement que tu puisses rentrer. Et te reposer. Dormir un peu. Ce serait bien. Dormir. Oublier ça.

Ton nom retentit autour de toi, et tu rouvres les yeux, éberlué. Tu tombes nez à nez avec cet homme, ce même homme qui a hanté ton rêve, cet homme qui, certainement, n'en est pas un. Tu comprends pas tout de suite ce que ça implique, mais le silence qui règne autour de toi fait bourdonner tes oreilles plus sauvagement que le son des explosions.

Tu trembles. Tu comprends pas, mais tu le fixes, sans sourciller, les lèvres closes en une mince ligne droite. Des questions ? Si tu as des questions ? Tu en as plein, en fait, des questions. T'aimerais savoir ce qu'il s'est passé, pourquoi tout est si silencieux autour de toi. T'aimerais savoir où se trouve la frontière, les autres hommes, tout. T'aimerais juste comprendre pourquoi c'est une branche que tu serres contre toi, et non plus cette arme qui t'a servie à tuer ces--

Tu trembles. Tes yeux se baissent sur tes mains qui, elles, sont bien maculées de sang. Ta mâchoire se serre et tes yeux te piquent. Le sang. Le sang est bien là. Tu l'as massacré ce type, c'est ça ? Tu l'as massacré ?

- Qu'est-ce que vous m'avez fait ? tu souffles, la gorge serrée par ton effort de tout à l'heure et la douleur dans ta poitrine. Où ils sont tous ?

Pas question de se mettre à chialer. T'es un homme Dave, ou pas ? T'es parvenu jusqu'ici. Et maintenant, t'as plus le choix. T'es bien obligé de te soumettre. D'obéir.

- C'est quoi un missionnaire ? Astre ? Je comprends pas, tu gémis en te recroquevillant.

T'as envie de crier. De trépigner comme un gosse. Qu'est-ce qu'il vient de se passer ? Qu'est-ce qu'il vient de se passer bordel ?!

Malgré tout, tu parviens à calmer ta respiration, comme tu le peux. Ta mâchoire se serre. Tes yeux brillent d'une lueur fauve indécise. Lui, là, tu le hais. Ce dieu. Ce dieu qui te demande de mettre, encore une fois, du sang sur tes mains. C'est ça qu'il te demande, nan ?

Difficilement, tu ravales la question qui te brûle les lèvres. Ce "qu'est-ce que vous attendez de moi ?" qui ne passera pas. T'ignores. Ou au moins t'essaies.

Ce dieu, tu le détestes.

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Dim 6 Sep - 9:31
HRP : Désoléééééée encor epour le retard sérieux, harcèle moi la prochaine fois T^T J'avais trop zappé faut me secouer dans ces cas là...


Il a l'air perdu. C'est souvent ce qu'il se passe avec les humains malheureusement, leur esprit est si fragile qu'il peut craquer à n'importe quel moment. L'immortalité ne nous laisse à l'abris de ce genre de décrochages, disons simplement que nous avons le temps, et que nous pensons avec le temps que nous avons, qui lui est pratiquement infini, ça nous évite de péter une durite pour un rien. Nous avons le temps d'espérer, le temps de se venger aussi, le temps de changer. Ce qui paradoxalement fait que nous ne changeons pas beaucoup aux yeux des hommes.
Et cet homme là change pour moi à la vitesse d'un éclair. Il avait l'air si solide, et regardez le maintenant, il est perdu. Ce mental de fer que j'ai aperçu s'est dispersé comme d'un coup de main divin. Les hommes changent décidément trop vite. Il me regarde, je fixe sur lui mes yeux dorés. Il ne comprend pas. Moi non plus, je ne comprends pas pourquoi les hommes veulent toujours comprendre. Ils ne se débrouillaient pas plus mal au temps des Sumériens, lorsqu'ils reconnaissaient notre existence et nous vouaient des rites, certes ils ne comprenaient pas tout, mais ils comprenaient au moins une chose essentielle : « une chose plus puissante que moi peut faire changer mon destin ». Et ça leur suffisait à avoir espoir et confiance. En voulant raisonner seuls, les hommes se sont voués à une quête du bonheur et de la liberté inaccessible pour eux.
Il regarde ses mains, en sang. Autrefois je lui aurais sûrement vraiment fait tuer un homme. Je deviens mou, il me semble... Je chasse ses premières appréhensions d'un coup de main lent.

_ Si tu cherches la frontière, elle est quelques kilomètres derrière toi, tu ne l'as jamais franchis, ce n'était pas le but. Il n'y avait pas de soldats, pas de coups de feu, toi seul pouvait voir ce que tu as vu car je l'ai créé pour toi. Quant au sang sur tes mains, il provient d'un pauvre renard de passage.

Je le regarde, fronçant légèrement les sourcils. Pas de mécontentement, quoique. Je dois être trop exigent, vouloir qu'il comprenne de lui même est peut-être un peu trop demander. C'est aussi pour cette lenteur d'esprit que les hommes sont nos serviteurs à la place des Igigis, eux avaient bien compris.
Le voyant se regrouper sur lui même pour murmurer entre ses dents, je penche la tête sur le côté. Vraiment changeant, ces hommes. Quelque part, ce sont un peu tous des enfants. Je m'approche et pose une main sur sa tête.

_ N'aie pas peur, David. Missionnaire signifie qu'à partir de maintenant tu seras mon serviteur. En échange des services que tu me rendras, je t'accorde une partie de mon pouvoir, le pouvoir de l'Astre qui traverse l'univers, la vitesse de sa lumière. Pour toi, la distance à parcourir et le temps ne seront plus un problème.

J'enlève ma main, laissant derrière elle une fine poussière de lumière dorée. Ca va bien avec ses cheveux, tiens. Je me demande si on peut fabriquer des shampoings à base de lumière... Je testerais en lui offrant. Un sourire traverse mon visage. Quelle pensée futile. Une pensée comme pour un enfant.

_ Je ne te soumettrais plus à mes illusions, tu pourras même en être maître avec un peu d'expérience. Tu vivras à la Congrégation et tu rencontreras d'autres Missionnaires, de moi ou d'autres Dieux, tu apprendras à manier ce don que je t'offre et pourra me demander mon aide. Cela te convient-il ?

Hm, je doute qu'il ait vraiment le choix. Vous ne croyez pas ? S'il dit non, ce sera bien le cadet de mes soucis. A partir du moment où mon regard s'est posé sur lui il n'avait plus le choix. Sommes nous cruels, nous les Dieux ? Je ne pense pas. Nous leur offrons l'événement qui changera leur vie, en bien ou en mal, c'est un changement comme un autre et comme les hommes en ont tant.
Je le fixe toujours. Alors, David ?

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Dave
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David Williams

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Lun 5 Oct - 9:49
Tes oreilles bourdonnent. C'est la fatigue qui se rappelle à toi, qui t'observe, te tend la main ; elle te caresse tendrement les cheveux, comme le ferait une mère. Elle te félicite d'être parvenu jusqu'ici, et en même temps, elle t'encroûte dans ta condition. Tes membres sont lourds, et tu n'aimerais que les laisser tomber au sol, pour pouvoir mieux te lover contre lui ; rester là, une demi éternité, juste à attendre que la terre s'arrête de tourner, que le soleil s'éteigne. Mais la terre ne s'arrêtera comme le soleil ne s'éteindra ; tu redeviendras poussière bien avant, et tes os iront fertiliser ce sol dans lequel tu aimerais te fondre.

Alors tu fixes tes mains, ce sang qui les tâche, et tu écoutes ce que cet homme, ce que ce dieu te dit. Dans ses mots ne transparaissent rien, pas la moindre émotion que tu serais à même d'identifier dans ton état ; tu ne sais pas s'il est las, ou s'il prend plaisir à te torturer de la sorte. Tu prends une inspiration, une terrible inspiration, lente et profonde. Tes yeux se ferment, et tu t'obliges au calme. Ton cœur ne ralentit pas encore sa course, mais ton esprit affolé parvient à retourner dans son lit ; les pensées ne débordent plus, et tu écoutes, tu écoutes. Tu essaies de comprendre, et d'intégrer. Tu rouvres les yeux, et les poses sur ton dieu lorsque tu sens sa main sur tes cheveux.

Le contact te rassure, bien que bref. On dirait un enfant, qu'il cherche à rassurer. Toi-même, tu prends conscience du pitoyable de ta condition, et le mets sur le choc que tu as ressenti de voir tout cela disparaître. Pourtant, tu sais que ce qu'il te dit est vrai. C'est comme inscrit, là, quelque part. Cette certitude terrible comme celle qui t'a secoué, lorsque tu as reçu ta mission. Celle que ce dieu n'est pas un imposteur, et qu'il t'a choisi toi, un humain parmi les humains, pour accomplir quelque chose. Ton cœur se remplit à la fois de terreur et d'orgueil.

La Congrégation. Là où il y a d'autres gens comme toi ?

Le silence s'étend. Mes yeux se baissent au sol. Par soumission, un peu ; par respect, beaucoup. Tu ne lui demanderas pas comment fonctionne ce monde, ni pourquoi vous, missionnaires, êtes-là. Quel but que d'avoir des serviteurs dotés de pouvoirs, lorsqu'on est un dieu ? Y aurait-il des ennemis à abattre ? Les questions tournent, mais elles ne se poses pas. Tu te dis que tu auras peut-être le temps d'apprendre, plus tard. De toute manière, tu sais qu'il ne te laisse pas le choix. Il est trop tard pour protester.

- Pas trop le choix, hein ? souffles-tu avant d'étirer un sourire tordu par l'effort. Merci, je crois. Pour les réponses.

Chien docile et obéissant. On te demande de te lever, tu te lèves. On te demande de tuer, tu tues. On te demande d'aller à la Congrégation, tu y vas.

Alors pourquoi attendre encore ?

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Mer 14 Oct - 14:55

C'est un bon garçon. Obéissant certes, mais pas que cela. Il regarde fixement ses mains, essayant par je ne sais quel moyen de faire descendre sa tension, sa peur peut-être aussi un peu. Il semblait être perdu, mais il a écouté ma voix, je sentais chaque fibres de son être conscients et éveillés à ce que je lui disais. Résonnant à mes paroles et les buvant comme on assimile l'énergie d'un rayon de soleil. Un petit sourire aimable fend mon visage. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un corps humain régir de cette manière, le temps et les hommes ont tant dégradé leurs croyances... Ça me fait remonter très loin, tout ça, très très loin.
Il assimile. Je sens en lui comme un mélange de fierté et de crainte, mais il ne dit pas un mot. Là où la plupart me cassent les oreilles, lui se tait, écoute et ce tait, c'est une autre qualité qui se perd. Je me demande néanmoins un instant si il n'a pas perdu la parole, ça serait bête. Il n'a peut-être pas entendu la partie sur le renard... Enfin, c'est une des choses que je n'aurais pas du lui dire, en réalité. Tout autre Dieu que moi lui aurait probablement réellement fait passer la frontière sans se jouer de ses sens, l'aurait laissé tué et lui aurait même demandé de le faire. Parce que les Dieux sont comme ça, ou du moins ils l'étaient. Mais je suis... Le plus lâche, j'ai tendance à l'oublier quand mon cher frère n'est pas là pour me le rappeler. Malgré le fait que je ne doive pas m'attacher, je ne peux pas m'en empêcher. Je sais que Dave me sera utile, je sais qu'il aura un avenir à mon service. Il souffrira, comme les autres, comme les autres. Il aura mal, il pleurera peut-être, il se sentira ô combien perdu, il criera, priera peut-être, et je ne serais pas toujours là pour le seconder. Il mourra, aussi.
J'aimerai me mordre la lèvre mais ça serait trop voyant. Les hommes sont trop fragiles. Et il est si facile de s'attacher à leur quête de vérité, d'immortalité, de gloire ou de bonheur. Ils s'emportent sans se rendre compte que le final de leurs actes est encore et toujours leur fin de mortels. Je crois attendre le jour où un homme cessera de chercher et admettra que son bonheur se trouve sous ses yeux, ainsi finira t-il sa vie de façon accomplie, les ténébreux Enfers lui paraîtrons sûrement plus doux.
Enfin, là n'est pas la question. David est là, sous mes yeux, et il ne sait pas encore quel chemin l'attend, pourtant il accepte, sans trop de mots, et sans aucune question. Peu bavard ou juste résigné à son sort ? Peu importe au final. Je crois que j'ai bien choisi mon Missionnaire, je le sens dans son regard même un peu fébrile. Il fera parti de mes serviteurs. J'espère qu'il s'entendra avec les autres, et qu'il ne sera pas du genre à raconter trop de bêtises à mon compte... Croyez vous que je dois lui dire que je serai au courant du moindre de ses faits et gestes ? Du moindre de ses pensées et de ses mots ? Ho non, il ne m'a pas demandé. Et généralement ils ne préfèrent pas savoir.
Satisfait, je lui sers un sourire avenant.

_ Et bien mon cher Astre, il est temps de rentrer à la maison.

Je fais mine de lui tourner le dos avant de me raviser. Joking time !

_ Je te dirais bien de rentrer en courant mais ça ne serait pas correct n'est ce pas ? Le billet de retour est dans ta poche. Ho et ne traîne pas, une voiture devrait passer vers l'Est dans quelques minutes, si tu la rates tu devras attendre un certain moment la prochaine.

Je suis généreux n'est pas ? J'en connais qui ne feraient pas ça pour lui, qui le laisseraient se démerder sans l'information... Heureusement pour lui, je vois l'avenir. Et de toutes façons, il l'aurait attrapé sans mon aide, cette voiture. Je commence à disparaître, à mesure que le soleil perce les nuages.

_ Je t'attends là bas, David Williams.

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