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La mélodie des bois. [Nao ~ ♥]
Alex
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Alexander Aestas

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Dim 10 Mai - 20:14


HRP : Je considère que ça se passe après la mission d'Alex, même si actuellement elle n'est pas encore finie :)


Les ombres des arbres alentour s’allongent, pour finalement recouvrir complètement la lumière dorée qui tachait le sol de la forêt. Le coucher du Soleil, le moment où l’ombre l’emporte sur la lumière. Tout en sachant qu’il n’y a pas de lumière sans ombre, ni d’ombre sans lumière. Ce sont des choses indissociables, mais qui se repoussent. Est-ce un paradoxe ?...

Assis sur un rocher, je fixe le ruisseau qui coule à mes pieds. Le bruit régulier de l’eau est une jolie musique apaisante, que les oiseaux viennent étoffer de temps en temps. La musique de la forêt.

Une brise légère vient ébouriffer mes cheveux. Une mèche vient obstruer mon champ de vision et, avec un soupir, je la repousse. Parfois cette tignasse est soulante. Mais bon, ma sœur adore mes cheveux alors bon… et puis parfois ils sont pratique pour dissimuler mon visage.

Je détourne les yeux de l’eau et pose mon regard sur l’étui de mon violon, à côté de moi. J’étais sorti pour jouer, à l’origine. Parce que nos voisins se sont encore plaint de ma musique… c’est vrai que j’ai la fâcheuse tendance d’oublier que nos murs sont assez fins, et l’isolation sonore pas top.

Je l’ouvre, me saisis de l’instrument ainsi que de l’archet, me remets debout et me mets à jouer. Ailleurs que chez moi, je ne joue que dans des lieux isolés. Sauf si on me le demande, je n’aime pas jouer devant un public, ça me met mal à l’aise.

Dû à ma musique, ou à la nuit qui commence à tomber, je ne sais pas, les oiseaux se sont tus. Ou du moins, il serait juste de préciser que je ne les entends pas, ne les entends plus. La mélodie du violon a souvent tendance à occuper l’intégralité de mon esprit et de mon attention. C’est un univers entier qui s’ouvre. La musique modélise beaucoup de choses. De la joie à la tristesse en passant par la peur et la colère. La musique, c’est mon moyen d’expression, mon échappatoire. Mon havre de paix, quel que soit le moment, jour ou nuit.

A vrai dire je joue souvent la même chose. La même musique. Je ne connais que celle-ci par cœur, sinon j’ai besoin d’une partition. Et je ne suis pas non plus un professionnel de l’improvisation alors… Mais les morceaux sont souvent longs, et je ne les commence pas toujours au début. Enfin, peu importe.

De la paix, oui. J’ai beau faire tous les efforts que je puisse depuis que je suis rentré de ma mission pour Nanna, je n’apprécie guère plus qu’auparavant les sorties en public. C’est pourquoi la sensation soudaine d’une présence me provoque un désagréable frisson dans le dos. Je ne m’arrête pas pour autant de jouer. Ce n’est peut-être qu’un animal. Le problème, c’est que la présence d’un animal ne me fait pas cet effet-là.

Ce n’est pas non plus la même chose que l’aura que dégage mon dieu.

J’attends encore quelques secondes, mais mon malaise augmente, et finalement une horrible fausse note due à la déconcentration m’hérisse le poil. Résigné, je laisse donc mes bras reprendre leur place contre mes flancs. Doucement, je commence à ranger mon instrument, avec toujours ce poids sur les épaules. Finalement, je me décide à murmurer d’une voix que je voulais douce :

Tu peux sortir, je ne te ferai pas de mal.

Enfin, adopter un ton apaisant est quelque peu compliqué lorsque l’on est soi-même tendu. Je suppose donc que ma voix tremble légèrement… pas trop non plus, j’espère…

Une nouvelle brise vient alors soulever mes cheveux.



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Nao
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Nao

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Lun 11 Mai - 16:18

Calme. Douceur. Ce n'est pas encore l'été, mais il revient lentement. La chaleur ne sera pas étouffante, ici au moins. La Suède est un endroit isolé du monde. Stockholm-même n'est pas une grande ville trop peuplée, quand on la compare à certaines d'Europe ou même de Chine. Peut-être ai-je bien fait de migrer par ici, où le climat est un peu plus froid. Mais aussi beaucoup plus supportable. Je n'aurais qu'à repartir, une fois encore, lorsque l'hiver sera revenu. Beaucoup de mes congénères - non pas créannes mais chouettes - vivent par ailleurs dans les environs. Et après avoir subi tous ces événements en Pologne, j'avais besoin de réponses. Comprendre ce qu'il s'était produit, retrouver ces gens qui nous ont attaqués, la tigresse et moi. Comprendre, et mettre enfin des mots sur les perturbations autour de nous, l'agitation des créannes, des missionnaires, et peut-être enfin-même des dieux.

Pour l'instant, j'essaie de me faire aux lieux. Comme toujours, perché dans mes arbres, je me laisse bercer. Par le vent, et le soleil qui fait ses au revoir à notre terre pour le temps d'une nuit. Comme souvent, je laisse mes grands yeux noirs fixer la lumière qui s'échappe, avant de lâcher un bref hululement d'approbation. Mes ailes s'étirent et battent légèrement en provoquant un souffle d'air, avant que je ne saute de ma branche pour planer entre les arbres. Un nid à l'abandon attire mon attention, et je me pose non loin pour l'observer, curieux, afin de voir si la mère n'est pas déjà partie à la chasse. Pourtant, la vision de ces trois beaux œufs abandonnés ainsi m'effraie quelque peu.

Puis enfin, un son, lent et langoureux, qui fait se dresser les plumes sur mon petit corps. Un humain, non loin en contrebas, un instrument entre les mains. Ma tête rentre dans mes ailes et je me fais tout petit, ravi qu'un peu de musique si joliment exécutée me sorte de mon ennui quasi constant.

Mes yeux se ferment lentement et je me surprendrais à sourire si j'avais été humain. Ces êtres ne savent pas chanter comme nous les oiseaux, mais ils ont appris à faire bien mieux. La musique. Un archet qui glisse sur des cordes en tirant une complainte pleine de charmes.

Soudainement, un grincement. Mes yeux se rouvrent et je lâche un petit cri, presque déçu que le spectacle s'interrompe déjà. La voix du garçon s'élève et je rentre un peu plus ma tête dans mes épaules, embarrassé de m'être fait remarquer. Il a des pouvoirs, j'imagine. Maintenant, je suis face à un choix. Comme toujours, me direz vous. Faire confiance et descendre, ou m'enfuir comme me le dicte mon instinct. Mais il n'a pas l'air malveillant, lui non plus. Au contraire.

Un instant d'hésitation, et je m'envole vers le sol, derrière un arbre, pour me transformer. Avant de, un peu maladroitement certainement, passer ma tête d'humain aux cheveux courts sur le côté.

- Pardon, je souffle. Je ne voulais pas te déranger.

Voix calme et tempérée comme à mon habitude. Cette fois, je ne suis pas nerveux. Mes ailes sont en état de fonctionner en cas de besoin. Et son visage inspire la sympathie. Même la mienne, moi qui suis un froussard invétéré.

- Tu joues bien. Je pense que je n'étais pas le seul à t'écouter.

Le chant des oiseaux s'était tu un moment, lorsqu'il s'était mis à jouer. Curieux, les petits animaux. Ils se demandaient quel drôle d'animal produisait ce son. Avant de finalement vaquer, comme toujours, à leurs occupations.

Mon ventre grogne et mes joues se colorent légèrement de rouge, laissant apparaître mes quelques tâches de rousseur. Peut-être aurais-je dû faire de même et trouver un mulot quelque part, plutôt qu'attendre la fin de son morceau.

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Alex
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Alexander Aestas

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Mar 12 Mai - 17:13

J’entends le faible son de bruit de pas derrière moi. Je me redresse et me retourne doucement. A quelques mètres, un garçon d’à peu près mon âge je pense me regarde. Il a des cheveux courts et brun tendant presque vers le roux. De grands yeux exprimant une forme de douceur.

— Pardon. Je ne voulais pas te déranger.

J’écarquille un peu les yeux, surpris. Enfin voyons, pourquoi est-ce qu’il s’excuse ? Je lui adresse un sourire que je voulais doux et réponds :

Tu ne me déranges pas. La forêt n’est pas à moi…

Je me penche et empoigne l’étui de mon violon. Il fait de plus en plus sombre de toute façon, et je me suis promis d’essayer d’adopter un rythme de vie plus normal, soit vivre le jour et rentrer chez moi la nuit. Mais la nuit est tellement apaisante et belle… elle cache tous les défauts que le jour met en évidence…

La voix du garçon me ramène sur Terre :

— Tu joues bien. Je pense que je n'étais pas le seul à t'écouter.

Mes joues se colorent de rouge. Oh… je ne joue pas pour être écouté… c’est embarrassant…

En disant cela, il a levé les yeux vers les arbres. Je comprends alors qu’il parlait d’oiseaux. Pas d’hommes. Je me sens un peu soulagé qu’il soit seul, à vrai dire. L’expression de douceur sur son visage inspire la confiance, bien que l’aura qu’il dégage soit étrange.

Oh… merci, c’est gentil, murmuré-je, mes joues toujours aussi rouges.

Alors, un bruit retentit. Oh, je crois que le jeune homme a faim… je penche la tête sur le côté, un sourire amusé sur le visage. Amusé, mais certainement pas moqueur, je ne me permettrais pas. Je remarque soudain que, lui aussi, on pourrait en cet instant faire cuire un œuf sur ses joues. Ohh… c’est la première fois –je crois- que je vois un autre garçon que moi être aussi gêné. Un dernier rayon de lumière me permet de voir ses quelques taches de rousseur sur son nez.

Je m’avance d’un pas.

Tu as faim ?

J’ai un élan de compassion pour ce garçon qui, au premier abord, semble me ressembler, question caractère. Il garde une certaine distance, et moi aussi. Pourtant, je n’ai pas envie de le laisser tout de suite. On dirait un enfant perdu. J’ai envie de l’aider.

Je tends ma main libre vers lui.

Tu veux venir avec moi ? Nous pouvons aller manger un morceau, si tu veux. Je n’allais pas tarder à repartir, de toute façon.

Je lève les yeux vers le ciel, et entre quelques branches, j’aperçois les étoiles qui commencent à apparaître. J’ajoute :

Et puis, je ne sais pas si c’est une bonne idée de rester dans la forêt de nuit. Il fait encore froid le soir…

A dire vrai, c’est quelque chose que je fais de temps en temps. Certes je préfère flâner dans Stockholm même, mais de temps en temps j’aime bien traîner dans les bois. Mais je ne suis pas très sensible au froid –sauf quand on m’envoie dans un désert gelé-, de manière générale alors cela ne m’inquiète pas. Mais bon, ce garçon fait comme il veut, après tout. Je ne fais que proposer.

Je lui adresse un nouveau sourire.

Enfin, fais comme bon te semble, je ne t’obligerai à rien.

De toute manière j’en suis incapable.



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Mer 20 Mai - 22:18

Instinctivement, je me rapproche du tronc. L'humain face à moi ne semble pas mauvais, ni violent. Il tente de me rassurer immédiatement, et j'imagine que ça fonctionne plutôt bien de cette manière. Un sourire embarrassé s'étire sur mes lèvres. J'ai pour habitude d'espionner les gens sans me faire remarquer. L'habitude d'être une chouette, et non un humain. Ou simplement une créanne. Qu'importe. Il n'est pas hostile. C'est ce qui compte à mes yeux. J'avoue n'avoir pas trop compris moi-même ce qui m'a poussé à venir ici. Stockholm. Ce lieux est réputé dangereux pour les créatures de mon espèce. Alors pourquoi suis-je là ? Pour chercher des réponses ? Ou peut-être tenter, malgré tout, d'engager une sorte de trêve avec ces missionnaires ? Leur faire comprendre que nous ne sommes pas tous des créatures sanguinaires. J'imagine qu'eux aussi comptent dans leurs rangs des personnes qui ne nous veulent pas de mal : mes rencontres précédentes, si l'on excepte la Pologne, me tirent dans cette voie. Mais il faut encore que je sache. Si la chose est possible. Ou si, définitivement, l'entente entre créannes et missionnaires est improbable.

J'aimerais y croire.

Le naturel revient bien vite au galop. Je fixe cet homme de mes grands yeux un peu curieux durant un moment. Mon compliment semble l'avoir touché - ou plutôt, dirais-je, embarrassé. Petit homme timide. Touchant de naïveté. Candide peut-être. Mais je ne juge pas. Ça ne m'intéresse pas, et j'en ai passé l'âge. C'est juste… amusant. Si l'on puit dire. Je secoue donc légèrement la tête, hausse les épaules. Comme pour lui dire que ce n'est rien. Après tout, c'est lui qui a joué.

Je m'apprête à répondre lorsque je suis interrompu par mon propre estomac. Pauvre amour, tu as faim ? Ça t'apprendra à lambiner. Doucement, je fais la moue. Hésite. Oui, j'ai faim. Je pourrais manger une cargaison entière de mulots - mais il semblerait que ce ne sera pas pour tout de suite.

La proposition de l'humain me fait hausser un sourcil, et je sors finalement entièrement de ma cachette. Hésite encore en fixant sa main, que je finis par ignorer sans réellement le vouloir.

- Hum. Je n'ai pas d'argent sur moi, alors je me débrouillerai. De toute manière, je n'ai pas vraiment froid.

La nuit, la forêt a beau être froide, elle est apaisante. Les bruissements se font rares. Même lorsque nous volons. Saviez-vous que les ailes des chouettes ne faisaient pas le moindre bruit lorsqu'elles battent l'air ? Puis mes plumes me protègent du froid…

- La forêt… on va dire que j'y suis habitué.

Doucement, je me rapproche et m'installe sur une souche. Sourit légèrement.

- Tu es un missionnaire ? C'est rare de les voir se promener seul aussi tard.

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Alexander Aestas

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Jeu 21 Mai - 19:38

Il s’éloigne alors de l’arbre derrière lequel il se cachait à moitié. Il fixe ma main tendue vers lui, puis réplique finalement :

— Hum. Je n'ai pas d'argent sur moi, alors je me débrouillerai. De toute manière, je n'ai pas vraiment froid.

Oh mais… ce n’était pas une question d’argent, enfin… c’était moi qui proposait, j’aurais payé… le contraire aurait été un peu impoli…

Je fouille alors dans la poche de mon jean, pour en ressortir un petit sachet contenant trois biscuits. Malgré moi, un sourire se dessine sur mon visage. Des petits beurres. J’ai pris l’habitude de toujours me balader avec des biscuits sur moi, à croire que c’est un réflexe de survie… tout en sachant que, depuis ma mission, le goût de ces gâteaux me débecte… c’est donc parfaitement inutile d’en avoir sur moi, mais bon. Je crois que j’aime bien avoir quelque chose qui me rappelle Nanna sur moi…

Je m’avance d’un pas vers le garçon et lui lance.

Tiens, c’est tout ce que j’ai sur moi.

Il continue :

— La forêt… on va dire que j'y suis habitué.

Soit… je ne poserai pas de questions, ça ne me regarde pas. Mon refuge à moi, c’est la nuit. Peut-être que lui, c’est la forêt…

Il s’approche alors et s’assoit sur une souche non loin. Il m’adresse un sourire, et demande :

— Tu es un missionnaire ? C'est rare de les voir se promener seul aussi tard.

J’écarquille un peu les yeux. Comment ce garçon pourrait-il savoir… ? Ça doit encore être un truc avec les auras, je suppose. C’est vrai que la sienne est différente des autres gens à la Congrégation aussi… mais je ne sais ce qu’il est.

Surpris et embarrassé, je détourne un peu les yeux. Je sens alors quelque chose me chatouiller les doigts. Je baisse le regard vers mes mains. Ah, de la poussière… quand je ne gère pas bien mes émotions, j’ai remarqué que j’en créais… il faudrait vraiment que j’apprenne à contrôler ça, vu que je ne gère jamais vraiment mes sentiments… créer de la poussière, ce n’est pas vraiment très normal chez les humains normaux…

Je reporte mon attention sur le garçon.

Oui… je suis un serviteur de Nanna. Et je préfère sortir la nuit… je n’aime pas quand il y a trop de monde. La nuit est tellement plus calme et douce…

Je lève à nouveau les yeux vers le ciel, où les lueurs roses et orangées du crépuscule avaient quasiment disparu, laissant place au familier manteau sombre moucheté de points lumineux.

Qui es-tu ? je demande finalement en reposant mon regard sur lui.

A vrai dire, derrière ma question se cache plutôt un « qu’est-ce que tu es ? » mais je trouve ça impoli.

Je finis finalement par dire :

Je m’appelle Alexander.

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Nao
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Mer 10 Juin - 20:49

Il a l'air gentil, cet humain. Il fouille un moment dans sa poche pour en tirer quelques biscuits, que j'observe d'un œil un peu critique. Mon instinct me dirait sans doute de refuser. Accepter la nourriture des étrangers, c'est leur faire confiance. Et je n'ai pas assez confiance en ces missionnaires pour avoir envie de mourir pour des petits beurres. Même s'ils ont l'air parfaitement inoffensifs. Ils ne pourront pas m'attaquer, ça c'est clair. Se coincer vicieusement dans ma gorge, en revanche… Mes yeux se relèvent vers le jeune homme et je retiens de mon mieux une moue. Faire confiance. Ne pas faire confiance. Et crever la dalle.

On va dire qu'il ne veut pas m'empoisonner.

Doucement, avec quelques réserves, j'attrape un des biscuits et me mordille la lèvre.

- Merci. Ça me gêne un peu. Tu n'étais pas obligé.

Je m'installe sur ma souche pour grignoter le petit biscuit, lentement, et reporte mon attention dessus. C'est si calme autour de nous que je me sais capable d'anticiper tout mouvement hostile de sa part, ou venant de la forêt. Un sourire se glisse sur mes lèvres lorsque je l'interroge sur son identité. Sa mine surprise me fait immédiatement comprendre que j'ai tapé juste. En même temps, ce n'est pas difficile. Il a cette aura un peu bizarre. Cette aura qui me rappelle la mienne. Mais il n'est pas une créanne. C'est certain.

Ses yeux se baissent sur ses mains et je remarque alors qu'un peu de poussière danse autour de ses doigts. Cette vision me file la chair de poule – elle remonte le long de mon échine, se glisse sur mes bras et tire sur mes joues en un désagréable frisson. Je n'aime pas ce pouvoir. C'est la seule chose dont je suis certain.

- Nao. Ravi de te connaître.

Ravi, je ne sais pas au final. Les missionnaires ne m'apportent souvent que des ennuis. Encore plus s'il s'agit de mon Dieu. Son nom a résonné quelques secondes dans ma tête lorsqu'il s'est présenté comme son serviteur. Comme le nom d'une connaissance lointaine, qui a été reléguée au placard depuis quelques décennies. Voire quelques centaines d'années, comme pour moi.

- Je te comprends. Moi aussi j'aime la nuit. Les gens sont moins bruyants. Et ils sont souvent plus sympathiques.

Plus calmes. Surtout dans ces coins-là. Sinon, ils seraient en ville, à brayer des chansons paillardes. Enfin c'est une façon de parler, hein ?

Finalement, je termine mon biscuit et suçote le bout de mon doigt pour y récupérer quelques miettes.

- Je suis content que tu ne m'aies pas attaqué. Ce n'est pas souvent qu'on trouve des humains enclins à la discussion comme ça.

Ce n'est qu'une constatation, mais elle suinte de soulagement. La dernière fois que je me suis retrouvé face à des missionnaires, ils ont tenté de me tuer. On va dire que c'est bien de se dire qu'ils ne veulent pas tous faire des manteaux avec notre peau. (Quoiqu'ils seraient bien en peine d'en faire avec la mienne, nous sommes d'accord.)

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Alexander Aestas

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Ven 19 Juin - 20:41

Il semble un peu réticent, ce garçon. On dirait presque de la méfiance, dans son regard. Je ne dirais pas que ça me fait plaisir que l’on se méfie de moi, au contraire, mais disons que c’est agréable que l’on ne vous considère pas comme un moins que rien dès que l’on pose les yeux sur vous.

Finalement il prend un biscuit.

— Merci. Ça me gêne un peu. Tu n'étais pas obligé.

Théoriquement non mais… je ne pouvais quand même pas le laisser avoir faim alors qu’il avait été gentil avec moi ! Je me serais senti trop mal après… enfin en fait j’aurais été incapable de le laisser là… donc bon…

Je t’en prie, ça me fait plaisir.

Quand il m’interroge sur qui je suis, il semble amusé par ma mine surprise. Comme souvent… ma faculté à trop facilement exprimer mes sentiments par les expressions du visage amuse beaucoup les gens… « Ohhhh qu’il est mignon le petit Alexander, il est tout rouuuuge ! » …ah, mais laissez-moi tranquille… !

Il reprend alors la parole, lorsque je lui demande qui il est :

— Nao. Ravi de te connaître.

Nao. C’est joli, Nao. En revanche, je ne sais toujours pas ce qu’il est, pourquoi il a une aura différente.

Lorsque je lui parle de ma préférence pour la nuit, il acquiesce en disant :

— Je te comprends. Moi aussi j'aime la nuit. Les gens sont moins bruyants. Et ils sont souvent plus sympathiques.

Plus sympathique, je ne sais pas… pour moi, une personne reste la même personne, de jour comme de nuit. Oh bien sûr il devait parler des gens qu’on a tendance à croiser le soir… enfin, généralement je m’arrange pour ne croiser personne. Et souvent, quand j’en croise, ce sont des gens qui sortent de soirée, qui titubent et pour certains qui vomissent sur les trottoirs. Je préfère aller dans des grands parcs, ou dans la forêt. Loin du bitume et des activités nocturnes.

Il termine son biscuit, et je ne peux empêcher un sourire de se dessiner doucement sur mes lèvres. Je suis content d’avoir pu l’aider, au moins pour ça.

— Je suis content que tu ne m'aies pas attaqué. Ce n'est pas souvent qu'on trouve des humains enclins à la discussion comme ça.

Je hausse un sourcil. L’attaquer ? Comment pourrait-on attaquer ce garçon ? Enfin, pourquoi surtout ? Il est gentil, pourtant. Enfin… moi aussi on me dit souvent que je suis « gentil »… mais pourtant, la cicatrice qui me barre le torse témoigne de mon enfance loin d’avoir été paisible…

Je secoue légèrement la tête. Je n’aime pas repenser à cet épisode de ma vie. Les années de mon enfance n’ont pas été les plus heureuses de ma vie. Ai-je vraiment été heureux un jour d’ailleurs ? Bonne question… Je me suis déjà senti apaisé, bien sûr… déjà senti « bien » aussi… mais vraiment « heureux » ? Mes moments de réel bonheur sont plutôt éparpillés… est-ce que ce puzzle pourrait vraiment avoir pour titre « bonheur » ? …

Pourquoi t’aurais-je attaqué ? Tu ne m’as rien fait. Je n’ai aucune raison de te faire du mal.

…et puis auquel cas il m’aurait fait du mal, est-ce que j’aurais vraiment tenté quelque chose à son encontre ? Hm, j’en doute très fortement…

Finalement, je me décide à poser la question qui me brûle les lèvres :

Je… excuse-moi de te poser cette question mais… tu n’es pas obligé de répondre ! Et… et si ça te vexe, je suis vraiment désolé ! Mais… qu’est-ce que tu… es ? Ton aura… pourquoi est-elle différente ? Tu n’es pas un missionnaire, n’est-ce pas ?

Je passe mon poids d’un pied sur l’autre, mal à l’aise. J’espère ne pas avoir dit quelque chose qui puisse l’offenser…

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Nao
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Dim 21 Juin - 18:29

Il ne parle pas beaucoup, pour le moment. Moi non plus, au final. Certainement avons-nous peur de briser le calme qui règne autour de nous. Mes yeux se lèvent à nouveau vers la cime des arbres, et j'observe un instant le nid abandonné. La mère ne revient toujours pas. C'est embêtant, je crois. Je n'y connais pas grand-chose, niveau couvaison. Il m'est arrivé de prêter mes plumes à une collègue, il y a quelques décennies. Je peux vous assurer qu'il n'y a rien de moins agréable que de s'asseoir sur trois gros œufs, comme ça. Enfin gros. Un œuf de chouette n'est pas si immense. Mais bon, quand y en a plusieurs… C'est presque aussi agréable que monter à dos de cheval. Sans selle.

Pendant ce temps, je parle. Je réponds à ses questions, continue à lâcher quelques mots qui ne l'intéresseront probablement pas. Puis je croise son regard un peu surpris, alors que je lui dis que je suis heureux. Qu'il ne m'ait pas sauté dessus pour m'arracher la tête, j'entends. Cependant, cette fois, une autre question se pose. Et me rends légèrement anxieux. Peut-être n'a-t-il jamais vu de créannes ? Dans ce cas, j'aurais mieux fait de me taire. Il n'attend peut-être que ce moment… Même si, à sa vue, j'en doute quelque peu.

Mes épaules se haussent.

- On a parfois des raisons de faire du mal aux autres qui nous dépassent. Tu n'as pas l'air d'être comme ça, cela dit. Mais je me trompe peut-être. Je ne te connais pas, après tout. Alexander, c'est bien ça ?

Disons qu'il me rappelle un peu moi. Il agit de la même manière, même si ses gestes ne trahissent ni son angoisse, ni sa lassitude. C'est plutôt une sorte de douceur.

Puis, doucement, je secoue la tête. Je n'allais pas me vexer pour si peu. Même s'il n'est pas commun de se faire demander "ce qu'on est", on finit par s'y habituer. En même temps. Créanne à temps plein, ce n'est pas spécialement ce qu'il y a de moins bizarre dans la vie. Même si pour certaines personnes, on était juste… des sortes d'esprits. Mais c'était encore il y a longtemps. Les gens ne croient plus en la magie. Ils ne croient plus qu'en la science. Mais est-ce que c'est si incompatible ?

- Ca ne me vexe pas. Je ne suis pas un missionnaire.

Un sourire fleurit sur mes lèvres. Ne leur apprend-t-on pas à nous craindre, dans leur école ? Il me semblait pourtant. Rien que le souvenir de ces deux missionnaires, en Pologne, me ferait frissonner. Ils étaient probablement prêts à m'éliminer si je ne coopérais pas. Mauvais point…

- Je… suis une créanne. Même si mes congénères n'aiment pas beaucoup ma présence.

Ils n'apprécient pas les traîtres qui pactisent avec les missionnaires. Ou, tout du moins, qui ne les considèrent pas comme des ennemis. Mais même ces créannes hostiles ne sont pas mes ennemies… du moment qu'elles ne m'attaquent pas, bien entendu. Un peu perturbé, je me mordille la lèvre puis lève mes deux mains.

- Je ne t'attaquerai pas non plus. Tu n'es pas obligé de me croire, mais je préfère le préciser. Je ne suis pas suicidaire pour être venu à Stockholm avec des intentions malveillantes.

Surtout pas à mon niveau, cela dit… Mais bon.

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Alexander Aestas

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Jeu 2 Juil - 11:06

— On a parfois des raisons de faire du mal aux autres qui nous dépassent. Tu n'as pas l'air d'être comme ça, cela dit. Mais je me trompe peut-être. Je ne te connais pas, après tout. Alexander, c'est bien ça ?

Je hoche distraitement la tête. Je ne comprends pas bien où il veut en venir, à vrai dire. Je n’ai pas de raison de lui faire du mal. Pourquoi est-ce qu’il doute ainsi ? Bon… après tout, moi aussi j’ai tendance à ne pas faire tout de suite confiance aux gens, en fait. Enfin –pour moi en tout cas-, la confiance ne change pas vraiment grand-chose dans mes agissements. Probablement suis-je juste plus à l’aise, et mes actes simplement plus assurés. Je ne fais réellement confiance qu’à peu de gens, au fond. Peut-être devrais-je m’ouvrir un peu plus à ce niveau-là…

J’attends, toujours un peu anxieux, sa réponse quant à ma question sur sa nature. A mon grand soulagement, il ne semble pas blessé. Ce n’est pas vraiment une question que j’ai l’habitude de poser… enfin remarque, il en va de même pour tout le monde pour le coup, je suppose.

— Je… suis une créanne. Même si mes congénères n'aiment pas beaucoup ma présence.

Je reste impassible. Une créanne ? J’ai déjà vaguement entendu ce mot dans les couloirs de la Congrégation, mais je ne sais pas vraiment ce que c’est. Enfin si, je crois que c’est une créature qui peut se transformer en animal. Et, de ce que j’ai pu entendre, elles sont théoriquement censées être les ennemies des missionnaires. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Enfin, après tout, Nao n’a pas l’air d’être vraiment agressif. Il doit probablement y avoir différents types de créanne…

Il se mordille la lèvre, comme j’ai tendance à le faire parfois lorsque je suis mal à l’aise. Puis il lève les deux mains, comme pour démontrer qu’il n’avait pas d’armes. J’écarquille un peu les yeux, surpris.

— Je ne t'attaquerai pas non plus. Tu n'es pas obligé de me croire, mais je préfère le préciser. Je ne suis pas suicidaire pour être venu à Stockholm avec des intentions malveillantes.

C’est vrai que si les missionnaires sont censés être ses ennemis, il est plutôt mal tombé à Stockholm. Il doit avoir un sacré courage pour venir ici, même s’il agite le petit drapeau blanc de la paix. Je ne sais pas si tous les missionnaires le croiraient comme moi je le crois… je ne connais pas beaucoup de monde à la Congrégation, en fait.

Je te crois. Je ne suis pas missionnaire depuis longtemps, alors je suppose que je ne me rends pas compte de ce que sont censés représenter les créannes pour nous…

…et je ne compte pas le lui demander. Je n’ai pas envie d’être hostile envers lui, ce même s’il est censé être mon ennemi. Il ne m’a rien fait…

Je me rassois sur le rocher sur lequel j’étais assis avant que Nao n’arrive.

Pourquoi es-tu venu à Stockholm ? Si nous sommes théoriquement censés être tes ennemis, il aurait mieux fallu que tu ailles n’importe où sauf ici non ?

Si moi je ne lui ferai rien, je ne sais pas ce qu’il en est des autres missionnaires. Alors décider de venir ici, où il court théoriquement un danger de tous les instants, je ne comprends pas trop. Enfin… ça ne me regarde pas, en fait… je suis vraiment trop indiscret, parfois…

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Nao
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Sam 18 Juil - 20:33

Pas de réaction à la mention de ma nature. Ce n’est pas comme s’il avait l’air très renseigné sur le sujet – certainement aurait-il réagi différemment s’il l’avait déjà su auparavant. Bon… On ne va certainement pas se plaindre à ce sujet-là. S’il ne me lance pas de boule de lumière ou que sais-je en plein visage, ça m’arrange. Ça me convient même beaucoup mieux, à vrai dire. Les humains sont toujours un peu imprévisibles, au fond... On ne sait jamais ce qu’il peut se passer. Certaines personnes sont très calmes et peuvent être très agressives. D’autres être agressives et au final ne pas vouloir de mal aux autres. Bref. Les humains sont étranges.

Lorsque je lève les mains pour lui montrer que je ne l’attaquerai pas, il me fixe d’un air surpris. Bon. D’un air de poisson estomaqué d’avoir été sorti de l’eau, si vous préférez. Est-ce que c’est le moment où je dois partir à tire d’ailes ou pas ? Trop galère…

Finalement, mes épaules s’affaissent un peu. Même si je ne le montrais pas, j’étais plutôt tendu. Aux aguets, plutôt. Il est vrai que c’est un peu stupide de croire les gens sur parole de cette manière. Mais si nous ne commençons pas à le faire, je crois que c’est foutu pour l’humanité là. Ou la créanité. Aussi.

Un sourire s’étire légèrement sur mes lèvres et j’acquiesce lentement. Après tout, pourquoi s’intéresser à ce qui ne nous concerne pas personnellement ? Je crois... Notez l’air particulièrement convaincu : j’y tiens. Mes épaules se haussent cependant à l’entente de sa question suivante. C’est vrai : moi aussi, je me suis posé la question. C’est un peu stupide comme raison, en fait…

- En fait… je commence, embarrassé. J’ai déjà entendu parler de Stockholm plusieurs fois. À cause de toutes ces histoires. Je crois que j’avais besoin de m’en rapprocher. Ça fait tellement longtemps que je me tiens éloigné de ce monde que je n’en connais même plus les règles. J’aimerais les réapprendre. Pas forcément jouer avec. Mais voir ce qu’il se passe.

Mes yeux se lèvent vers le ciel, bientôt totalement noir. Peut-être que j’avais simplement besoin de me trouver un endroit où aller. Un endroit où rester, où rentrer. Un endroit où je serais bien, probablement. Quand on change constamment d’endroit, on a un peu de mal à considérer le moindre lieu comme sa maison…

- Pour le moment, je suis bien ici. Mais peut-être que je m’en lasserai un jour…

Comme à chaque fois.

Mon sourire s’étire à nouveau, plus faible. Je ne devrais pas dire ça, en fait.

- Qu’est-ce que ça fait de servir un Dieu ? Ça doit être particulier, quand même…

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Alexander Aestas

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Ven 24 Juil - 18:03

Un sourire étire ses lèvres et il m’explique alors pourquoi il est venu à Stockholm, malgré tous les dangers qu’il encourt. J’écoute sans rien dire. Mais j’avoue rester perplexe, même si je ne le montre pas. De quelles règles parle-t-il ? Peut-être qu’il parle de choses spécifiques aux créannes, auquel cas je ne compte pas lui demander d’explications. Apparemment il compte juste… observer ce qu’il va se passer. De loin. Avoir un point de vue externe. Je ne saurais dire si c’est bien ou pas. Enfin après tout, s’il avait à choisir un camp, je ne vois pas pourquoi il viendrait du côté des missionnaires. Donc bon, cela vaut peut-être mieux pour nous qu’il reste à l’écart, même s’il ne nous semble pas vraiment hostile. Ou alors, peut-être est-ce moi qui suis trop naïf de le croire ? C’est possible aussi…

Nao lève alors les yeux vers le ciel. Il fait trop sombre à présent pour que j’en sois certain, mais on dirait qu’une espèce de lueur nostalgique, de tristesse peut-être brille dans ses prunelles. De ce qu’il m’a dit, j’ai cru comprendre qu’il venait très souvent dans la forêt. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il y vit, je ne le connais pas après tout. Mais peut-être que l’isolation dans les bois ne lui convient plus ? Peut-être qu’en venant dans une capitale il y recherche la vie, et les gens. Je n’en sais rien. Je ne compte pas lui poser trop de questions concernant sa vie privée, je suis suffisamment bien placé pour savoir que ça peut être gênant parfois. Par conséquent je fais des suppositions.

— Pour le moment, je suis bien ici. Mais peut-être que je m’en lasserai un jour…

Je ne peux que lui adresser un sourire. Ne m’étant jamais vraiment éloigné de Stockholm, je ne peux que confirmer que l’on s’y sente bien. Du moins, je m’y sens bien. Enfin je ne peux pas vraiment comparer avec d’autres endroits, mais… Stockholm c’était, c’est, et sera toujours –je pense- ma maison. Je ne me vois pas vivre ailleurs. Mais je ne peux prédire les aléas de la vie, après tout.

— Qu’est-ce que ça fait de servir un Dieu ? Ça doit être particulier, quand même…

Je bats des paupières, pensif. Je ne suis pas missionnaire depuis longtemps, alors je ne peux pas vraiment dire…

Disons que j’ai l’impression d’avoir un but dans la vie.

Oui, on pourrait dire ça comme ça. L’idée de servir Nanna me pousse à avancer, je crois. Du moins plus qu’avant. Avant je ne sortais de chez moi vraiment le soir. Maintenant je me force à aller à la Congrégation le jour, pour me familiariser avec tout ça. Rien que pour ça, j’ai l’impression d’avoir fait un pas en avant.

…mais c’est vrai que quand ton dieu décide de s’amuser avec toi, c’est… surprenant, voire inquiétant.

Le coup du déguisement de valet suivi par le « utilise tes pouvoirs pour ne pas finir nu » de la dernière fois, je n’ai pas vraiment apprécié. Mais bon, ça m’a permis de comprendre qu’il y avait une part de volonté dans le contrôle de mes pouvoirs. Je crois que Nanna veut m’amener à maitriser mes pouvoirs et mes émotions en même temps. Enfin bon, il a raison après tout, je ne lui sers pas à grand-chose, comment je suis actuellement… des fois je me demande s’il n’aurait pas mieux fait d’appeler quelqu’un d’autre.

Et toi ? A quoi ressemble ta vie de… créanne ?

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Nao
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Jeu 6 Aoû - 18:17

C'est certain, il n'a pas l'air d'être très au courant des us et coutumes des créannes. Attaquer les missionnaires, posséder les médiums, et chasser les créannes qui ne rejoignent pas leur cause dans leur lutte contre les dieux. Pas que cette guerre soit déclarée ouvertement. C'est encore ténu, j'ai l'impression. Mais le fil est à deux doigts de se rompre. Je ne veux pas d'un monde où les deux moitié de moi-même s'entredéchirent. D'un côté, les créannes, mon essence-même, le groupe auquel j'appartiens. Et de l'autre… les humains. Qu'ils soient missionnaires, médiums ou non lucides, c'est ma famille d'adoption. C'est un peu complexe à expliquer, mais c'est dans leur monde que nous vivons. Je ne veux plus avoir à me terrer parce que je suis une créanne. Je ne veux pas avoir à faire de choix entre mes semblables et ceux qui m'apportent tant.

Lui, que pense-t-il ? Il m'observe parler, et se tait simplement. Très calme. Serein. C'est reposant, et j'apprécie sa compagnie. Il n'est pas dérangeant. Bruyant. Même lorsqu'il respire, il ne fait pas beaucoup de bruit. J'en rirais presque. Ma dernière question, par ailleurs, semble le sortir de sa torpeur. Mais je crois qu'elle était plus à voir comme "qu'est-ce que ça fait, d'être de l'autre côté de la barrière ?"… Cette barrière posée par les dieux, ou peut-être n'est-elle que les dieux eux-mêmes, je ne sais pas. J'aimerais savoir ce que cela fait d'être humain. Est-ce différent d'être créanne ? Probablement. Sinon, ils ne nous haïraient pas tant. Mais notre vie vaut-elle moins que celle des hommes, simplement parce que nous sommes les déchets des dieux …?

Un but. Le mot est soufflé. Et je ne peux que baisser les yeux vers le sol. Un but. Nous, notre but, est de détruire notre créateur. Dans ce cas, pour les créannes de mon type, lorsque nous ne le souhaitons pas, est-ce que nous en avons encore un ? Est-ce que ce n'est pas ça, ce qui me rend si profondément las ? Savoir que, peu importe ce que je ferai, je ne serai jamais à même de me trouver un objectif à atteindre ? Le seul qui m'ait jamais traversé est celui-ci : survivre.

Mon sourire s'étire à nouveau. Doux, mais un peu triste. Je l'envie, ce missionnaire. Mais je ne le lui dirai probablement pas. Il serait mal à l'aise.

- Inquiétant, j'imagine très bien. Mais ce doit être bien… De ne pas simplement être lâché en pleine nature.

C'est amusant. Les missionnaires parlent tous très différemment de leur dieu. Tantôt l'une est susceptible, et son serviteur le hait ; tantôt un autre est farceur, mais porteur d'espoir. Les dieux sont bien difficiles à comprendre, hein. Après tout, ce sont des dieux…

La question m'est renvoyée et j'hésite à répondre. Est-ce que je peux vraiment lui dire ça ? Ou est-ce que ce n'est pas dangereux pour moi ?

- C'est particulier, je souffle. Je ne vis pas comme la majorité des créannes que l'on rencontre. La plupart se fondent parmi les humains, d'autres sont en bandes agressives. Mais elles ne sont pas constamment seules…

Un soupir m'échappe et je me passe une main dans les cheveux. Comme à chaque fois depuis que je les ai coupés, la chose m'inquiète un peu et me fait froncer les sourcils, mais je me reprends.

- Je vis sous ma deuxième forme, la plupart du temps. Plutôt dans les bois, pour être moins repérable. Les… humains m'effraient un peu, parfois. Surtout dans cette ville. J'ai peur qu'ils n'aient de mauvaises intentions, tandis que je ne fais que… vivre ?

Je lâche un petit rire en me relevant, décidant de m'étirer. Maman oiseau n'est toujours pas revenue, je constate en observant le nid.

- Disons…

Je reporte mon attention sur Alexander.

- … que c'est assez éprouvant. Toujours être seul, et toujours devoir fuir, se cacher. Après autant de temps, ça commence à me peser sévèrement.

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Alex
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Alexander Aestas

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Jeu 20 Aoû - 10:03

— Inquiétant, j'imagine très bien. Mais ce doit être bien… De ne pas simplement être lâché en pleine nature.

...lâché dans la nature ? Est-ce que... Est-ce ce que vivent les créannes à leur naissance ? Un sentiment de culpabilité m'envahit alors. Qui suis-je donc pour me plaindre, insinuer un quelconque point négatif, alors que ce garçon a vécu seul et isolé parce que rejeté par son dieu ?

Je... Je suis désolé. Ça ne doit pas être simple pour toi...

Je lui renvoie sa question, tentant de cacher mon malaise soudain. Il semble hésiter un temps, puis il me répond doucement :

— C'est particulier. Je ne vis pas comme la majorité des créannes que l'on rencontre. La plupart se fondent parmi les humains, d'autres sont en bandes agressives. Mais elles ne sont pas constamment seules…

Une faible grimace étire mes traits. Il enchaine en disant qu'il vivait sous sa deuxième forme, reclus dans les bois, pour échapper au danger que représentent humains et missionnaires. Il termine en m'avouant que c'était pesant à vivre pour lui, ce à quoi je culpabilise encore plus. Moi aussi, j'étais seul et isolé. Moi aussi j'étais rejeté, bien que ce ne soit pas identique à ce que Nao a vécu. Mais moi, j'avais ma famille. Puis j'ai eu mon dieu. Lui a été rejeté par le sien. Qu'est-ce que ça fait d'être ainsi livré à son sort, sans rien ni personne ? D'avoir des ennemis sans même avoir commencé à vivre ? Peut-être a-t-il eu l'impression de n'être aimé de personne, d'être un simple fragment de la vie de son dieu, d'être... D'être un déchet, oui peut-être. J'ai mal pour lui. Il a dû tellement souffrir... Avec cette souffrance, il aurait pu en arriver à faire des choses qu'il n'aurait pas faites si ça ne s'était pas passé comme ça. Pour lui manifestement il n'y a pas eu ce problème, il ne semble pas révolté contre les dieux... Mais... Les autres créannes... Si toutes ont ainsi souffert, ce n'est pas étonnant qu'elles en veuillent aux dieux. Si... Si les divinités accordaient plus d'attention à ces créatures auxquelles ils donnent naissance, en bienveillance je veux dire, peut-être qu'ils auraient moins de soucis avec elles. Un peu gêné, je demande d'une voix timide :

Est-ce que... Vous souffrez toutes d'avoir été rejetées de votre dieu ? Ou est-ce toi qui l'a pris particulièrement à cœur et t'es imposé cet isolement parce que tu pensais être rejeté par tout le monde, même après ça ?

Ou même une autre hypothèse... Je ne fais que proposer. J'aimerais pouvoir l'aider... Seulement… qu’est-ce que je pourrais faire ? Si c’est sa manière de penser… on ne peut pas faire disparaitre de l’inquiétude ou de la méfiance comme ça, surtout si ça fait longtemps qu’il la ressasse.

Et… si ce n’est pas trop indiscret… est-ce que je pourrais savoir… de quel dieu es-tu né ?

Ça ne change rien pour moi de le savoir, peu importe qui c’est. Dans tous les cas je ne pourrai pas faire de reproches à ce dieu, et ça ne change rien à la situation. Mais j’ai juste envie de savoir. De mieux comprendre quels liens ce garçon entretient avec le monde divin.

Je secoue légèrement la tête. Ça ne me regarde pas. Je n’ai pas à lui poser ce genre de question, si ça n’est d’aucune utilité à personne. Peut-être que ça le dérangerait plus qu’autre chose.

Pardon, je n’avais pas à te demander ça.

Je préfère changer de sujet. Je remarque que, depuis le départ, il lève régulièrement le nez vers le ciel. Ou plutôt, vers l’arbre au-dessus de sa tête. Je ne sais pas, comme s’il craignait qu’une branche n’en tombe.

Qu’est-ce que tu regardes dans cet arbre ? demandé-je en levant à mon tour les yeux vers les branches.

Cependant avec l’obscurité je ne distingue rien. J’ai certes l’habitude de sortir la nuit, mais d’ordinaire il y a l’éclairage public, ou tout simplement la lumière de la Lune. Avec les feuillages, elle ne parvient pas complètement jusqu’à nous.

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Nao
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Nao

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Jeu 20 Aoû - 15:38

Mon ton un peu amer, nostalgique peut-être, a certainement trop transparu dans mes propos. L'homme en face de moi semble pris d'une soudaine culpabilité, et j'incline légèrement la tête vers le côté, de quelques degrés, pour le fixer. De quoi s'excuse-t-il ? Il n'y est pour rien. Il n'est pas mon dieu, et je n'en veux pas aux missionnaires non plus. Ils ont quelque chose de plus que nous, c'est certain. L'affection, ou au moins la confiance de leur dieu. Ils leur confient des missions. Nous, nous sommes des rebuts. Du début à la fin. Ce n'est pas très agréable, mais y peut-on quelque chose ? J'aimerais croire que oui, mais je sais parfaitement que c'est faux. Notre nature-même nous rend inutiles. Nous ne pouvons même pas nous reproduire. Nous ne naissons que des dieux. Ou, du moins, c'était le cas jusqu'à il y a peu. Maintenant, même les humains peuvent créer des créannes… Est-ce que ce n'est pas le début d'une nouvelle ère …?

Cette fois, c'est une grimace qui tire les traits de son visage. Je ne comprends pas. Ai-je dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? Il ne m'a pas semblé l'accuser de quoi que ce soit, pourtant. J'ai énoncé des faits, sans pour autant m'en plaindre. C'est éprouvant, oui, mais c'est aussi un choix que j'ai fait. Si je l'avais souhaité, peut-être les choses auraient-elles été différentes. Ce faisant, je me lève pour m'étirer le dos. Pose mes yeux sur l'humain, doucement, avec un semblant de sourire aux lèvres. Je ne voulais pas qu'il semble si honteux, ou si déboussolé par mes propos. Sa voix s'élève, timide et légère, dans l'air du soir. C'est vraiment une personne calme.

- Ne t'en fais pas. C'est un choix que j'ai fait. Peut-être parce que ma nature m'y a poussé, dès le départ. Je n'ai connu les hommes qu'après quelques années de vie.

Doucement, ma main se pose sur mon cœur, avant de remonter sur ma nuque, par embarras.

- Les autres me mettent un peu mal à l'aise. Je ne suis pas friand des grandes villes, ou des foules. Ce n'est pas parce que je souffre du rejet… Du moins, je ne crois pas. Je garantis simplement ma survie. Je ne comprends même pas pourquoi c'est si important pour moi…

Pourquoi ma vie est-elle si importante à mes yeux, alors même que je ne rêverais que d'y mettre fin le plus rapidement possible ? C'est un bon paradoxe. Certainement suis-je encore en train d'attendre qu'il se produise quelque chose. Ou peut-être que ma vie de fantôme me convient, elle aussi…

- Beaucoup de créannes ressentent de la crainte, de la méfiance puis de la haine envers les dieux, justement à cause de ça. C'est un peu triste. Mais nous n'y pouvons rien. Parfois, leur rancœur est telle qu'elles s'attaquent même aux membres de leur espèce… Ceux qu'elles considèrent ne pas les aider dans leur tâche.

Un sourire un peu désabusé se glisse sur mes lèvres. J'ai l'impression de beaucoup parler. Trop me livrer, peut-être. Alors que cet humain a peut-être énormément de choses à dire. Sa question suivante, néanmoins, me laisse coi quelques secondes. Un rire m'échappe. Léger.

- Ne t'en fais pas. Ça ne me gêne pas. Si je ne veux pas répondre, je ne réponds simplement pas. Pas la peine de t'excuser.

Puis je lève le nez vers le ciel, une fois de plus. Pour observer l'astre lunaire et les étoiles qui parsèment la voûte.

- Je crois… que la lune m'a toujours attiré, je réponds simplement, sur un ton très serein. C'est sûrement normal, en tant que chouette, mais j'ai toujours senti autre chose. (Puis mes yeux se baissent vers Alexander.) Mais je me trompe peut-être.

Un sourire taquin. Puis je fais quelques pas pour me dégourdir les jambes, pas très habitué par ma forme humaine. J'ai rapidement des crampes, vous n'imaginez même pas.

Cependant, j'essaie de ne pas m'empourprer lorsqu'Alexander m'interroge sur ce que je trouve à cet arbre. Rire nerveux, je ne sais pas quoi répondre.

- Il y a des œufs, je grommelle. La mère n'est pas revenue depuis ce matin, il est peut-être arrivé quelque chose. Je commence à me demander s'ils vont survivre. La nuit, il ne fait pas si chaud… Et les prédateurs aiment bien les chiper dès que les femelles ont le dos tourné.

Oui. Bon. Je m'inquiète pour des œufs qui n'ont pas encore éclos. Les trois-quarts des gens n'en ont rien à faire, mais je ne suis pas les trois-quarts des gens. (Malheureusement.)

Une main sur ma nuque, à nouveau. J'espère que je n'aurai pas à poser mes fesses dessus, je ne vais pas aimer.

- … C'est un peu agaçant de s'occuper d'oisillons, de toute manière.

J'en suis encore à la phase auto-conviction, vous savez. Bon… tant pis.

Je fais signe à Alexander de ne pas bouger et me transforme pour me poser sur la branche d'à côté, pas très haute et plus résistante. Je teste la dureté du bois, avant de me retransformer en humain. Manque de tomber, aussi. Mais je me rattrape au tronc. Doucement, j'attrape les trois œufs et les serre contre moi, avant de les envelopper dans le gilet que je porte très soigneusement. Cela fait, je me retransforme, attrape le gilet que j'ai refermé entre mes serres et redescends pour le déposer par terre. Puis hop, retransformation en humain. Je serre l'étoffe contre moi et frotte les œufs au travers. Puis m'approche d'Alexander pour les lui montrer, silencieusement tout d'abord.

- Est-ce que je peux te poser une question, moi aussi ?

Quelques secondes passent.

- À la Congrégation… Est-ce qu'ils vous apprennent à haïr les créannes ? je souffle. On croise tellement souvent de missionnaires agressifs à notre encontre. Je ne comprends pas comment vous faites pour être tous si… différents dans votre manière d'agir avec nous.



HRP : Omg je suis désolée c'est super long et embrouillé et... o.o

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Alex
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Alexander Aestas

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Jeu 20 Aoû - 21:31

Il s’empresse de me contredire, ou plutôt de confirmer que c’était bien par choix qu’il s’isolait ainsi. Que les autres le mettaient mal à l’aise, qu’il voulait juste… vivre. Survivre. Un faible sourire étire mes lèvres lorsqu’il dit qu’il ne comprend même pas lui-même pourquoi il tenait tant que ça à vivre. Je souffle doucement :

C’est simplement l’instinct de tout être vivant, tu sais. Peut-être que simplement tu sais apprécier la vie, d’une certaine façon. Tu ne t’en es peut-être pas réellement rendu compte, mais peut-être es-tu… heureux.

La survie est un instinct naturel, bien sûr. En revanche, savoir considérer la vie précieuse, c’est autre chose.

Il répond ensuite à ma question plus générale, quant aux créannes, à leur ressentis par rapport aux dieux. Je hoche doucement la tête. Je ne peux pas dire que je comprends. Je ne suis pas une créanne, et je n’ai que très rarement ressentis de la haine –voire je n’en suis même pas sûr-. Mais… disons que j’admets qu’elles ont une raison d’en vouloir aux dieux, et à la Congrégation.

Je lui demande ensuite timidement qui est le sien. Il s’empresse de me rassurer, avec un rire léger en me disant que ça ne le dérangeait pas de répondre, que s’il n’en avait pas envie il ne répondrait simplement pas.

Il lève les yeux vers le ciel, marquant un temps avant de répondre.

— Je crois… que la lune m'a toujours attiré. C'est sûrement normal, en tant que chouette, mais j'ai toujours senti autre chose. Mais je me trompe peut-être.

Il m’adresse un sourire que j’interprète comme… malicieux. Je ne peux également empêcher un sourire de se glisser sur mes lèvres. Nanna, hein ?

Mais je déchante vite. Ce garçon n’est pas considéré comme un missionnaire. Il a été… rejeté par mon propre dieu. Qu’est-ce que je croyais ? Que Nanna était parfait ? Qu’il ne faisait pas d’erreurs ? Qu’il était gentil avec tout le monde ? Non, pas vraiment. Disons plutôt que je ne me suis jamais posé ce genre de questions.

Je préfère changer de sujet, et je lui demande pourquoi il porte sans cesse attention à cet arbre. Son rire semble alors un peu… crispé. J’ai l’impression que cette question le dérange un peu plus que ma question par rapport à son dieu. Il répond cependant :

— Il y a des œufs. La mère n'est pas revenue depuis ce matin, il est peut-être arrivé quelque chose. Je commence à me demander s'ils vont survivre. La nuit, il ne fait pas si chaud… Et les prédateurs aiment bien les chiper dès que les femelles ont le dos tourné.

Ohh. Des œufs ? Je cherche des yeux un nid. Il y a bien une tâche un peu plus sombre, mais je ne saurais dire si c’est ça. Je me lève, espérant peut-être mieux voir.

Il me fait ensuite signe de ne pas bouger. Puis, sans un bruit, je vois sa silhouette se transformer, en un oiseau. Une chouette, d’après ce qu’il m’a dit. Je n’aurais pas deviné avec l’obscurité, s’il ne me l’avait pas dit plus tôt.

Après maintes manœuvres, il ramène les œufs au sol. Il reprend forme humaine et, je suppose, tente de redonner un peu de chaleur aux œufs, avec l’aide de son gilet. J’avoue que la scène m’attendrit. On dirait qu’il s’occupe de ses propres enfants. Je m’approche doucement, mais reste à une certaine distance. Mais, au final, c’est même lui qui se dirige vers moi. Il me montre les œufs, dégageant un peu le tissu. Je les observe attentivement, un peu ébahi. Ce n’est pas tous les jours que l’on voit ainsi des œufs, « à l’état sauvage » je veux dire. J’aurais bien voulu toucher, effleurer les coquilles, voir si on pouvait sentir la vie qui se formait à l’abri à l’intérieur. Mais bon, je ne préfère pas, j’aurais vraiment trop peur de faire une gaffe. Ça semble… si fragile. Il est plus sage de les laisser aux bons soins de Nao, il est plus à même de savoir comment s’y prendre.

— Est-ce que je peux te poser une question, moi aussi ?

Je redresse la tête vers lui.

Bien sûr.

— À la Congrégation… Est-ce qu'ils vous apprennent à haïr les créannes ? On croise tellement souvent de missionnaires agressifs à notre encontre. Je ne comprends pas comment vous faites pour être tous si… différents dans votre manière d'agir avec nous.

J’hésite un instant. Je n’ai pas encore pris l’habitude d’aller régulièrement aux cours. Je sais, je devrais m’y mettre. J’y penserai.

Je secoue la tête.

Je préfère te répondre honnêtement : je n’en suis pas sûr. Je… je ne suis pas assez à l’aise pour parler de tout ça naturellement avec les gens, ou pour suivre tous les cours proposés. Cependant, non, je ne crois pas qu’on nous apprenne à haïr les créannes. Je n’entends pas d’écho vraiment haineux dans les couloirs. Je crois… qu’on nous apprend « juste » à nous méfier de vous. Pour ma part… je n’ai pas de raisons de vous en vouloir, certainement pas à toi.

Je baisse à nouveau les yeux vers les œufs.

Nous sommes les serviteurs des dieux, oui, continué-je. Cependant, derrière ça, nous avons chacun notre manière de penser. Je pense… qu’il ne faut pas que tu croies que nous vous voulons tous du mal. Je n’essaie pas de nous donner meilleure image, nous faisons des erreurs… et je ne sais pas qui tu as pu rencontrer… mais… je pense que si tu n’es pas hostile envers la Congrégation, alors elle n’a pas vraiment de raisons de t’être hostile.

En théorie. Mais je ne sais pas ce qu’en pensent les supérieurs de la Congrégation, au fond.

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Nao
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Jeu 20 Aoû - 22:33

L'instinct de survie de tout être vivant, hein… Oui, certainement. Mais c'est assez étrange quand on y repense. D'avoir des désirs aussi éloignés les uns des autres. Après, c'est comme pour tout. L'amour, la haine. Je ne sais pas si je suis capable de ressentir quoi que ce soit d'aussi fort. D'aussi extrême. La peur, simplement. Pourtant, il m'est déjà arrivé d'apprécier des gens… de me sentir proche d'eux, vraiment proches, je veux dire. Le type d'amour qu'on aimerait pas avoir, parce qu'on a déjà quelques décennies derrière soi. Puis les décennies s'accumulent, se transforment en demi siècles, en siècle. Après deux centaines d'années, on se demande à quoi ça sert de se faire autant de mal, en sachant que les autres mourront de toute manière. Et que nous, nous resteront.

Je repense à ce que ce missionnaire m'avait dit, l'année dernière. "Faire quelque chose de fou." Peut-être que si je mettais plus souvent ma vie en danger, je serais plus capable de l'apprécier… Parallèlement, je ne pense pas pouvoir dire que je me sens heureux. Parce qu'il manque quelque chose. Il manque toujours quelque chose, et je ne sais pas quoi. Là, maintenant, oui, je crois que je suis heureux de partager cette conversation. Aussi simple soit-elle. Elle me permet d'en apprendre plus. De comprendre. Et d'alléger un peu ma solitude.

- Certainement, oui. Je ne suis pas malheureux, en tout cas.

Lentement, je réponds à ses questions, puis m'en vais récupérer les œufs dans leur nid. Une fois en bas, je les lui montre en les gardant précautionneusement contre moi, de peur de les faire tomber. Peut-être que c'est aussi pour cette raison que je me sens obligé de les récupérer. Parce que quelque part, j'espère ne plus être seul, moi non plus. C'est une perspective terrifiante que de mourir seul. En face, le regard d'Alexander change du tout au tout. Il a semblé absent quelques secondes, mal à l'aise par mes confidences. J'ai l'impression que plus je m'ouvre, et plus mes mots lui font du mal. J'hésite à enchaîner. Mais continue. Parce que j'ai envie, et besoin de l'entendre me parler de tout cela, moi aussi. Il regarde les œufs, sans les toucher, et je passe doucement mes doigts dessus pour en tester la température. Ils sont froids…

Tout en lui posant mes questions, je les emmitoufle dans mon gilet et les frotte au travers du tissu. Songeur, je m'installe par-terre pour être plus à l'aise. Il s'installera en face s'il en a envie ; en tout cas, je ne l'en empêcherai pas.

Ses mots peinent à se frayer un chemin dans mon esprit. Donc les missionnaires n'apprennent pas à nous haïr, mais à nous… craindre, en quelque sorte ? On ne se méfie que de ce que l'on craint. Ce qui est compréhensible. Les créannes sont toutes tellement changeantes, même sans compter sur la diversité des caractères, des ambitions. Je ne sais pas. Peut-être qu'ils ont raison. Mais ne pourrait-on pas faire autrement ? Faire… plus que simplement apprendre à se craindre mutuellement ? Nous avons peur, donc nous attaquons, donc ils ont peur, donc ils nous attaquent ; et c'est un cycle sans fin de violence et de crainte. Nous méritons tous mieux que cela. Pourquoi les puissantes créannes ne cherchent pas à instaurer un climat de paix ?

Doucement, j'acquiesce, rassuré par sa franchise.

- Merci. Je comprends un peu mieux, je crois. J'imagine qu'il y a des personnes violentes ou agressives dans les deux camps, et ça n'aide pas à favoriser une entente.

Je resserre mon gilet contre moi instinctivement, puis frissonne un peu dans le courant d'air. Hmm… On ne peut pas faire grand-chose, je crois…

- Déjà, je pense qu'il faudrait régler ces différents… conflits. Ou ces divergences de point de vue, appelons-les comme tu le souhaites. Dans tous les cas, je crois qu'à notre niveau nous ne pouvons pas faire grand-chose.

Après, c'est avec de grandes aspirations qu'on se forge, hein… je crois… Huan ne serait certainement pas d'accord avec ça, cela dit. L'idée m'amuse quelque peu, et je l'imagine ouvrir un œil durant l'une de ses méditations, me fixer, avant de le refermer. Il attendrait que mon expression se change en moue embarrassée pour lancer que les grandes aspirations amènent au vice et à la souffrance. C'est difficile d'avoir des envies de ce type, pourtant…

- Enfin peu importe. N'y pensons pas. Tu n'es pas la congrégation, et je ne suis pas l'ensemble des créannes. On a pas à se faire les représentants d'un procès sans début ni fin, je commente avec un demi rire.

Alors je relève les yeux vers le missionnaire, et le dévisage dans la pénombre.

- Dis-moi, Alexander ; qu'est-ce que tu aimes faire ? À part jouer du violon. Et parler à des créannes dans une forêt sombre, je le taquine gentiment.

Bon, après, je ne suis pas le grand méchant loup, donc ça devrait aller. J'imagine.

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Alexander Aestas

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Sam 22 Aoû - 11:02

Je le regarde s’installer à même le sol, tandis qu’il me pose ses questions. Je décide de le suivre, et m’assois en tailleurs par terre. C’est plus agréable d’être à la hauteur de son interlocuteur, tout de même. Alors, je lui réponds. Ce que je pense. Il hoche la tête, tout en continuant à frotter doucement les œufs :

— Merci. Je comprends un peu mieux, je crois. J'imagine qu'il y a des personnes violentes ou agressives dans les deux camps, et ça n'aide pas à favoriser une entente.

Je secoue légèrement la tête.

En effet. De plus… ces conflits doivent remonter à la nuit des temps, ça ne doit pas être facile à effacer, des centaines et des centaines d’années de conflit.

Honnêtement, je ne sais même pas si ce serait possible. C’est… ça forme un cercle, en fait. Si tout le monde se hait depuis des années et des années… Si personne ne le brise, ça me parait compliqué…

— Déjà, je pense qu'il faudrait régler ces différents… conflits. Ou ces divergences de point de vue, appelons-les comme tu le souhaites. Dans tous les cas, je crois qu'à notre niveau nous ne pouvons pas faire grand-chose.

Je secoue à nouveau la tête.

Ça me semble un peu compliqué, en effet.

Je ne suis missionnaire que depuis peu. Personne ne me connait, et je ne connais personne. A qui voulez-vous que j’expose mon point de vue ? Franchement…

Les créannes ont une raison d’en vouloir aux missionnaires… elles en veulent aux dieux… or nous, nous devons justement défendre leurs noms… c’est vraiment incompatible, et vraiment pas simple à régler…

Je laisse un silence, pensif. Non, vraiment, je ne sais même pas si ce conflit pourrait se régler un jour. Ou alors il faudrait que les dieux changent, vis-à-vis de leurs créannes. Ce qui me semble… très peu faisable.

Avec un rire, Nao déclare finalement que nous ne devrions pas y penser. Que nous ne représentions pas la majorité de notre camp, que nous n’avions pas à être des porte-paroles.  Je hoche légèrement la tête. Après, le problème c’est que si tout le monde se dit qu’il ne faut pas y penser, personne n’y pensera jamais, et il n’y aura clairement aucune chance pour que tout ça s’arrange.

— Dis-moi, Alexander ; qu'est-ce que tu aimes faire ? À part jouer du violon. Et parler à des créannes dans une forêt sombre.

Je redresse la tête, surpris par ce changement radical de sujet. Son ton s’était fait malicieux, sur la dernière phrase. Un rire nerveux m’échappe. Pas parce qu’il me parle de « parler à des créannes dans une forêt sombre ». Je sais bien qu’il ne me fera rien, il était de base plus craintif que moi. Non, ce n’est pas ce garçon qui va m’effrayer. Ce qui me rend nerveux, c’est qu’il me demande de parler de moi. Je n’aime pas vraiment ça. J’attrape un petit caillou, et joue, distraitement d’abord, avec, avant de focaliser mon regard dessus aussi. Comme si c’était un objet intéressant.

Je n’ai pas… beaucoup de passions, en vérité. Au fond, je ne fais pas grand-chose de ma vie. La musique… la lecture… et il m’arrive de jouer aux échecs avec ma sœur.

Je me passe ma main libre sur la nuque.

Et… ma sœur… ce qui peut rendre ma sœur heureuse me rend heureux aussi, généralement.

Sauf ses petits copains. Mais ça, on va éviter de le dire.

Je préfère changer de sujet. Je ne sais jamais quoi dire quand on me pose ce genre de questions.

Et toi ? Même si tu évites les villes et tout ça… tu t’octroies bien des loisirs, non ?

Parce que juste… fuir… et survivre… ce doit être un peu triste, à force.

Quel âge as-tu, d’ailleurs ?

Il me semble avoir entendu que les créannes ne vieillissaient pas. Je me demande depuis combien de temps il s’isole ainsi.

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Mer 2 Sep - 21:19

Alexander s'installe lui aussi. Ça me tire un sourire. Léger, doux. Je suis content qu'il se sente suffisamment à l'aise. Suffisamment pour ne pas me craindre. Pas que j'aie l'air spécialement menaçant, et on m'en a déjà suffisamment fait la remarque. Dans tous les cas, ça me fait plaisir. Je n'ai aucune envie de faire peur à qui que ce soit. Même sous ma forme de chouette, j'ai plus l'air d'une peluche qu'autre chose. C'est à la fois lassant et dépitant. Au final, je n'y fais plus attention depuis le temps. Pour cette fois, encore, je me contente de sourire distraitement, les œufs serrés contre moi, en continuant notre discussion. Compliqué… Ce n'est pas que c'est compliqué, c'est surtout que c'est improbable. Personne ne penserait à se faire confiance dans un tel monde, et surtout pas entre créannes et missionnaires. Je ne sais pas encore quels avantages pourraient posséder l'un ou l'autre à faire alliance, à part se ficher mutuellement la paix. Mais ce serait déjà une avancée considérable, vous ne pensez pas ?

- Pas simple à gérer, mais pas impossible… je continue avec un demi sourire. Enfin, pas pour toutes. Mais ça peut se faire, j'imagine…

Tant pis. Changeons de sujet. Rien ne sert de s'appesantir sur de tels thèmes, surtout aussi peu réjouissants. Je m'essaie à un petit trait d'humour qui lui fait échapper un rire nerveux. Alors j'incline la tête, sans savoir si c'est à cause de moi qu'il semble aussi nerveux d'un seul coup. Mais lorsqu'il reprend la parole, je crois que je comprends où il veut en venir. Et je souris. Doucement. Sans le regarder, pour ne pas lui imposer un regard insistant. Je crois que j'ai compris. Ces regards fuyants, ces questions toujours tournées vers moi, et jamais vers lui. Il est simplement réservé. Trop certainement, je pense soudain. Mais je ne suis pas en droit de faire de remarques à ce sujet. Moi aussi, je suis comme ça. Ce n'est pas un mal, je crois… Un peu handicapant, simplement…

Doucement, j'acquiesce, attentif. Les œufs sont un peu froids sous mes doigts. L'odeur de la terre se fait plus insistante, alors que la lumière de la lune se fait plus faiblarde. Il va pleuvoir, d'ici une heure, peut-être moins.

Puis je lève les yeux vers lui. Je le distingue moins dans la pénombre, mais mes yeux s'habituent rapidement. Moins que si j'avais été une chouette, cela dit. Mais c'est plus ardu pour converser, n'est-ce pas ?

- Une sœur… commencé-je d'un air pensif. Ce doit être bien, d'avoir une famille de qui on est proche. Comment s'appelle-t-elle ?

Instinctivement, plutôt qu'intuitivement, je replace correctement les œufs dans leur nid provisoire.

- Ce sont de sympathiques passe-temps… J'aime la musique aussi. Et lire, même si je n'ai pas toujours eu accès à des bibliothèques. C'est plus facile depuis quelques années. Je n'ai qu'à me faire passer pour un étudiant.

Puis un sourire s'étire sur mes lèvres.

- Apprendre à jouer d'un instrument m'aurait toujours plu. Sinon… j'avoue que chasser mon repas est l'une de mes occupations principales, ris-je. Voler, aussi, on perd un peu la notion du temps, mais on ressent tellement bien l'espace... Tu vois, je n'ai pas beaucoup de passions non plus. Mais j'aime bien sortir faire la fête, de temps à autres. C'est un secret, ça, par contre.

Un air malicieux se glisse sur mon visage, mais il ne le remarque sûrement pas. Ma voix, elle, garde ce ton calme comme depuis le début de notre conversation.

- Pour ce qui est de mon âge, j'ai… Est-ce que c'est vraiment utile ? Je suis vieux. Essaie de deviner pour voir ?

C'est une sorte de petit jeu, un défi sans prétention. Probablement lui dirais-je de toute manière, mais c'est plus drôle comme ça.

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Alexander Aestas

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Mer 9 Sep - 18:28

— Une sœur… Ce doit être bien, d'avoir une famille de qui on est proche. Comment s'appelle-t-elle ?

Lorsque l’on est seul tout le temps, oui, la famille est un refuge. Ma sœur est un refuge. Sa joie de vivre compense mon habituelle réserve. Elle est mon lien avec… « le monde extérieur », si je puis dire. Dit ainsi, cela sonne comme si je vivais dans une grotte au fin fond d’une montagne… ce n’est pas ça, bien sûr… c’est plus que je vais difficilement vers les autres. Ma sœur m’y aide.

Lily.

Un sourire étire mes lèvres en prononçant son nom.

Je repose alors mes yeux sur les œufs. Si leur mère ne revient pas, ils ne survivront pas. Et Nao ne voudra surement pas les confier à des humains.

Que vas-tu faire, avec les œufs ?

Je suppose que la meilleure chose à faire est qu’il s’en occupe lui-même… il doit probablement être le mieux placé pour ça…

Il m’indique ensuite qu’il aimait aussi la musique, et lire aussi. Qu’il se faisait parfois passer pour un étudiant pour rentrer dans des bibliothèques.

Je hoche doucement la tête, puis je lui demande ce que lui aimait faire. Une créanne qui ne se fond pas dans la population, comment ça occupe ses journées ?

A cette question, il me répond qu’il aurait bien voulu apprendre à jouer d’un instrument. Je voudrais lui répondre que s’il en trouvait l’envie et la motivation, il pouvait apprendre seul. Cependant, il enchaîne en disant qu’il passait principalement son temps à chasser son repas, et à voler.

Chasser, oui, bien sûr, c’est évident… même si là dans l’immédiat j’ai du mal à imaginer ce garçon avec un mulot dans la bouche… mais bon…

Voler… voler, ça peut être bien, aussi… se sentir libre de partir à tout instant, aller où l’on veut, sans être regardé ou jugé.

Il ajoute ensuite qu’il aimait bien sortir faire la fête. La fête… allons donc… Je n’arrive pas à déceler s’il rigole ou pas… en tout cas, je ne l’aurais pas pensé du genre à aimer faire la fête…

Il répond… enfin plus ou moins… ensuite à ma question sur son âge.

— Pour ce qui est de mon âge, j'ai… Est-ce que c'est vraiment utile ? Je suis vieux. Essaie de deviner pour voir ?

Un petit rire léger m’échappe. Une devinette, hein ? Bon…

Voyons voir…

Je rejette la tête en arrière pour fixer les silhouettes sombres des feuilles se découpant sur le ciel faiblement éclairé par les étoiles.

Sa manière de parler des rapports aux autres indique pas mal qu’il est plus vieux qu’il n’en a l’air. Il semble « connu » par ses congénères créannes, il a dit qu’il n’était pas apprécié par elles… il connait leurs différentes manières de s’organiser…

Je ne sais pas… cinquante ? Cent, peut-être ?

Cinquante, ce n'est pas vieux, en fait... Mais je n’ose pas trop proposer plus loin. Cent, c’est déjà beaucoup pour un être humain, alors au-delà, cela me parait encore un peu incroyable… même si je sais qu’avec les dieux, les créannes et les missionnaires, un peu tout est possible… mais… bon…

Je n’ai jamais été très bon aux devinettes, fais-je avec un nouveau petit rire.

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Lun 14 Sep - 22:29

Lily ? C'est un joli prénom, songé-je avec un léger sourire. C'est doux, et ça rappelle un peu les fleurs. Le lilas, peut-être. La chose m'évoque des souvenirs. Des fragrances particulières, une couleur très pâle. En Chine, les fleurs étaient roses, presque blanches. J'aimais bien les observer, et Huan aimait s'en occuper. Il s'y prenait avec douceur, comme toujours lorsqu'il manipulait quelque chose. J'ai parfois toujours un peu de mal à croire que cet enfant turbulent est devenu, plus tard, un homme si droit, si concerné par les autres. Si calme. Paisible. Je me surprends à sourire un peu plus. Ce temps si lointain me manque terriblement, par moments. Par d'autres, je laisse le vent m'apporter ces souvenirs, et les accueille avec chaleur. La mort est une absence de souffrance, me disait-il. Je ne suis pas triste pour lui, mais plus pour moi.

Doucement, j'acquiesce - inutile de parler, je pense, ce ne serait que pour dire des choses futiles. Mais Alexander revient sur les œufs. Alors je me contente de lui répondre avec une moue embarrassée. Moi-même, je ne sais pas ce que je vais en faire. La question se pose à moi, mais je n'ai pas le cœur de les laisser là. On m'a appris à préserver la vie. Et ces œufs, ne représentent-ils pas ce qui est à l'origine de toute vie ? L'avant-naissance, une pré-existence…

- Honnêtement ? Aucune idée. Si leur mère revient, je les remettrai à leur place. Si non…

Le silence plane quelques secondes. Mes yeux fixent le vague et je me mordille la lèvre. Hm.

- Je m'en occuperai, j'imagine. C'est un peu casse-pied de couver des œufs, mais j'en suis capable…

Je suis persuadé que vous n'avez jamais entendu d'homme dire qu'il allait couver des œufs. Maintenant, c'est fait. Remerciez-moi pour ce modeste présent.

Nous discutons un moment, tantôt dans un souffle, tantôt avec un rire. Sa question sur mon âge me laisse quelque peu joueur. J'ai envie de le taquiner un peu, et j'espère qu'il ne m'en voudra pas trop. Simplement, je trouve le jeu plus amusant de cette manière. Il se met à regarder vers le haut en réfléchissant à voix haute, et je l'observe faire avec un sourire amusé. La tête penchée sur le côté, juste de quelques degrés.

Doucement, je secoue la tête, signe que ce n'est pas grave, alors qu'un rire m'échappe. Cent ans ? Hmm, ça aurait pu.

- Un peu plus, pour être tout à fait franc. Enfin, ajoute cent ans et des brouettes. Je n'ai jamais su exactement, alors ce serait un peu tricher que de te demander de le faire pour moi.

Je me doute qu'on ne dirait pas, de cette manière. Même ma manière de parler. Mais j'ai si peu été au contact des gens, par longues périodes, qu'il m'est très facile de prendre les tics de langages, l'accent et la manière de parler des gens de chaque époque. Enfin. Tant que l'on reste dans le domaine du raisonnable. J'ai trop de difficulté à comprendre le langage des plus jeunes…

Lentement, je me remets sur mes jambes et me déplie, m'étire d'un seul bras. Un bâillement manque de m'échapper, et je me dis qu'un peu de marche ne nous ferait pas de mal.

- Tu as envie de te promener un peu ? Je peux te raccompagner jusqu'à la sortie de la forêt, si tu veux, je lui propose. Il se fait un peu tard, alors tu souhaites peut-être rentrer, je ne sais pas. Je n'aimerais pas te retenir contre ton gré.

Ce faisant, je lui tends une main amicale. Je comprends de moins en moins les raisons qui me poussent à me méfier des humains…

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Alexander Aestas

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Jeu 1 Oct - 19:37

Je lui demande doucement ce qu’il compte faire avec les œufs. Il répond que si leur mère ne revient pas, il s’en occuperait lui-même. Les couver ? Un sourire fleurit sur mon visage. Sortie de son contexte, cette phrase est un peu étrange. Mais son envie de protéger ces œufs est adorable. Il semble chérir la vie. En écoutant simplement ce qu’il se dit dans les couloirs de la Congrégation, je n’aurais pas pensé que ç’aurait été possible pour une créanne.

Il me parle ensuite de ses loisirs. Puis je lui pose la question sur son âge. Ce à quoi, taquin, il me propose de deviner, et je me prends au jeu, amusé. Il est aisé de se sentir à l’aise avec ce garçon. Il est doux, loin d’être brusque dans ses propos.

Finalement, je rends mon hypothèse : entre cinquante et cent ans. Peut-être. Un rire lui échappe. Pas moqueur, simplement amusé.

— Un peu plus, pour être tout à fait franc. Enfin, ajoute cent ans et des brouettes. Je n'ai jamais su exactement, alors ce serait un peu tricher que de te demander de le faire pour moi.

Deux cents ?!

Je ne m’attendais pas à… autant. Deux cents. C’est… inconcevable. Ce garçon, il semble avoir à peu près mon âge, et… et en fait un véritable fossé sépare nos dos âges. Nos expériences. Deux cents ans, il a vu beaucoup de choses. Il a connu certains événements aujourd’hui contés dans les livres d’histoire à l’école.

Qu’est-ce que ça fait… d’avoir vécu autant de temps ? Tu dois avoir un point de vue très particulier sur le monde… ?

Ensuite, je l’entends plus que je ne le vois se remettre debout. Je lève à nouveau les yeux vers le ciel. Je me demande quelle heure il est… il doit être pas loin de vingt-et-une heure, je pense.

La voix du jeune homme s’élève à nouveau :

— Tu as envie de te promener un peu ? Je peux te raccompagner jusqu'à la sortie de la forêt, si tu veux. Il se fait un peu tard, alors tu souhaites peut-être rentrer, je ne sais pas. Je n'aimerais pas te retenir contre ton gré.

Il me tend alors la main, j’en distingue la silhouette. Un autre sourire se dessine sur mes lèvres, et je la saisis, profitant de l’appui qu’il m’offre pour me remettre debout. Je lui réponds :

Oui, pourquoi pas. Et tu sais, généralement je reste dehors jusque minuit ou une heure du matin, si ce n’est plus, alors tu ne me déranges pas, au contraire.

Je m’éloigne de quelques pas pour récupérer mon violon, avant de retourner à nouveau vers lui.

Vas-y, je te suis. Je crains de ne pas arriver à retrouver immédiatement le chemin…

Il est vrai que je viens plutôt rarement ici, du moins je n’y reste pas aussi tard. Généralement, dès que la nuit commence à tomber je reste dans l’enceinte de Stockholm. Pas parce que je crains particulièrement la forêt, simplement que je risquerais probablement de me perdre, et de perdre très rapidement la notion du temps. En fait je sais très bien me repérer dans Stockholm, j’y ai mes points de repères, ce qui n’est pas vraiment le cas en forêt.

On commence donc à marcher.

Du coup… la nuit… tu la passes sous ta forme de chouette ? Tu dors dans la forêt ?

Ses conditions de vie ne sont-elles pas un peu dures ? Probablement me suis-je habitué à un certain confort, et que c’est pour ça que ça me perturbe… mais… après tout, si ça fait deux cents ans qu’il vit comme ça, c’est peut-être à lui que ça semble étrange, l’idée de vivre sous un toit. Peut-être se sentirait-il un peu coincé.

Et… deux cents ans… tu as toujours été seul ?

Je suppose que je ne peux pas vraiment le comprendre, mais… même moi qui suis pourtant assez solitaire, j’ai souffert de la solitude. Pendant ma mission pour Nanna, qui pourtant n’a duré qu’approximativement une semaine. Alors… deux cents ans ? Je n’arrive même pas à m’imaginer ce que ça représente. Je crois que ce garçon m’impressionne un peu…

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Nao
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Dim 4 Oct - 23:47

Ahah. Il a l'air assez étonné, au final. Et j'avoue ne pas être peu fier de mon coup. Mon sourire reste scotché à mes lèvres, alors que j'essaie de comprendre sa réaction que je trouve un peu exagérée. Bon, peut-être parce que je n'ai pas l'air de quelqu'un de si vieux, dans un premier temps. Et que je ne parle pas comme quelqu'un du XVIIIe siècle non plus. Doucement, j'incline un peu la tête, songe un instant. Un point de vue particulier sur le monde... Ce que ça me fait... Je ne sais pas. Je suis une créanne, j'ai l'impression d'avoir toujours eu un point de vue assez spécial. D'autant plus que je suis plus chouette qu'homme, au final. Enfin. Je serai toujours plus créanne qu'autre chose, de toute manière. Humain ? Je n'en ai que la forme. Le langage. La posture, parfois, lorsque je fais cet effort. Mais ma manière de penser... Je ne sais pas si elle est très humaine, au final. Même si je ne me trouve pas si anormal. Probablement parce que je suis moi-même, dans mon propre corps. On ne se trouve jamais anormal. Ou alors on se trouve au contraire trop différent de tous. C'est compliqué. Mais je crois qu'on aimerait tous être uniques, au final. Ne serait-ce que pour notre égo. C'est quelque chose que j'ai du mal à comprendre, mais je peux le concevoir.

- Disons... qu'être créanne m'offre déjà un point de vue particulier, je crois. Je ne saurais pas trop te dire. Mais c'est vrai que j'ai toujours eu l'impression d'être un peu...

Je m'interromps, presque gêné de ma propre pensée.

- ... désabusé. C'est mieux que de se sentir impuissant. Parce qu'on a beau traverser les siècles, ça ne veut pas dire qu'on est capables de changer quoi que ce soit.

Honnêtement, je ne sais même pas si j'en aurais l'envie, un jour. Mais pourtant, c'est quelque chose qui m'est toujours resté en travers de la gorge. Cette impuissance.

Alors je me relève, lui tends la main en reprenant la parole. Je l'aide à se remettre sur ses jambes et souris une fois de plus.

- Tu es vraiment un oiseau de nuit, je lâche avec un sourire amusé. Viens, je te guide.

Il est difficile pour moi de distinguer clairement ce que je vois, mais la lumière de la lune nous éclaire suffisamment pour que je reconnaisse les environs. J'ai eu l'occasion de survoler ces lieux de nombreuses fois, et je suis presque sûr d'être dans la bonne direction. Il faut simplement faire attention à ne pas se fouler une cheville.

J'ai vraiment l'impression d'être un guide de nuit pour missionnaires perdus en forêt, tiens... L'idée est assez drôle, au final.

- Oui, la plupart du temps. En hiver, je vais dans les petits villages et j'essaie de trouver des gens sympathiques qui peuvent me donner un petit travail. Je n'aime pas vraiment me geler les plumes. Ou alors je vais plus dans le sud... Je ne sais pas trop ce que je vais faire, cette année-ci.

Quant à ce qui est de vivre seul... Mes épaules se haussent. Je ne suis pas très désireux de lui parler de ça, mais j'essaie de ne pas paraître trop esquiver la question pour autant. Pour ne pas le mettre mal à l'aise.

- Souvent, je commence. Mais pas toujours. C'est un choix de vie. J'ai toujours eu un peu de mal à m'intégrer aux sociétés, je disparaissais trop de temps. Mais il y a des périodes où j'étais mêlé longtemps aux humains...

Puis je hausse les épaules.

- Les oiseaux aussi sont de bons partenaires, mais disons qu'ils ne sont pas très bavards.

Puis, je cherche son regard et finis par laisser tomber ; il fait trop sombre.

- Ça a l'air si anormal ? J'imagine que sur l'échelle d'une vie, c'est assez équivalent à ce qu'un humain vivrait... non ?

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Alexander Aestas

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Mar 6 Oct - 17:43

Il m’explique un peu comment se déroule sa vie. En fait, c’est un mélange entre la vie d’un homme et d’une chouette. Ce, même s’il semble préférer sa forme d’oiseau.

Un sourire trace son chemin sur mes lèvres tandis qu’il me parle d’aller vers le sud en hiver. C’est… disons… inhabituel de croiser un garçon qui dit vivre dans des lieux différents en fonction des saisons. C’est normal, après tout s’il n’a pas de toit, l’hiver doit être un peu dur à vivre. Et c’est vrai qu’en Suède ce n’est pas mieux… enfin bon, il a encore un peu de temps pour y penser, cela dit.

Il me parle ensuite de ses… habitudes, disons, en ce qui concerne les relations avec les autres. Je suppose que ce que je dois retenir de ses mots est que c’est un choix de sa part, et pas une contrainte. Il a vécu les deux, la vie en société, puis un certain isolement, et il a choisi. Je ne suis pas en droit de commenter ça.

— Les oiseaux aussi sont de bons partenaires, mais disons qu'ils ne sont pas très bavards.

Un faible rire m’échappe.

Je m’en doute… les chouettes, est-ce qu’elles sentent que tu n’es pas tout à fait comme elles ?

Je ne suis pas sûr que les animaux puissent sentir, ou se douter des différences d’auras. Les simples humains ne le peuvent pas, mais… après tout, certains animaux sentent ou détectent des choses que nous ne soupçonnons pas en tant qu’humains. Alors, ce ne serait pas si étrange, en fait… et auquel cas, qu’en pensent les animaux ? Est-ce que cela les effraie… ?

— Ça a l'air si anormal ? J'imagine que sur l'échelle d'une vie, c'est assez équivalent à ce qu'un humain vivrait... non ?

Je reporte mon attention sur le garçon. Ah, est-ce que mes questions soulèvent en lui d’autres interrogations qui l’inquiètent ? Ce n’était pas mon but. Simplement j’ai le sentiment que nous nous ressemblons un peu –peut-être est-ce pour ça que je me sens à l’aise avec lui-… et je me demande si sa manière de penser, si la manière de penser en général évolue pour un même individu en deux cents ans. Peut-être que je ne devrais pas poser ce genre de questions… ?

Si c’est ton choix, alors le fait que tu t’isoles n’est pas anormal, non. Si tu n’as pas spécialement envie de te mêler aux sociétés, alors ne le fais pas, c’est ton choix. Je ne peux pas te juger sur ça, du moins tant que tu n’en souffres pas… à chacun sa personnalité, après tout.

Ce disant, je hausse légèrement les épaules.

Je bats des paupières, et aperçois alors entre deux troncs d’arbres les lumières artificielles de Stockholm au loin. En tendant l’oreille, on pouvait aussi percevoir les bruits de la ville.

On est presque arrivés. Merci en tout cas, si tu n’avais pas été là je crois que j’y serais resté une bonne partie de la nuit…

Je m’arrête à la lisière de la forêt et me retourne vers lui.

Merci, c’était agréable de parler avec toi. J’ai passé une bonne soirée.

Je lui adresse un sourire.

Je vais te laisser là, tu dois être fatigué… et puis en plus, tu as d’autres préoccupations, maintenant. (Je désigne les œufs d’un geste vague) En tout cas, j’espère te recroiser un jour, et si tu as besoin d’aide tu peux toujours me demander. Je doute que la Congrégation m’en veuille beaucoup de sympathiser avec une créanne telle que toi…

Je lui adresse un dernier sourire, puis me détourne. Quelques mots, mon « au revoir », se perdent dans le vent, et je reprends alors le chemin de Stockholm, le sourire aux lèvres.

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Nao
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Nao

Personnage...
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Mer 7 Oct - 10:11

Si les animaux sentent que je ne suis pas comme eux ? Les chouettes, m'a-t-il demandé... Dans un sens, je crois que oui, elles le sentent. Il y a quelque chose de différent, parfois, dans la manière dont elles se comportent à mon égard. Un peu comme si j'étais un membre de leur espèce, mais un membre fantôme. Ce n'est pas dérangeant, cela ne veut pas dire que nous ne nous entendons pas, ou qu'ils cherchent à me nuire. Les chouettes ne sont pour la plupart pas vraiment agressives. Alors au fond, peut-être que ce que je perçois de leur différence de comportement n'est que le fait que je l'interprète de cette manière, parce que je sais moi-même que je ne suis pas comme elles. De toute manière, je ne peux pas me comporter comme elles ; je n'ai pas le même instinct, pas tout à fait, et des centaines d'années de vie avec elles n'y changeraient probablement rien. Alors je dirais juste...

- Pas vraiment, du moins je n'en suis pas sûr. Elles doivent sentir que je ne me comporte pas de la même manière qu'elles, mais ne doivent pas comprendre. J'avoue que je me suis rarement posé la question jusqu'à aujourd'hui, je ris.

C'est bien. J'aime bien ces discussions avec Alexander. C'est un peu chercher à connaître l'autre, mais aussi à connaître l'autre espèce. Même si j'avoue ne pas être un exemple très proche de la réalité. S'il veut connaître le monde de vie de la plupart des créannes, il ne faut pas me le demander. Même si je crois que nous sommes tous d'accord sur ce fait : nous sommes des parasites. Nous n'avons pas d'identité, pas de place inscrite dans un monde qui nécessite des tonnes de certificats, de justificatifs d'identité. Si on ne se déplace pas dans un coin perdu, personne ne nous embauchera jamais. C'est sans doute par méconnaissance des règles de ce jeu - trouver des combines - que j'ai fini par m'exiler. Par souci de tranquillité ?

- Sûrement, oui. Mais parfois, c'est un peu pesant de me dire que j'ai délibérément choisi la voie la plus... "facile", on va dire. Sans doute est-ce un peu de lâcheté...

Un soupir m'échappe et je lance un sourire embarrassé à Alexander qu'il ne verra probablement pas. Je suis content qu'il m'ait tenu compagnie ce soir. Je me sens plus serein, songé-je en serrant mon gilet contre moi.

- Moi aussi j'ai passé une bonne soirée. Merci à toi de m'avoir écouté, j'ai l'impression de trop avoir parlé, je ris. Merci encore. Toi aussi, n'hésites pas à me trouver si tu as besoin d'aide.

Ces derniers mots m'ont échappé, mais je les pense. Même s'ils risquent de me mettre dans une position inconfortable.

- Fais attention sur la route, je rajoute. Bonne nuit.

Puis, je l'observe disparaître au détour du chemin, et baisse les yeux vers les œufs. C'est vrai, je vais avoir d'autres occupations, maintenant...

Avec un soupir, je fais demi-tour en tentant de ne pas tomber. Je finis par retourner sur mes pas, pour retrouver le nid et réinstaller les petits dedans. Dans les jours qui suivent, leur mère ne revient pas.

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