Poster un nouveau sujet Répondre au sujet
 :: La Congrégation :: Bibliothèque
Etiquette sauvage. [Fray ♥]
Dave
Messages : 1193
Localisation : DTC.
Loisirs : Casser des dents.
Humeur : Je crains qu'elle ne soit pas très lumineuse !
avatar
David Williams

Personnage...
Pouvoir: Astre (Dave) & Source (Alice).
Dieu: Utu
Age: 27
Lun 24 Aoû - 16:30
Des heures de colle. Évidemment. Après la destruction d'une bonne partie de la salle d'entraînement – qui n'était, il fallait bien le dire, pas ton œuvre – vous vous êtes retrouvés à devoir expliquer ce qu'il s'était produit à l'administration. Aucune compassion de leur part, et encore moins de compréhension. Les querelles entre missionnaires n'étaient pas rares, mais tu imagines qu'elles n'avaient jamais réellement pris ces proportions-là, pour des motifs aussi stupides que "c'est un missionnaire de Nanna, j'ai pas pu retenir mon coup de boule." Certainement l'une des seules choses que tu t'es autorisé à dire durant ce temps. Quoi qu'il en soit, tu t'es fait passer un nombre impressionnant de savons par à peu près cinq ou six personnes différentes, et n'as aucune envie de réitérer l'expérience de voir Alice littéralement furieuse. Tu as bien cru qu'elle allait t'arracher la tête. Elle s'est contentée de te jeter le premier truc qu'elle a eu sous la main, une fois seuls dans ta chambre. Tu préfères ne pas penser à ses yeux humides de colère. Ni à ses mots, qui t'ont bien plus marqué que ceux de n'importe quel sermon que l'on a pu vous offrir cette semaine.

En parlant de cette semaine, vous avez passé un nombre d'heures non négligeable à nettoyer la salle d'entraînement et faire toutes les corvées possibles et imaginables dans un tel lieu. Autant dire qu'à deux, avec ce type que tu ne pouvais clairement pas blairer, les conflits et autres engueulades enflaient souvent, et surtout subitement. "Non mais tu peux pas faire attention ?", "Quoi, qu'est-ce que t'as à me regarder comme ça ?", un ricanement mal placé, et surtout mal interprété… Nan, vraiment, vous n'allez pas vous entendre. Jamais. Ton arcade sourcilière s'en souvient, ainsi que les nombreux bleus que tu as sur le visage et le corps. Ils commencent peu à peu à verdir, à présent, et ne tarderont probablement pas à disparaître. Alors lorsqu'on vous a proposé des corvées à faire séparément, tu as sauté sur l'occasion d'aller à la bibliothèque. Le bibliothécaire aurait besoin de ré-étiqueter une bonne partie des livres, dû à un changement de cote.

Le jour dit, tu entres dans la bibliothèque et regardes autour de toi à la recherche dudit bibliothécaire. On te l'a décrit comme grand, un peu bizarre et blond. Quand tu repères un homme correspondant plus ou moins à sa description, tu t'approches de lui et l'interpelles à mi-voix dans le silence de la bibliothèque. Tu es plus certain du nom qu'on t'a donné, mais tu tentes quand même, dans le doute.

- Monsieur… Adamovitch ? (Il te semble que ce n'est pas ça, et tu esquisses une moue discrète. Tant pis.) On m'a demandé de vous aider à étiqueter les livres aujourd'hui…

Simple, concis. Tu n'es pas spécialement de bonne humeur depuis une semaine, il faut bien le dire. Tu évites de dévisager ton interlocuteur quand il se tourne vers toi, et t'espères surtout qu'il fera pas de remarque sur ton propre état lamentable.

Voir le profil de l'utilisateur


S'illumine en #47032C.
Vogue en #67BBCE.

Fray
Messages : 225
Localisation : Bibliothèque
Loisirs : Réciter des cosmogonies
Humeur : Dérangée
avatar
Fray Almovitsh

Personnage...
Pouvoir: aucun
Dieu: Non renseigné
Age: 35 ans
Lun 24 Aoû - 23:45
Au cas où mes collègues de la Congrégation manqueraient d'idée pour organiser les heures de colle, je leur laisse de temps à autre une note, avec une date et une tâche ennuyeuse à effectuer. Bon, ça n'est pas tout à fait innocent... Quitte à passer du temps sur quelque chose qui m'ennuie, je préfère avoir un peu de compagnie !
La dernière fois que je leur ai demandé un élève en colle, c'était quand il a fallu déplier, retourner, et replier proprement tous les codex. Les gens ne se rendent pas compte de la taille que ça peut atteindre ces choses-là, c'est comme les draps, c'est plus vite plié à deux !
Et puis, on me dit souvent que les heures de colle avec moi peuvent être très efficaces. Quelque chose à voir avec le fait que les élèves se tiennent à carreau pour éviter de me revoir,  paraît-il. Si je peux être utile en plus, c'est parfait.

Toujours est-il que j'ai eu une brillante idée pour changer les côtes des livres de la Bibliothèque, mais je me suis rendu compte que sa mise en application allait être particulièrement fastidieuse. Personne n'a envie de passer sa journée à décoller et recoller des étiquettes, il y a plus amusant... Alors autant en faire profiter une pauvre âme désœuvrée !

En attendant mon invité, j'ai réuni les livres concernés sur une longue table... je pense que le compte est bon. Ma contemplation est interrompue par une voix masculine qui écorche mon nom. Ça doit être lui, à l'heure.
Mais quand je me retourne pour lui souhaiter la bienvenue, je suis frappé. Par ses cheveux châtain, blond, par sa taille moyenne... Il ne me faut pas plus d'une seconde pour le reconnaître. Je l'empoigne brusquement par le col, je le tiens enfin ! Je sais que je dois avoir l'air effrayant, mais ça ne me dérange pas, au contraire. Et les mots sortent de ma bouche en grinçant :

- Tu vas voir ce qu'il en coûte de prendre la tangente avec un document interdit au prêt, petit scélérat !

Mais plus je le fixe, plus je me dis que quelque chose ne coïncide pas. En reculant un peu mon visage du sien, ça devient évident : pas assez joufflu pour être le voleur présumé. Merde, moi qui pensais lui avoir enfin mis la main dessus...
Je lâche son vêtement et tente maladroitement de le défroisser.

- Désolé. Je t'ai confondu avec... Bref, pas assez joufflu, je lâche, en guise d'excuse. D'accord, ce ne sont pas de vrais excuses.

- Toutes mes excuses. Je suis bien Fray Almovitsh. Tu vas passer ta colle avec moi.

Et moi qui voulais rendre ma journée moins ennuyeuse, est-ce que je ne viens pas de la gâcher avec cette première impression pour le moins... brusque.
Voir le profil de l'utilisateur

Dave
Messages : 1193
Localisation : DTC.
Loisirs : Casser des dents.
Humeur : Je crains qu'elle ne soit pas très lumineuse !
avatar
David Williams

Personnage...
Pouvoir: Astre (Dave) & Source (Alice).
Dieu: Utu
Age: 27
Mer 26 Aoû - 17:10
L'homme se retourne et te toise quelques petites secondes, comme figé devant ton apparence. Tu aurais pu hausser un sourcil, lentement, en le gratifiant de ce que beaucoup appellent un regard las, si le bibliothécaire ne t'avait pas attrapé au col pour te ramener vers lui. Son visage s'approche et tu le vois vociférer – à voix basse – tout un flot de paroles incompréhensibles. Tu essaies de remettre malhabilement les mots en place dans sa phrase, pour construire une proposition correcte et surtout dont tu pourrais comprendre le sens. Tes yeux écarquillés clignent légèrement et tu retiens le mouvement de recul violent qui manque de lui envoyer un coup en plein plexus. Zen, David. C'est un prof – enfin, pas vraiment, mais un membre du personnel. Si tu as envie d'aggraver ton cas, c'est le moment de faire une connerie de plus. Tu te contentes de serrer les dents et de le regarder dans les yeux. Son visage, avec ses petites tâches, te perturbe énormément mais ce n'est pas ce qui te stresse le plus dans le moment présent.

- Vous devez vous tromper, lâches-tu simplement, tentant de maîtriser l'émotion dans ta voix et les battements désordonnés de ton cœur.

Depuis la salle d'entraînement, tu es à nouveau beaucoup plus irascible, et facilement sur les nerfs. Si tu pouvais éviter de te sentir agressé par tout et n'importe quoi, ce serait bien, quand même ; ça t'éviterait de croire que tout le monde veut te coller un pain. Bon. En même temps, pour choper quelqu'un au col, alors que vous l'avez jamais rencontré, faut être un peu taré. (Tu préfères ignorer ma petite voix qui te rappelle assez amèrement que ça ne t'a pas gêné de faire de même avec le missionnaire de Nanna, juste histoire d'éviter de te remettre en rogne.) Lorsqu'il te lâche, tu te recules lorsqu'il essaie de te refroisser le t-shirt et t'en occupes toi-même. Pas assez joufflu ? T'as un peu du mal à comprendre de quoi il parle, et tu te contentes de grommeler d'un air que t'aimerais agacé :

- C'est bon, c'est pas grave. Ça arrive, tu éludes simplement.

Puis tu fais la moue. Ah... Pas Adamovitch, donc... Bon, en même temps, t'es pas certain de le retenir, alors tu fais semblant de l'écouter et acquiesce diligemment.

- David Williams, continues-tu en te présentant à ton tour.

Honnêtement, l'idée de passer les prochaines heures à aider ce type dans cette bibliothèque poussiéreuse te fout la chair de poule. Si ça se trouve, il attend simplement le bon moment pour te sauter dessus et t'attaquer…

- Quelqu'un vous a piqué un livre ? l'interroges-tu alors, avant de regarder autour de toi d'un œil ennuyé.

Il faut être un peu zinzin pour vouloir se mesurer à ce type, te dis-tu. Tu gardes le silence encore un peu, avant de reprendre :

- Comment je peux vous aider ?

Sois diplomate, Davy.

Voir le profil de l'utilisateur


S'illumine en #47032C.
Vogue en #67BBCE.

Fray
Messages : 225
Localisation : Bibliothèque
Loisirs : Réciter des cosmogonies
Humeur : Dérangée
avatar
Fray Almovitsh

Personnage...
Pouvoir: aucun
Dieu: Non renseigné
Age: 35 ans
Dim 30 Aoû - 10:30
J'observe attentivement le nouveau venu, son attitude retenue, modérée. Finalement, assez différent de l'autre scélérat, si on oublie le physique. Je m'en veux un peu de ne pas avoir fait plus attention.
Il ne donne pas l'impression d'avoir été trop ébranlé. Il est bien calme. Un peu trop même pour quelqu'un qui vient de se faire agresser par un illuminé à la recherche d'un petit voyou (oui, je plaide coupable). D'ailleurs, les rares personnes qui profitaient de l'atmosphère calme de la Bibliothèque ont l'air de s'être volatilisés. Ou, plus probablement, elles ont juste eu la présence d'esprit de s'éloigner un peu.
- C'est bon, c'est pas grave. Ça arrive.

À ces mots, je m'appuie sur le rebord de l'épaisse table en bois couverte d'ouvrages et m'assois à demi. Oui, ça arrive. Ça m'arrive. Je croise les bras. Mais ça ne devrait pas arriver. Ne serait-ce que pour m'épargner ce sentiment-aiguille de culpabilité qui me pique la conscience. Je n'aime pas l'idée d'être violent avec les autres. L'idée que je pourrais être réellement dangereux. Comme je n'aime pas cette idée, je la range dans une boîte, au fond d'un placard. Mais elle ne prend jamais la poussière et finit toujours par réapparaître aux actualités de 20h.
Au moins, il n'a pas été trop secoué par l'incident. À moins que son apparence bien calme ne cache autre chose..

Puisque le malentendu est dissipé, je me présente. J'aime bien me présenter à ceux que je ne connais pas encore, même s'ils ont déjà entendu parler de moi ou s'ils connaissent (plus ou moins bien) mon nom. C'est comme placer les majuscules et la ponctuation. Ça sert de repère. Pas seulement pour eux. Moi aussi j'en ai besoin. C'est aussi une façon de me rappeler mon utilité ici, à la Congrégation, ça rend ma présence presque légitime.
Et j'aime encore plus ce moment quand ces étrangers se présentent en retour, d'eux-mêmes. Celui-ci est clair, concis :
- David Williams.
Je ne peux m'empêcher de rajouter, avant qu'il ne reprenne la parole :
- Comme le philosophe gallois des Lumières !

- Quelqu'un vous a piqué un livre ?
Toujours simple et concis. Il contraste avec les fauteurs de trouble que je reçois d'habitude en heure de colle. Toujours les bras croisés, je me lève pour contourner la longue table et réponds :

- En quelque sorte. D'ailleurs, si tu croises ton jumeau ventripotent avec un fort accent français... Je défronce les sourcils pour lui lancer un regard appuyé. Ton aide serait la bienvenue. Je n'ai pas le temps d'organiser moi-même une chasse aux sorcières à la Congrégation !

C'est tellement passé de mode l'Inquisition, l'heure est à l'espionnage de nos jours ! Je fais maintenant face à David, de l'autre côté de la table. Je crois que je pense à voix haute sans m'en rendre compte car je continue plus pour moi-même que pour lui :

- Non, pas de temps à perdre avec ça, le programme d'aujourd'hui est bien plus intéressant !

- Comment je peux vous aider ?

Je relève légèrement la tête pour pouvoir le regarder droit dans les yeux. Voilà, rentrons dans le vif du sujet ! Je sens mon sourire s'étirer doucement, malgré moi, de toute sa longueur. Je déplie mes bras, retrousse d'un geste sec et rapide mes manches et pose fermement mes deux mains sur le bois patiné par le temps, sans jamais le quitter des yeux. Oui, passons aux choses sérieuses ! J'ai retrouvé l'excitation que je ressentais au début de la journée ! Elle n'était pas partie bien loin, comment le pourrait-elle avec un projet comme le mien !

- Est-ce que tu t'y connais un peu en sanskrit, en vieux norrois ou en quiché ? Si non, ce n'est pas très grave. Tu vas voir, on prend vite le coup de main !

Je l'invite à s'assoir sur l'une des chaises à côté de lui d'un geste de la main, et je prends place à mon tour. Je vais enfin pour raconter ma fabuleuse idée à un public !

Voir le profil de l'utilisateur

Dave
Messages : 1193
Localisation : DTC.
Loisirs : Casser des dents.
Humeur : Je crains qu'elle ne soit pas très lumineuse !
avatar
David Williams

Personnage...
Pouvoir: Astre (Dave) & Source (Alice).
Dieu: Utu
Age: 27
Lun 31 Aoû - 13:26
C'est avec un soupir appuyé que tu te recules lorsqu'il te lâche. À la fois rasséréné et agacé par son attitude. T'as essayé de rester diplomate parce que t'aimerais pas t'attirer de nouveaux ennuis. Au pire, si ce mec est trop chiant, t'auras juste à serrer les dents pendant les deux heures qui vont suivre. Alors contiens-toi un peu ; reste calme, ça ne te ferait pas du bien de te mettre à dos tous les membres de l'administration de cet endroit. Et tu ne penses pas qu'à tes conneries en salle d'entraînement ; tu penses à ce moment, en salle de classe, avec la vachette qui t'a à demi agressé – superbe cours sur l'égorgement, merci monsieur le zombie – et tu te dis que t'as vraiment pas de bol au final. Ou alors que tu abuses un peu. Peut-être que tu abuses vraiment. Tu sais que t'es pas un mauvais gars, à la base. Mais la base a dû être altérée depuis un petit moment maintenant, songes-tu avec mauvaise humeur. Quoi qu'il en soit, tu es ravi d'avoir eu le sang-froid nécessaire pour éviter de lui briser un bras et éviter de te faire définitivement renvoyer de la Congrégation. Tu doutes qu'il aurait apprécié. Et que ta sœur aurait kiffé. Bon. De toute manière, il n'a pas l'air si horrible que ça. Un poil flippant, songes-tu aussi en l'observant d'un œil curieux.

Vous vous présentez tous les deux et la référence au philosophe te surprend. Il te semble qu'on t'avait déjà fait la remarque, au lycée, mais tes parents se sont toujours défendus de la ressemblance. Tu penses qu'ils ne connaissaient pas, tous les deux. Enfin. Autant ton père ça ne t'étonnerait pas, autant ta mère, ça te semble un peu étrange. Mais l'idée te fait rire, parfois. Puis tu te dis que tu préfères Dave à David. David, c'est trop connoté, tu trouves. Ça en dit trop sur toi, et ça te rappelle trop la maison. Ce ne serait pas une mauvaise idée si tu n'en étais pas si éloigné. Alors tu hausses les épaules, parce que ce n'est pas vraiment utile de répondre à un truc pareil. Ça n'intéresse personne, certainement ni lui ni toi. Tu préfères lui demander si on lui a volé un livre, histoire de faire passer le temps. Mais t'as comme l'impression que quelqu'un a arrêté l'horloge du temps dans cette fichue bibliothèque. Le temps sera long, mon gars…

- Oh… J'y penserai, éventuellement. Accent français, blond, épais. Si je le croise, je vous le ramène.

Tu as un peu ironisé, mais le ton était égal, presque neutre. T'as pas que ça à foutre de chasser un voleur de livres, mais tu te dis que ça pourrait t'occuper pour une prochaine séance d'heures de colle. Ouais. Prochaine séance… T'as l'impression que t'auras le droit qu'à ça dans les prochains temps. Et pas la moindre mission en vue. 'Fait chier.

Le programme d'aujourd'hui est plus intéressant ? Là, ça te fait flipper. T'acquiesce et l'interroge sur ledit programme, alors qu'il relève les yeux vers toi. Ok. Carrément effrayant en fait. Tu l'observes poser ses mains à plat sur la table et retient un mouvement de recul. Il reprend la parole et tu l'observes sans rien dire durant plusieurs secondes, qui te paraissent infiniment longues. Puis tu t'assois. Euh. Euh. Comment dire ?

- … Je connais la recette de la quiche, mais j'imagine que c'est pas de ça que vous parlez.

EVIDEMMENT QUE C'EST PAS DE CA QU'IL PARLE, T'ES STUPIDE OU QUOI ? Ben oui, évidemment, évidemment que t'es stupide. C'est quoi cette question bête ? Ahahah nan mais Dave, Dave…

T'as une moue embêtée. Ton trait d'humour n'a fait rire personne, ici. Oui, c'était un trait d'humour. Je sais pas si c'est ce que tu veux nous faire croire ou si c'est vrai, mais en tout cas, on va faire comme si tel était le cas. En fait, c'est surtout que t'es vraiment pas doué en langues – vivantes, mortes ou humaines – alors bon.  Tu sais pas trop comment tu vas pouvoir l'aider, pour le coup. En plus, t'étais pas spécialement attentif en cours – n'est-ce pas – alors…

- Nan j'y connais rien, désolé… Vous vouliez qu'on fasse quoi au juste ? On était pas là pour l'étiquetage des bouquins à la base ? t'inquiètes-tu soudainement, comme si on venait de te proposer d'entrer dans une secte.

Et c'est ainsi que tu compris que tu étais véritablement entré dans une secte vénérant des dieux disparus depuis des millénaires. C'est clair que c'est pas flippant, dit comme ça.

- Étiqueter, je sais faire... Parler anchois ou.. enfin truc, là, par contre...

Voir le profil de l'utilisateur


S'illumine en #47032C.
Vogue en #67BBCE.

Fray
Messages : 225
Localisation : Bibliothèque
Loisirs : Réciter des cosmogonies
Humeur : Dérangée
avatar
Fray Almovitsh

Personnage...
Pouvoir: aucun
Dieu: Non renseigné
Age: 35 ans
Ven 4 Sep - 7:43
Je suis curieux de voir comment il agit quand il s'énerve, c'est étonnant de rencontrer quelqu'un qui garde un tel self-control quand on les agresse à moitié... C'est même surprenant qu'il ne fasse aucune remarque désobligeante sur mon attitude. À sa place, j'en aurais déjà fait au moins deux ! D'habitude, les élèves ou les visiteurs se permettent de m'interpeller quand quelque chose les dérange chez moi, et en général, ils ne se font pas prier. Je ne suis pas vraiment habitué à ce que ce soit l'inverse qui se produise... et oui, je me demande pourquoi je suis en quelque sorte épargné aujourd'hui.
J'ai un doute sur l'intérêt du jeune homme quand il fait une remarque sur la quiche... Est-ce qu'il est idiot ou est-ce qu'il a juste faim ? Au moins, il admet qu'il ne s'y connait pas. Ça me rassure toujours, quelqu'un qui sait admettre que justement il ne sait pas. C'est signe de bon sens, et c'est même de bon augure, n'est-ce pas Socrate ?
Je me détends un peu et je lui adresse un sourire léger que j'espère rassurant.

- Ne t'inquiète pas, j'exagère un peu. Ça reste de l'étiquetage, rien de très palpitant ou compliqué.

Je commence mes explications, toujours le sourire aux lèvres malgré moi, et les bras qui dansent au fur et à mesure comme un chef d'orchestre.

- Voici tous les livres portant sur les divinités et mythologies hindoues, scandinaves et mayas, mis à disposition des élèves. C'est déjà beaucoup pour aujourd'hui, je m'occuperais des autres catégories plus tard.

Air conspirateur, ample mouvement de bras, et regard attentif sur chaque ouvrage posé devant moi.

- Nous allons juste remplacer les numéros indiquant ces catégories sur les côtés, par un signe issu de la langue associée à chaque mythologie, ou civilisation.

Pour conclure le discours, regard appuyé, sourcils levés, et sourire en coin de rigueur, toujours faire attention au public pour ne pas le perdre in extremis.

- Un exemple. Pour les livres sur les divinités mayas, voici le modèle du signe en langue quiché que j'ai choisi pour désigner cette catégorie. Il n'y a plus qu'à le reproduire sur les nouvelles étiquettes avant de les placer sur les côtes des livres correspondant.

Mouvement final, je pousse vers lui une première pile d'ouvrages un peu branlante et étale en vrac le matériel nécessaire sur toute la surface de la table.
Avant de me mettre au travail, je repense à ses quiches et à ses anchois, et je me dis qu'il vaut mieux le prévenir :

- Ça va être assez long et fastidieux, mais si tu as vraiment faim, on pourra faire une pause tout à l'heure.

Dans l'atmosphère feutrée de la bibliothèque, le silence studieux qui s'installe est assez confortable, à peine dérangé par les chuchotis habituels des lecteurs ou par le frémissement du papier déplié. De mon côté, je m'applique à la tâche, bien que ce ne soit pas celle que je préfère. Cependant, il faut que je fasse attention. Je risque de perdre toute crédibilité si on me surprend, la langue tirée, à recopier sagement comme un enfant.
Je prends aussi soin de vérifier de temps à autres que David, de l'autre côté, n'ait pas besoin d'aide.

Doucement, pour ne pas trop déranger le calme reposant de la pièce, je finis par lui demander, l'air de rien :

- Alors, que fais-tu à la Congrégation ? Et qu'as-tu fait de particulier pour te retrouver en colle à la bibliothèque ?

Voir le profil de l'utilisateur

Dave
Messages : 1193
Localisation : DTC.
Loisirs : Casser des dents.
Humeur : Je crains qu'elle ne soit pas très lumineuse !
avatar
David Williams

Personnage...
Pouvoir: Astre (Dave) & Source (Alice).
Dieu: Utu
Age: 27
Mer 30 Sep - 16:51
Juste de l'étiquetage ? M'ouais. La réponse ne te convainc pas vraiment mais tu te contentes d'acquiescer comme un gentil petit garçon. Il te sourit, et t'essaies de garder la face. Ouais, ce mec est perturbant. Chais pas, y a comme un truc qui a l'air de ne pas aller. Bon. Évite de te concentrer dessus, Dave ; évite de te concentrer dessus ! C'est mieux comme ça. Tu vas faire ta colle, ce sera relou, tu vas te faire grave chier, mais c'est pas grave, une fois que ce sera passé ça ira mieux. Alors tu te concentres sur ce qu'il attend de toi plutôt qu'au reste. C'est plus simple au moins. Tu le regardes, suis ses mouvements. Des bouquins sur les dieux, comme c'est étrange. Tu t'y attendais pas ? Ahah. La bonne blague.

T'essaies de comprendre comment il procède et fronces les sourcils.

- Dites voir, comment on reconnait les différentes langues ?

Oui, t'es un peu un boulet, et tu vois moyennement la différence entre les différents bouquins. Enfin bon. Tu prends le premier livre sur la pile, et tu regardes les autres en dessous. Ah, ça a l'air d'être la même écriture. Grosso modo. Tu as un sourire branlant. Puis tu attrapes tout le matériel et commence à bosser, et lui réponds sans lever les yeux de ton ouvrage. Tu fais une mimique étrange de la bouche en essayant de reproduire le signe, qui a un trait un peu tremblant.

- Non, ça va. J'ai pas faim, j'irai manger au RU plus tard. Même si maintenant j'ai envie de me faire un hamburger... tu rajoutes avec un demi sourire en coin.

Un bon hamburger, et plein de frites. Surtout plein de frites. Tu lèves les yeux et te redresses un peu pour regarder comment il reproduit le signe, et t'es tenté de bouder parce que ça ressemble à quelque chose chez lui, au moins. Puis te rends compte que l'ambiance lourde est un peu retombée.

Le bibliothécaire t'adresse à nouveau la parole et tu sembles comme pris sur le fait. Alors tu reprends ton stylo pour te remettre à ta tâche. Puis tu prends les ciseaux pour découper dans le papier adhésif.

- Disons que pour ma présence ici, j'ai pas eu le choix. Puis... On a détruit la salle d'entraînement avec un autre missionnaire, tu grommelles, avant de pincer les lèvres.

Tu relèves les yeux vers l'homme, essaie de lire dans ses yeux pour savoir s'il est au courant pour les missionnaires ou pas. Peut-être que les membres de l'administration ne sont pas tous au courant ? Enfin, t'as un peu de mal à y croire, mais on sait jamais. Il n'a pas l'air d'être choqué, ou de tilter au mot. Alors ça va, tu continues. Tu reportes ton attention sur ta feuille, après t'être passé la main sur la nuque.

- C'était un missionnaire de Nanna, tu précises, comme si ce simple fait pouvoir justifier votre hargne l'un envers l'autre, et une grimace se glisse sur ton visage.

C'est un peu con comme réaction, mais t'en es pas totalement conscient non plus.

- Vous êtes quoi, vous, au juste ?

Façon détournée pour demander s'il est medium, missionnaire, ou qu'en sais-tu. C'est un bon plan, pour commencer.

Voir le profil de l'utilisateur


S'illumine en #47032C.
Vogue en #67BBCE.

Fray
Messages : 225
Localisation : Bibliothèque
Loisirs : Réciter des cosmogonies
Humeur : Dérangée
avatar
Fray Almovitsh

Personnage...
Pouvoir: aucun
Dieu: Non renseigné
Age: 35 ans
Sam 3 Oct - 11:54


J'observe discrètement le jeune homme tracer les signes, d'une main encore peu assurée mais volontaire et appliquée. C'est plutôt agréable de tomber sur un élève collé qui ne rechigne pas trop à la tâche. Celui-là, je n'ai pas envie de l'effrayer ou de le décontenancer, comme les autres. Et puis, il a déjà eu à faire à ma crise de nerf, je vais éviter d'en rajouter une couche. Ce n'est pas que je tienne à garder une bonne réputation (non, je laisse ma réputation vivre comme elle le désire, au gré des ragots et de mes folies) mais si il fait un effort, je suis tout à fait prêt à en faire un moi aussi pour être un peu plus vivable.

Il répond à ma question. Certes en grommelant, mais il répond :

- Disons que pour ma présence ici, je n'ai pas eu le choix. Puis... On a détruit la salle d'entraînement avec un autre missionnaire.

L'idée que ce soit un de ces jeunes gens qui font les quatre cent coups avec leurs amis me fait sourire, me fait penser aux innombrables bêtises plus ou moins graves qu'on vu les murs de cette Congrégation. Mais l'expression de son visage évoque une histoire bien différente et moins joyeuse.  Toujours à voix basse, pour que ma voix grave ne résonne pas trop entre les murs de la bibliothèque, je lui demande :

- Je suppose que ça n'était ni prémédité ni volontaire, n'est-ce pas ?

- C'était un missionnaire de Nanna, ajoute-t-il comme si ça pouvait expliquer la situation. J'ai entendu dire que depuis l'éclipse, des tensions apparaissaient autour des missionnaires d'Utu ou de Nanna.

Toujours est-il qu'il n'a pas l'air de porter l'autre fauteur de trouble dans son cœur, vu l'expression de son visage quand il en parle. Je baisse mes yeux vers la feuille millimétrée posée devant moi, et je continue mon travail.

- C'est vrai que depuis que l'éclipse, les missionnaires de Nana ont de plus en plus de mal à accepter l'expansion inexplorable des puddings aux raisins de Reeves...

Mince. J'avais décidé d'être sympa avec lui mais s'est sorti tout seul, je n'ai pas pu m'en empêcher ! Je ne lève plus les yeux vers lui pendant un moment, concentré sur mes étiquettes, comme pour faire oublier mes bizarreries. Bien que ce soit complètement impossible, puisque je suis bizarre par définition aux yeux des autres.
Quand sa voix retentit de nouveau, je suis en quelque sorte content de ne pas être le seul à poser des questions, à être curieux.

- Vous êtes quoi, vous, au juste ?

Voilà, nous y sommes. La formulation est un peu abrupte, mais j'apprécie cette franchise. La question que bien des gens se posent mais n'osent pas formuler à voix haute. Qu'est-ce que c'est donc que cet énergumène qu'on laisse gérer la bibliothèque ?
Je souris doucement, en relevant la tête. Le coude posé sur le bord de la table, je laisse mon visage s'appuyer sur ma main droite, un peu penché sur le côté. C'est une vaste question.

- Je suppose que tu l'as compris, je suis le bibliothécaire de la Congrégation. Cela fait un bon moment que j'occupe ce poste, ici. Je suis aussi le troisième spécialiste occidental de l'ordre des chevaliers teutoniques.

Ça n'a pas l'air de vraiment le satisfaire, alors je réfléchis un instant, fronçant légèrement les sourcils, puis j'ajoute en le fixant du regard :

- Je suis médium aussi. Depuis un bon moment. Avant ta naissance, peut-être même.

Je laisse passer un moment avant de lui renvoyer la question :

- Et toi ? Tu as répondu à ma question sur la colle, mais pas à celle sur la Congrégation. Il en faut de l'énergie pour détruire la salle d'entraînement... Pourquoi as-tu rejoint cette organisation de fous en tous genres ?

Je souris franchement en posant la question, j'espère qu'il aura compris la référence à l'hurluberlu en face de lui, le plus fous de tous, votre serviteur !
Je le sens, dans la façon dont l'atmosphère se distord légèrement autour de lui, sous le poids de son aura. C'était tellement évident qu'il est missionnaire que je n'avais pas pensé à le lui demander. Par contre, je n'ai aucune idée de qui est son dieu ou quel est son pouvoir. Et en effet, il en faut de l'énergie pour détruire un bâtiment censé résister aux entraînements de missionnaires...

Voir le profil de l'utilisateur

Dave
Messages : 1193
Localisation : DTC.
Loisirs : Casser des dents.
Humeur : Je crains qu'elle ne soit pas très lumineuse !
avatar
David Williams

Personnage...
Pouvoir: Astre (Dave) & Source (Alice).
Dieu: Utu
Age: 27
Lun 5 Oct - 13:04
Ni prémédité, ni volontaire... Les mots du bibliothécaire manquent de te tirer un sourire tordu. En effet, oui. Enfin, pour le prémédité. Volontaire, un petit peu tout de même. Mais ça, il n'est pas obligé de le savoir. Pas que tu ne regrettes pas ton geste, certes un peu poussé, mais il serait malhonnête de crier à tout va que ce n'est pas ce que tu avais voulu. Parce qu'au final, et navré si cela froisse les convenances de ces messieurs-dames, mais tu l'as définitivement bien souhaité. Sinon, tu ne te serais pas jeté sur lui de cette manière. Au moins as-tu l'honnêteté de l'avouer, même si ce n'est pas sans honte.

Ta piètre justification semble faire réaliser la raison de votre altercation à Mr. Almovitch. Ça te met un peu mal à l'aise, et sa réaction ne t'aide pas à te remettre d'aplomb. Tu te contentes de fixer le bonhomme d'un air un peu perturbé, l'air de lui dire "Euh, mec, t'as fumé un truc un peu fort ?" mais n'ajoutes d'abord rien, parce qu'il reste les yeux plantés sur sa feuille.

- L'expansion des puddings aux quoi ? tu te retiens de rire, avant de te reconcentrer sur ta feuille une fois de plus, puis en relançant la conversation avec une autre question.

Il a l'air un peu bizarre, le type, quand même. C'est à la fois embarrassant et un peu rassurant - un peu comme s'il essayait de se mettre à ton niveau, pour que tu évites de te liquéfier sur ta chaise dès qu'il t'adresse la parole. Tu songes par ailleurs que ta frangine aurait été bien plus indiquée pour ce genre de boulot, mais vous ne vous ressemblez pas assez pour que tu lui demandes de se faire passer pour toi. (Ouais, tu penses vraiment à des trucs pareils. Mais c'est pas de ta faute, tu commences à en avoir un peu marre des heures de colle, là. ... De toute manière, c'est pas comme si elle accepterait.)

L'homme relève les yeux vers toi et s'appuie sur sa main. Tu te sens un peu forcé de le fixer dans les yeux pendant qu'il reprend la parole.

Alors déjà, y a un mot que t'as pas compris. C'est quoi, ça, des chevaliers teutoniques ? Tu lèves un sourcil circonspect. C'est comme les templiers, ou un truc du genre ? (C'est un mec qui étudie les illuminati ?)

- Euh, désolé de vous interrompre mais... C'est quoi, un chevalier teutonique ?

Puis, il t'avoue être médium. Tu hausses un peu les sourcils, tripotes nerveusement ton stylo. Alors comme ça, il n'est pas missionnaire ? Tu ne t'y attendais pas vraiment. Tu pensais qu'il avait des pouvoirs, mais en fait c'est juste un mec normal dans une bibliothèque. Bon, un mec normal qui dit des choses bizarres et qui étudie les chevaliers tétotruc. Normal, comparé au reste du monde, quoi.

- Ça fait si longtemps que vous l'êtes ? C'est pas difficile de vivre comme ça ?

Tu te souviens de ce que ça te faisait, quand toi-même étais médium. Tu comprenais rien à ce monde, et on te traitait de fou. Tes yeux se baissent sur la table et restent plantés dans le vide quelques secondes. T'aurais pété les plombs si t'avais passé plus de vingt ans comme ça. (En fait, tu as pété les plombs. Mais ça, t'en es pas encore totalement certain.)

Doucement, tu hausses les épaules, comme pour dire que toi, c'est pas très important ce que t'es. De toute manière, tu n'as plus de dieu.

- Je suis Astre... tu reprends en jouant avec ton stylo, en tentant de garder une voix basse et neutre. Mais c'est pas moi qui l'ai détruite, c'est l'autre. Même si je pouvais faire quelque chose de ce type, j'en aurais pas la puissance. C'est un peu vague, en ce moment. Enfin bon...

Un soupir t'échappe, alors que tu te remets sur ta feuille. T'évites de trop lorgner sur les réactions du bibliothécaire, ça te fous mal à l'aise.

- J'suis venu parce que j'avais pas beaucoup le choix. Ma sœur est ici, aussi, alors ça m'arrange un peu. Puis, j'imagine que quelque part, on se sent valorisé quand un dieu nous dit qu'il nous veut comme missionnaire.

Tu te stoppes. Ratures le symbole que tu viens de dessiner d'un geste un peu rageur, et tes sourcils se froncent un peu.

- Enfin, jusqu'à ce qu'il disparaisse.

Tu relèves les yeux vers l'homme, lui offres un sourire désabusé.

- Pourquoi vous êtes à la Congrégation, vous ? Vous avez pas d'obligations envers un quelconque dieu, nan ?

Voir le profil de l'utilisateur


S'illumine en #47032C.
Vogue en #67BBCE.

Fray
Messages : 225
Localisation : Bibliothèque
Loisirs : Réciter des cosmogonies
Humeur : Dérangée
avatar
Fray Almovitsh

Personnage...
Pouvoir: aucun
Dieu: Non renseigné
Age: 35 ans
Mar 6 Oct - 19:39

Il n'a pas toujours l'air très à l'aise quand nous discutons, est-ce qu'il évite de me regarder ou est-ce qu'au contraire il s'applique à me regarder droit dans les yeux ? Je n'arrive pas à savoir. Au moins, il parle volontiers. J'avais peur qu'il ne devienne désagréable, ou même pire, qu'il ne dise pas un seul mot, après l'agression involontaire. Même s'il n'a pas l'air complètement dans son élément, il ne ferme pas la discussion et poursuit la conversation de son plein gré.

Enfin, sa politesse ne va sûrement pas durer si je continue à parler comme ça ! J'aime beaucoup Reeves, mais c'est juste un élève, pas un ami au courant de mes obsessions ! Je continue de tracer des lignes à la règle, sans le regarder, déterminé à faire comme si je n'avais rien dit. C'est peut-être immature comme attitude à adopter, mais c'est souvent affreux quand les gens comprennent que j'assume tout à fait ce genre de phrases. Cependant, il ne doit pas faire partie de ces gens-là, car il me demande sans aucune animosité dans la voix :

- L'expansion des puddings aux quoi ?

Je garde ma tête penchée sur ma feuille quadrillée, je me contente juste de lever les yeux dans sa direction. Même avec les cheveux qui retombent légèrement sur mon visage, je vois bien qu'il ne se moque pas de moi, pas complètement en tous cas. Je reprends ma phrase précédente à voix basse, en faisant attention aux mots que j'emploie, en me rappelant que c'est juste un élève collé et pas un ami habitué à mes bizarreries.

- L'expansion des puddings aux raisins, en train de cuire dans un four. Des raisins, comme les étoiles et autres éléments cosmiques dans un univers en constante expansion.

Il semblerait que ma conversation un peu en décalage par rapport à la norme ne le gêne pas tant que ça, puisqu'il me pose à son tour une question. Sur ce que je suis. Ça me fait sourire, et j'abandonne momentanément mon matériel d'étiquetage pour lui répondre, appuyé sur ma main droite.
On dirait que quelque chose le gêne, à la façon dont il fronce les sourcils.

- Euh, désolé de vous interrompre mais... C'est quoi, un chevalier teutonique ?

Je reste dans la même position et je continue de sourire doucement, sans vraiment sourire. C'est bien de poser des questions, ça signifie qu'on a envie de comprendre, qu'on veut savoir toujours plus. Il n'y a aucun problème à m'interrompre dans ce cas là !

- Pour faire court, il s'agissait des membres d'un ordre militaire religieux au Moyen Âge.

Je me force à faire simple, quitte à omettre des informations que je trouve personnellement passionnantes. Si je ne faisais pas attention, je pourrais en parler pendant des heures !
Je sens que je ne réponds pas complètement à sa question, même avec des précisions. Alors, sans m'arrêter de le regarder, j'ajoute :

- Je suis médium aussi. Depuis un bon moment. Avant ta naissance, peut-être même.

Il joue nerveusement avec son stylo. Peut-être qu'il ne s'y attendait pas ? C'est vrai qu'il y a beaucoup plus de missionnaires qu'autre chose à la Congrégation...

- Ça fait si longtemps que vous l'êtes ? C'est pas difficile de vivre comme ça ?

Ah, voilà ce qui le gênait dans ma réponse. Qu'on puisse vivre aussi longtemps dans cet état de médium. Il a eu une bonne intuition, ce n'est pas une partie de plaisir. Ça ne l'a jamais été.
Je sens que mon visage se ferme. Je sais que mon regard se durcit, alors je tourne un peu le visage sur le côté pour ne pas le fixer dans les yeux. Il ne faut pas s'attendre à ce que je réponde à ce genre de questions si c'est quelqu'un que je viens à peine de rencontrer qui me la pose. Même si cette personne n'a pas de mauvaises intentions et que je suis content d'avoir entamé une conversation avec elle.

Il a l'air d'être quelqu'un de bien. Pas entièrement, pas complètement. Mais pas une mauvaise personne non plus. Il aura juste droit à un haussement d'épaule de ma part.
Un haussement d'épaule.
Ça peut tout vouloir dire.
Ça ne veut rien dire.

Il ne s'en offense pas puisqu'il répond quand même à son tour à ma question. Avant de prendre la parole, il hausse lui aussi les épaules. Je ne sais pas quelle valeur il confère à ce haussement d'épaules. Mais d'une façon complètement subjective et irrationnelle, je décide que ce geste fait de lui quelqu'un de bien.

Ainsi, c'est un missionnaire d'Utu. Astre. Comme je n'arrive toujours pas à savoir s'il est à l'aise ou pas quand je le fixe, alors je fais semblant de reprendre mon matériel, tout en l'écoutant. Je ne travaille plus vraiment, je me contente de faire rouler du bout des doigts mon feutre fin sur la table. Lui aussi joue avec son stylo. Ce n'est pas une mauvaise personne.
Une sœur. Un missionnaire appelé par son dieu. Un dieu qui prend la tangente. Les missionnaires d'Utu semblent réellement affecté, sur la durée. Ce n'est pas une chose qui s'apaise avec le temps. Pour une fois, il semblerait que je n'en sache pas plus que les autres. Je n'ai pas plus  d'information que lui sur la situation d'Utu dans les méandres de ma mémoire.

J'étais en train de faire le point sur ce que j'avais pu observer suite au départ d'Utu, quand il me pose une dernière question.

- Pourquoi vous êtes à la Congrégation, vous ? Vous avez pas d'obligations envers un quelconque dieu, nan ?

Une dernière question accompagnée d'un sourire un peu étrange qui réussit à me paralyser. J'avais arrêté de sourire, attentif, un feutre fin entre les doigts. Même le feutre arrête de glisser. Et moi, pourquoi je suis ici ?

Oh, le déferlement de pensées. Je suis sonné par la puissance de la vague, par l'impact, je suis trempé, mes longs cheveux me collent à la peau, je suis pathétique.

Est-ce que j'ai envie de lui dire sincèrement ce qu'il en est, à ce jeune homme que j'ai rencontré aujourd'hui ? Il a répondu volontiers à chacune de mes questions, je lui dois bien ça. Je lui dois plus qu'un haussement d'épaules, à ce jeune homme qui triture son stylo et que mon instinct m'indique être quelqu'un de bien. Il me paraît capable de le recevoir. Suis-je capable de le donner ?

- Non, je n'ai aucune obligation envers les dieux, en effet.

Je détache chaque mot, je les sens peser de tout leur poids, je les égrène lentement les uns après les autres. Un lourd soupir m'échappe. Je réunis machinalement mes cheveux en une queue de cheval, qui ne tient pas une demi-seconde avant de retomber dans mon dos. Un réflexe quand je prends une décision.
Je sais que mon visage ne doit plus afficher d'autre émotion que le sérieux ou la concentration, que ça peut être perturbant pour mes interlocuteurs. Mais je crois que la question, que David Williams, que le choix que j'ai à faire, méritent toute mon attention.

Je le fixe. Je pense à ce que je vais dire. J'ai pris ma décision. Reste à savoir comment lui va réagir. Je le fixe et je ne vois rien d'autre que la couleur de ses cheveux, blonds, Utu, l'or, la couronne d'épis, les éclaboussures de soleil déclinant dans le ciel. Je vois le bouclier, les masques d'or, la rage, les champs, les fauves, les nimbes, auréoles de gloire, étoiles brillant au-dessus des cyprès du Sud, course du char céleste, écume. Je le fixe, je vois les champs de blés, et je lui déclare :

- Je veux bien expliquer pourquoi, moi aussi, je suis à la Congrégation. Cela ne me pose pas problème.

Je ferme un instant les yeux, comme un battement de paupière qui s'attarde, pudiquement.

- Mais pour cela, j'ai besoin de deux choses. D'être sûr que ce n'était pas une question jetée en l'air, que tu souhaites sincèrement avoir une réponse. Et de temps.

Je le laisse considérer mes conditions avant de poursuivre :

- Si ça te va à toi aussi, j'ai peut-être un livre pour toi.

Voir le profil de l'utilisateur

Dave
Messages : 1193
Localisation : DTC.
Loisirs : Casser des dents.
Humeur : Je crains qu'elle ne soit pas très lumineuse !
avatar
David Williams

Personnage...
Pouvoir: Astre (Dave) & Source (Alice).
Dieu: Utu
Age: 27
Ven 9 Oct - 11:43
La métaphore te laisse littéralement sur les fesses. Pour rester poli. C'est à la fois farfelu et super bien trouvé, pourtant, ça t'évoque pas grand-chose. Mais l'image est sympathique. Très sympathique, dirais-tu même avec une pointe d'admiration. T'es un peu comme quand Alice t'explique un truc que jamais tu seras en mesure de comprendre, mais où y a de jolis mots et des trucs intéressants qui te donnent l'impression que le monde entier est intéressant. Même le pudding au raisin est intéressant. C'est méga triste, quand même, d'en arriver à un tel point. Tu esquisses une moue, légère. T'as trop de questions à lui poser, et tu commences à te demander si t'es pas simplement stupide. T'as toujours l'impression que les gens parlent de trucs que tu comprends pas, et au fur et à mesure, tu te dis qu'il faudrait p'tetre que tu songes à te renseigner un peu sur (au moins) les domaines qui touchent à la divinité. ... Genre suivre les cours qu'on vous dispense, ce serait déjà pas trop mal.

Doucement, tu acquiesces, content qu'il t'explique avec des termes simples ce qu'il entend par "chevalier teutonique" et "pudding au raisin". "Ordre militaire religieux" ça te rappelle un peu ce que vous faites, au final. Même si techniquement on peut pas vraiment dire "religieux", mais voilà, vous êtes serviteurs de dieux, donc au final... Ouais, c'est pareil.

Lorsque tu lui renvoies la question, sans vraiment trop y réfléchir, et certainement pas pour le blesser, tu ne remarques pas tout de suite son malaise. Il y a un silence, alors tu lèves les yeux vers lui. Tu ne souris pas, tu observes simplement ses réactions. Il semble d'abord figé, perdu dans ses pensées. T'es pas vraiment empathique, mais t'as l'impression qu'il ressasse un peu, qu'y a des idées douloureuses qui s'entrechoquent. Son stylo ne griffonne plus sur le papier, il se contente de tracer nerveusement, un peu, des traits imaginaires sur la table.

Il te répond, et sa voix se fait un peu plus distante, malgré tout. Tu acquiesces encore, imperceptiblement. T'oses pas vraiment parler, et t'as peur d'avoir dit un truc qu'il ne fallait pas. Fray Almovitch réunit ses cheveux en une queue de cheval, puis les relâche. Ils retombent dans son dos, tu suis leur mouvement des yeux. Remontes vers son visage figé dans la même expression.

Il reprend la parole, et tu es un peu pris de court par le sérieux de sa proposition. Tu l'avais dit un peu en l'air, en effet ; mais en même temps, t'avais peut-être aussi besoin de savoir pourquoi quelqu'un qui n'est pas au service des dieux reste ici, enfermé dans une bibliothèque. Peut-être que tu le comprends, dans le fait où la congrégation t'a permis de trouver une place après ton passage, et si t'étais resté médium, tu aurais sûrement apprécié de trouver un lieu où tu aurais l'impression que le monde entier ne se délite pas. Et pas de finir dans un asile. Au final, la congré en est peut-être un. Les gens sont un peu dérangés ici, peut-être un peu trop ; mais c'est pas désagréable. Enfin. C'est à la fois agréable de se sentir accueilli, et à la fois désagréable d'avoir l'impression de faire partie de ladite bande de joyeux sectaires qui hantent les couloirs de l'école. Alors oui. Tu te sens pas trop mal à l'idée d'être venu ici. Même si techniquement, ta vie est un foutoir complet à cause des dieux et des créannes. T'aurais bien eu envie de rester un mec normal. Un mec normal qui sait manier un flingue, et qui fait taire sa morale et ses sentiments d'horreur lorsqu'il tue quelqu'un. M'ouais. Au final, être missionnaire ou soldat, c'est la même chose. Tu te bats pour une cause, sauf qu'y en a une qui est plus divine que l'autre. Les croisés devaient probablement se sentir investis de la même mission divine. Tu te demandes d'ailleurs si les croisés étaient vraiment chrétiens ou si ce n'étaient pas simplement des missionnaires, eux aussi. Tu comprends un peu pourquoi le bibliothécaire s'intéresse aux chevaliers tectoniques.

Un temps d'hésitation, tu suis son regard, le fixes, regarde autour de toi, le fixes encore, hésites une fois de plus. Il ne cille pas, et quelque part, ce trop-plein de réactions contenu en une seule expression, en une seule position, t'effraie. Tu as envie de savoir ce qu'il va te confier, par pour de la curiosité personnelle, mais parce que tu as l'impression que c'est réellement important. Cette fois, tu n'essaies pas de hausser les épaules. Tente de ne pas être si désinvolte, ou pas autant qu'avant, tout du moins.

- Quel genre de livre ? l'interroges-tu doucement.

C'est un peu ta façon à toi de dire que tu aimerais savoir. Tu n'as pas grand-chose pour te justifier, mais tu sais aussi que tu ne l'obliges pas à le faire. Et c'est difficile pour toi de le lui dire, probablement autant qu'il est difficile pour lui de faire confiance à un inconnu. Toi, tu n'es qu'un élève envoyé en colle pour une connerie dont t'es pas très fier. Lui, c'est un bibliothécaire, qui est censé chaperonner ta colle, et basta. On te demande pas de faire ami-ami. On ne le lui demande pas non plus. Alors tu hésites, mais tu considères que vous êtes adultes tous les deux. Et des adultes peuvent prendre cette décision, n'est-ce pas ?

- J'aurais aimé comprendre, tu rajoutes finalement après un temps de pause. J'ai mal vécu mon passage à médium. Alors je ne comprends pas trop...

Une hésitation. Tu prends des pincettes.

- J'espère que ma question ne vous a pas...

... agacé ?
... froissé ?

- ... blessé ?

Voir le profil de l'utilisateur


S'illumine en #47032C.
Vogue en #67BBCE.

Fray
Messages : 225
Localisation : Bibliothèque
Loisirs : Réciter des cosmogonies
Humeur : Dérangée
avatar
Fray Almovitsh

Personnage...
Pouvoir: aucun
Dieu: Non renseigné
Age: 35 ans
Dim 18 Oct - 21:52


J'attends un peu sa réaction. Je ne sais pas si j'ai eu raison de lui proposer de lui raconter les raisons de ma place ici, à la Congrégation. Je suppose que quelqu'un d'autre dirait que ça n'est pas très grave. Ça doit être vrai, mais ça ne m'empêche pas d'accorder énormément de valeur à certaines choses. M'embarquer dans une discussion sur moi-même avec une personne nouvelle fait partie de ces choses qui sont justement 'graves' pour moi.
Il me fixe, et même si son regard vagabonde, il revient toujours se poser sur moi. Je ne sais pas si j'ai eu raison mais il hausse les épaules, il me fixe, il me parle de son dieu et il a les cheveux blonds des princes, alors je me dis que ça en vaut la peine.

- Quel genre de livre ? Demande-t-il doucement.

Il y a peu de mots prononcés mais ils pèsent moins lourd dans l'air que les précédents. Quelque chose s'est allégé, même dans les regards fixes échangés d'un bout à l'autre de la table en bois. Marché conclu et seuil franchi. Je suis embarqué pour de bon.

Il s'explique en quelque sorte sur son intérêt pour mon parcours. Ils sont bien rares, ceux qui apprécient leur passage à médium. Et le dénommé David ne semble pas faire partie de cette minorité. Il est réellement sincère, je crois. Et il souhaite comprendre, je l'ai déjà remarqué. Tous ces indices qu'il dépose sans le savoir confirment que c'était une bonne idée, de partir vers cet inconnu-là. Je veux bien lui montrer un peu de mon monde. Et je crois que j'apercevrais un peu du sien.

- J'espère que ma question ne vous a pas... Un temps d'hésitation, une pause, blessé ?

On dirait qu'il essaie de ne pas me brusquer. Je réfléchis un instant, la tête un peu penchée sur le côté.

- Disons que je ne m'y attendais pas. J'élude un peu la question, et j'ajoute avant qu'il ne puisse enchaîner: J'en ai juste pour un instant...

Je me lève et je contourne la table d'un pas souple. Il n'est pas très loin, de l'autre côté. Quel genre de livre ? Le genre qui prend peu de place sur une étagère et qui contient pourtant de très grandes choses. Je le connais bien évidemment par cœur. Il est là, rangé à quelques pas du jeune homme, entre l'Histoire des mouvements de population en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale et celle de l'Aéropostale. Je le tire de son emplacement et, une fois arrivé à hauteur du missionnaire, je pioche parmi les crayons étalés sur la table. Je tourne rapidement les pages, et tout en annotant le livre, je lui dis :

- Puisque tu es d'accord, il faut juste encore un peu de temps pour que je puisse te répondre.

Le mince ouvrage paraît fragile au bout de mon bras. Oui, je le connais par cœur et je pourrais le lui réciter, mais il vaut mieux le lire par soi-même. C'est là, page soixante-neuf. Tout est important à mon sens dans ce livre, mais c'est ce passage qui m'a fait penser au missionnaire d'Utu. Je souligne la phrase « Il faut être très patient, répondit le renard. », je lui tends l'édition de poche du Petit Prince, et je demande dans un souffle :

- Voudrais-tu revenir demain ?

À cette page qui m'a fait penser à lui, il est aussi écrit :

« Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé... »

Voir le profil de l'utilisateur

Dave
Messages : 1193
Localisation : DTC.
Loisirs : Casser des dents.
Humeur : Je crains qu'elle ne soit pas très lumineuse !
avatar
David Williams

Personnage...
Pouvoir: Astre (Dave) & Source (Alice).
Dieu: Utu
Age: 27
Mar 20 Oct - 20:51
HRP : Quand le petit prince rencontre Alain Bashung...



David, tu es comme un enfant. On te jette dans un monde trop grand, trop immense, et tu ne comprends pas ce qui t'entoure. On dirait un jardin de ronces, où tu ne peux pas te frayer un chemin ni d'où tu ne peux t'enfuir. Il n'y a que ce jardin autour de toi, et rien d'autre. Pour toi, les autres sont tous une partie de ces ronces, une partie de ce jardin gigantesque, le monde, tangible ou non, mais effrayant surtout, trop grand parfois, beaucoup trop dense. T'as peur, c'est normal ; pourquoi t’aurais pas peur, et comment tu ferais pour ne pas être terrorisé ? T’as tellement de raisons de l’être, tellement peu de ne pas t’en préoccuper. Alors parfois, lorsqu’on te tend une perche, tu la saisis à pleines mains. Pour effacer cet air trouble qui flotte au fond de tes prunelles, pour la remplacer par une lueur plus déterminée, moins confuse.

Le monsieur de la bibliothèque continue à te fixer. Il ne réagit pas beaucoup ; tu cherches un regard, une mimique, n’importe quoi pour t’aiguiller. N’importe quoi pour te faire comprendre ce que tu vis, ce que tu as vécu, que tu n’es pas seul, qu’il y en a d’autres par-delà le monde, que l’un d’entre eux est juste devant toi, peut-être. Tu espères, tu veux savoir. Ce n’est plus seulement un besoin, mais à présent aussi une volonté ; elle te pousse dans le dos, amènent  les mots à rouler sur ta langue, te donnent un courage que tu n’as jamais eu. Celui de faire face, certainement, à des événements qui te dépassent.

Tu hésites, malgré tout. Cette hésitation se perd dans le vide lorsque monsieur Almovitsh se lève en te disant que ça ne lui prendra pas longtemps. Alors tu attends. Cette fois, le stylo est reposé. Tu le suis des yeux, repères sa démarche un peu étrange, à la fois raidie et chancelante, droite et branlante, comme son esprit, comme le tien. T’as l’impression de retrouver quelque chose de toi dans la manière qu’il a de te parler. C’est comme un miroir qui te vieillit, un miroir qui te déforme ; mais ce n’est pas ton corps, c’est ta tête, tes pensées, celles qui flottent et se bousculent, qui foncent et s’arrêtent subitement, qui prennent un virage à cent quatre-vingt degrés. Tu attends. Ton souffle s’arrête. Tu ne sais pas ce qu’il t’attend, mais quelque part, ça t’exalte.

Tu te concentres sur ton souffle, essaies de calmer ta respiration pour ne pas avoir l’air soudainement trop enjoué. Puis il revient, et te tend un livre. Tu hésites en voyant la couverture. Le petit prince blond, sur la couverture, te fixe de ses yeux tous petits, tous ronds. Il t’impressionne un peu, ce petit prince. Parce qu’il a l’air si grand sur sa planète minuscule… Tout l’inverse de toi, qui es si petit dans ce monde si grand. Un instant, tu te sens comme cet enfant dans le désert ; mais toi, tu ne demanderais jamais à un aviateur de te dessiner un mouton. Tu aurais trop peur que le mouton ne se blesse, même sans sa boîte. Comme tu aurais peur de piétiner ta jolie fleur et ses yeux verts, de ne pas savoir t’en occuper. Mais ton père t’a toujours demandé de t’en occuper. Il t’a toujours demandé de la protéger. Et tu t’es toujours juré de le faire. La mettre sous une cloche de verre s’il le fallait, mais tu serais là ; et pourtant, pourtant, tu es loin, si loin de ta planète. Le petit prince est parti.

Tes yeux te piquent en même temps que les souvenirs remontent. Mais tu souris et prends l’ouvrage entre tes mains, délicatement, de peur de l’abîmer. Tu relèves ton nez vers le monsieur de la bibliothèque. Tu connais ce livre depuis tout petit, mais tu ressens le suprême besoin de le relire. Comme pour retrouver la terre sous tes pieds. Atterrir, à nouveau. Et ne pas t’envoler, encore et encore, comme lui.

— Je le lirai et je reviendrai, tu lâches avec un sourire.

Un murmure
Un souffle d’air pur
Des mots buée ;
Si tu les lance sans les penser, ils s’effaceront comme de la fumée.
Mais il lui faut du temps ; il t’en laissera alors aussi
Parce que c’est ainsi que le renard et le prince deviennent amis !
L’un apprivoise l’autre, et l’apprivoisé se fait lui aussi happer
C’est la confiance et la compréhension
Fragiles
Immobiles
Présents ;
Une ouverture.

Tu te demandes qui ici est le renard, et qui est le prince. Mais au final, la question n’importe que peu. Le livre est posé tout près de toi, et tu ne l’oublieras pas en repartant.

— Merci.

Un silence
Encore un
Un battement d’ailes
Un sourire.

Tu ne touches plus terre.

— En attendant, si nous retournions à notre travail ? Ces deux heures de colle ne sont pas censées être agréables, tentes-tu de le relancer avec l’air de plaisanter, tout en reprenant ton stylo.

Ta planète te manque tellement.

Voir le profil de l'utilisateur


S'illumine en #47032C.
Vogue en #67BBCE.

Fray
Messages : 225
Localisation : Bibliothèque
Loisirs : Réciter des cosmogonies
Humeur : Dérangée
avatar
Fray Almovitsh

Personnage...
Pouvoir: aucun
Dieu: Non renseigné
Age: 35 ans
Dim 8 Nov - 23:59

S'il ne m'avait pas dit être missionnaire d'Utu, j'aurais peut-être pensé à Nanna. Parce que le temps s'est arrêté au moment où ses yeux se sont posés sur le livre. Sur le petit prince. Je ne sais pas si c'est l'expression de son visage qui me captive tellement que ma conscience du temps est partie boire un verre et m'a laissé en plan. Je ne sais plus si je suis impatient de savoir ce qu'il en pense ou si je préfère que le temps continue à s'étirer interminablement.

Tout reste suspendu jusqu'à ce qu'il accepte le livre avec un sourire. Alors, tout s'éclaire  soudainement. Jusqu'à présent, il n'avait pas l'air d'un lecteur. Il avait été tour à tour sosie rebondi de cleptomane français, élève collé car perturbateur mais un peu trop calme, et puis, un éventuel nouveau repère dans ce monde de fous. Un possible. Un peut-être.
Mais désormais, le livre dans les mains, il a les gestes délicats des lecteurs. Il a le sourire invisible des gens qui rentrent à la maison après un long voyage. Maintenant que tout s'anime et s'éclaire, je peux voir qu'il a le regard des lecteurs rares mais sincères.

Il finit par briser le silence :

- Je le lirai et je reviendrai.

Je souris parce que je ne sais pas si je l'avais déjà vu sourire avant.

J'ai l'impression de claquer des portes et de monter des marches à la volée. Voilà, à force d'aller tourner autour des lecteurs, de m'intéresser aux élèves (si jeunes) de cette congrégation, j'ai fini par trouver quelqu'un qui deviendra un peu différent des autres. Bien sûr, il faudra du temps, et peut-être que ça ne réussira pas. Mais c'est peut-être une sorte de prémisse, et peut-être que d'autres, après lui, viendront aussi peupler mon monde.

Je ne dis toujours rien. J'ai déjà trop parlé, ça n'est plus dans mes habitudes ce genre de conversation. Ça fait longtemps que je n'avais pas fait un nouveau pas vers l'inconnu. Le jeune homme n'a pas l'air de se formaliser de mon silence. De toutes façons, les silences ne sont pas gênants.

Il me remercie. Je ne peux qu’acquiescer d'un hochement de tête, respectueux. Il propose de finir l'étiquetage sur un ton enjoué. Peut-être a-t-il fini par apprécier ses heures de colle ? Je me glisse jusqu'à ma place et je lui confie d'un air conspirateur :

- Ça, c'est ce que l'administration veut nous faire croire ! C'est justement pour rendre cette tâche ingrate moins fastidieuse que je voulais un élève collé en guise de larbin !

Sur ces mots, nous nous remettons effectivement au travail. La pile de livres entassés diminue peu à peu et les deux heures s'écoulent plus vite que ce que je ne prévoyais. Lorsque je constate que l'objectif que j'avais fixé pour aujourd'hui est atteint, je m'adresse à lui avec un sourire satisfait :

- Ça ira pour aujourd'hui, je m'occuperai des autres catégories la semaine prochaine. Tu peux y aller si tu veux.

Tandis que je range le matériel, j'observe ses gestes, je le vois anticiper ses mouvements et je sais qu'il n'oubliera pas le Petit Prince. Quand il quitte la bibliothèque, je me contente d'un simple :

- À demain alors.

Il n'y a pas besoin d'en dire plus.

Ce soir, j'ai un peu flâné en ville, avant de rentrer chez moi. Dans ces moments-là, il y a toutes sortes de choses qui habitent mon esprit, qui attirent mon attention et se la disputent. Je crois bien qu'on peut dire que je ne m'ennuie jamais. Cependant, loin de l'agitation des idées et des réflexions en bataille, ces deux heures de colle avec David restent dans un coin de ma tête, sagement, et apparaissent parfois, le temps d'une courte résurgence, avant que je ne sois de nouveau mentalement occupé par la cuisine traditionnelle péruvienne ou par l'abandon progressifs des stations météo en Antarctique.

Le lendemain matin, je suis en avance par rapport aux horaires d'ouverture de la bibliothèque, assez pour faire un tour de la Congrégation avant de ne retrouver ma deuxième maison. Même état d'esprit qu'hier soir. Après avoir bu un thé à la cafétéria, j'ouvre la bibliothèque et accueille les premiers lecteurs, comme à mon habitude. Mais aujourd'hui, au travers des mailles tissées par les idées folles qui traversent mon esprit et celles tracées par l'habitude, je perçois les cheveux blonds de David. Et un sentiment. L'attente.

Voir le profil de l'utilisateur

Dave
Messages : 1193
Localisation : DTC.
Loisirs : Casser des dents.
Humeur : Je crains qu'elle ne soit pas très lumineuse !
avatar
David Williams

Personnage...
Pouvoir: Astre (Dave) & Source (Alice).
Dieu: Utu
Age: 27
Dim 6 Déc - 19:46
Beaucoup de choses tournoient. Il y a la petite boîte et le mouton, le même que celui du costume que tu as mis à la fête de Kathy ; et puis ce coucher de soleil, là, que tu aurais bien aimé voir quarante-quatre fois aujourd'hui, et bien plus encore à la fin du mois, quand ta jolie créanne s'en serait allée. Pour le moment, elle est encore là, et quand tu lis ce livre, avec un sourire doux et tendre, tu ne songes pas à tout ce qu'il te rappellera, te contentes de songer à ce qu'il te rappelle déjà.

Ce soir, tu es le petit Prince, aux cheveux de blé et aux vêtements verts, au costume de mouton dans sa boîte, dans le placard, et à la jolie fleur sous sa cloche de verre. Il y a le soleil qui se couche, les étoiles qui s'allument ensuite peu à peu dans le ciel, ces étoiles qui rient et qui chantent, qui t'apaisent comme l'enfant que tu es, ce croissant blafard que tu as appris à haïr, mais que, pourtant, au fond de toi, tu aimes malgré tout. Il te rend triste et nostalgique, te renvoie une lumière douce mais claire, pas violente pour un sous. Tes yeux se ferment, puis tu files lire encore quelque pages, avant de te coucher, un sourire rare aux lèvres.

Le lendemain, la journée est longue. T'as pas vraiment eu le temps de repasser à la bibliothèque, entre les (autres) heures de colle, les cours, les repas. T'as la dalle quand tu sors, et t'espères qu'il est pas trop tard pour passer à la bibliothèque. Ils ferment le soir, vers vingt-et-une heures, tu crois, t'es plus certain. Tu passes en coup de vent au RU, qui est de toute manière à côté de la bibliothèque, et t'achètes un sandwich que tu manges en vitesse, sur le chemin. T'as le petit livre, que tu as fini la veille et que tu trimballes dans ton sac, qui semble irradier à travers le tissus. Tu sens sa chaleur, comme s'il palpitait comme un cœur.

Boom boom.

Boom boom.


C'est l'écho de ton propre cœur qui bat dans ta poitrine et qui résonne à tes oreilles.

Bien vite, tes pas te guident jusqu'à la bibliothèque, où tu pénètres en silence. Aucun bruit dans les lieux, si ce n'est quelques raclements de gorge, le froissement des tissus et des pages que l'on tourne, l'ambiance lourde et un peu étrange d'un lieu dédié au calme, comme un temple : celui du savoir.

Tes yeux cherchent machinalement le grand blond, le bibliothécaire, dans l'immensité des étagères. Il n'est pas à sa place, au bureau, et tu t'en approches pour l'y attendre, perdu dans tes pensées. Quand finalement il arrive, tu relèves la tête vers lui et lui lances un sourire.

— Bonjour, le salues-tu. Je suis venu rapporter le livre.

Ce faisant tu t'accroupis sur ton sac pour en sortir le livre, le pose sur le bureau.

— Il m'a rappelé des souvenirs, lui dis-tu simplement, comme pour le remercier. L'Australie, un peu...

Tu t'interromps. Souris.

— Vous allez bien ? Vous vous en sortez avec vos livres ?

Tu t'appuies sur le comptoir, un peu hésitant, et ton regard se porte tout autour de toi.

— Si vous avez besoin d'aide, lui proposes-tu à demi-mot.

Malgré ta fatigue et ta lassitude. Parce que tu étais là la veille, et qu'avoir discuté avec lui de cette manière ne le rend plus aussi brumeux qu'il aurait pu l'être. Il n'est pas seulement le bibliothécaire, il est Mr Almovitsh - ou Adamovitch, comme tu n'as toujours pas retenu son nom de famille. Il est quelqu'un, et ça te fait du bien de parler à une personne qui n'a pas une vingtaine d'années, qui est plus vieux que toi. Un peu comme quand tu es avec Warren, que vous pouvez discuter tous les deux de tout et de rien, de rien, surtout, mais vous avez pas besoin d'autre chose pour vous apprécier. Vous vous êtes juste apprivoisés.

Voir le profil de l'utilisateur


S'illumine en #47032C.
Vogue en #67BBCE.

Fray
Messages : 225
Localisation : Bibliothèque
Loisirs : Réciter des cosmogonies
Humeur : Dérangée
avatar
Fray Almovitsh

Personnage...
Pouvoir: aucun
Dieu: Non renseigné
Age: 35 ans
Jeu 17 Déc - 0:27

J'avais quitté mon bureau pour confisquer un ukulélé. Qui a idée de jouer du ukulélé dans une bibliothèque ? Il faudrait organiser des concerts à la Congrégation tiens. Ça pourrait détendre un peu l'atmosphère ici, de proposer aux jeunes de jouer de la musique au lieu d'apprendre à se battre pour leurs dieux ou d'ingurgiter une histoire ancienne qui ne les aide pas forcément à comprendre le monde dans lequel ils vivent tellement elle est vieille. Je compte bien profiter de cette occasion pour garder l'instrument quelques jours avant de le déposer au secrétariat, le petit farceur ira le chercher là-bas.

Je vois David qui m'attend à côté de mon grand bureau en bois flamand. Le soleil de fin de journée qui décline à travers les baies grandes salles donne un reflet doré à ses cheveux. Est-ce que ses cheveux blonds seront nouveaux chaque jour ? Ce ne se sont déjà plus les mêmes qu'hier. Ça n'est déjà plus la même personne qu'hier.

Quand je suis assez près pour qu'il sente ma présence, il lève son visage dans ma direction. Il sourit en me saluant – je compte encore ses sourires, je ne le connais pas encore assez pour savoir s'il y en aura d'autres, s'ils sont réguliers ou non. Je lui réponds en ponctuant mes paroles de quelques notes de ukulélé :

- Bonjour, ça va aujourd'hui ? (l'autre farceur l'a mal accordé, c'est un peu discordant)

Je pose l'instrument sur le bureau tandis que David sort le livre de son sac. J'observe le mince ouvrage dans les mains du missionnaire. C'est minuscule et pourtant ça contient le monde entier.

- Il se lit vite, n'est-ce pas ?

Le petit prince rejoint ma nouvelle acquisition sur mon bureau, qui ressemble de plus en plus à une maquette réduite de l'apocalypse. Il va falloir que je m'en occupe un de ces jours... David me regarde quand il parle, dans les yeux.

- Il m'a rappelé des souvenirs. L'Australie, un peu...

L'Australie me fait penser au violet, à un risotto cuisiné au bord d'un lac, aux vagabonds, au diable, au rouge, à Mozart... Mais je ne le dirais pas. Et lui ne dira rien non plus. Il est trop tôt. Et en même temps, le silence signifie que le temps agit déjà.

Il sourit encore une fois. C'est dommage que je l'aie confondu avec l'autre idiot français, ne pas partir du mauvais pied m'aurait peut-être permis de voir plus de sourires hier ? Il est plus lumineux qu'hier. Je repense à Utu. Qu'était-ce quand le dieu héliaque était encore là ? Est-ce qu'il était plus souriant ?

- Vous allez bien ? Vous vous en sortez avec vos livres ? Demande-t-il.

Est-ce qu'il a plutôt l'habitude de vouvoyer ou de tutoyer les gens ? Est-ce qu'il va me tutoyer ou me vouvoyer par la suite ? Je n'ai la réponse à aucune de ces questions. Il faut de la patience et du silence aussi, avant de s'apprivoiser tout à fait.

- Oh, ce ne sont pas les livres qui posent le plus de problèmes ici, dis-je en jetant un coup d’œil au ukulélé.

Quand il me propose mon aide, je décline avec un sourire :

- Merci, ça va aller. J'ai pris l'habitude de m'occuper seul de cet endroit. Les habitués sont sages, et je prends bien soin d'effrayer les fauteurs de troubles et les empêcheurs de tourner en rond, ceux-là reviennent rarement après m'avoir croisé... Mais toi, si tu as besoin de quelque chose ici, n'hésite pas à demander !

Je dérange quelques unes des piles branlantes qui trônent sur mon bureau, plonge la main sous un fouillis de journaux allemands et en ressort ma montre au bracelet cassé. Les heures de repas sont toujours les plus creuses ici. De temps à autres, j'amène un peu à manger pour éviter de fermer la bibliothèque le temps d'aller au restaurant universitaire. Je lui propose un peu de mon plat d'aujourd'hui (soigneusement rangé dans le tiroir de mon bureau qui lui est destiné, à l'abri des journaux acides). Je lui tends la boîte en plastique alors que je fourre un morceau moelleux dans ma bouche.

- Ce sont des muffins aux légumes, tu en veux ?

Je réfléchis tout en mâchant consciencieusement le cake végétarien. C'est peut-être trop personnel comme question... Allons, je me suis lancé hier et le ciel ne m'est pas tombé sur la tête, et le jeune homme n'en est pas mort lui non plus. Certes, mais est-ce qu'on peut faire mourir un apprivoisement avant de l'avoir mené à son terme à cause d'une maladresse ? Je me souviens de l'université en Estonie, de Olga et Einhard. De mes maladresses. Ça ne les a pas tant dérangé que ça, finalement.
Je lève les yeux vers lui et je lui demande, un peu lentement :

- À part Le Petit Prince, est-ce qu'il y a un autre livre qui pourrait t'intéresser ?

Voir le profil de l'utilisateur

Dave
Messages : 1193
Localisation : DTC.
Loisirs : Casser des dents.
Humeur : Je crains qu'elle ne soit pas très lumineuse !
avatar
David Williams

Personnage...
Pouvoir: Astre (Dave) & Source (Alice).
Dieu: Utu
Age: 27
Ven 22 Jan - 14:51
Tu irradierais presque de bonheur de le voir. C'est un peu stupide, car au fond tu ne le connais pas ; il n'est qu'un homme que tu as rencontré la veille, mais le livret t'a mis d'une telle humeur qu'il est difficile pour toi de ne pas associer ce lieu au bonheur. Un bonheur discret et fugace, certes ; ce n'est pas quelque chose d'important, et pourtant tu es apaisé. Ces derniers mois, tu n'avais pas beaucoup connu cette sérénité, certainement lorsque tu étais avachi dans le canapé chez Kathy, ou bien lorsque tu t'allonges sur ton lit, un stylo inutile à la main. Il y a bien longtemps que tu as arrêté de griffonner, au fond ça t'importe peu, ce n'est pas comme si ça t'apportait quelque chose. Mais maintenant que tu es là, tu retrouves un peu cette douceur qui te transporte, la douceur des mots et de l'imaginaire, celle qui tu préfères laisser de côté parfois pour ne pas paraître faible. Tu n'es pas très intelligent, mais tu te laisses porter par la musicalité d'un texte ; un extrait de poésie te transporte autant qu'un échange d'uppercuts. Différemment, cela dit. C'est un peu étrange, quand on y repense...

C'est un peu étrange de le voir jouer ainsi avec un ukulélé, cela dit. Tu l'observes avec effarement tripoter les cordes pendant qu'il te parle et te demandes soudainement si ce n'est pas étrange, de le voir comme ça, dans sa propre bibliothèque, à jouer avec un instrument de musique. Le décalage entre ce que tu imaginais de lui en venant, la veille - un être guindé qui ne supporte pas le moindre bruit dans son antre -, te paraît d'autant plus grand à présent. Tu te contentes d'acquiescer, à la fois confus et heureux, troublé et nerveux. Tous ces sentiments discordants qui s'accumulent et fusionnent ; le bien-être, pourtant.

L'Australie est évoquée. Tu n'oses pas trop dire quoi que ce soit d'autre, parce que c'est encore trop tôt pour toi ; pas seulement d'en parler, mais tout bonnement d'y penser. Il y a la famille et les amis, l'hôpital et la sanction que tu as abandonnés là-bas. Et cette idée malsaine qui pointe, parfois : "Tu es un criminel."

Pendant que tu parles, doucement, peut-être avec réserve, mais c'est un peu dans ta nature de l'être, tu sais que Fray, en face, t'observe. Tu ne sais pas trop à quoi il pense, mais tu songes que c'est agréable d'avoir quelqu'un qui te parle réellement dans les yeux, sans ciller, même si ses attitudes sont quelques peu étranges parfois. Ce n'est pas désagréable, ce n'est même pas embarrassant. Peut-être qu'au début, elles ont pu te déboussoler ; maintenant, tu ne sais pas trop. Ce n'est pas que tu ne fais plus attention aux détails ; c'est plutôt que tu les vois autrement. Il semble figé lorsqu'il observe, et terriblement vif dès le premier mouvement qu'il esquisse. Il semble désigner l'instrument et tu ne peux t'empêcher de hausser un sourcil amusé. Son discours ne te surprends pas vraiment au final ; tu t'appuies sur le comptoir durant sa prise de parole, alors qu'il s'agite en farfouillant sur son bureau dans le même temps.

— J'y penserai oui, merci. Par contre, y a vraiment quelqu'un qui s'est ramené ici avec un ukulélé ? Il est stupide ou quoi ?

À croire qu'en effet, la spécialité des gens ici sera de tout faire pour emmerder le monde. T'en avais connu des comme ça ; il y en a partout, mais la Congrégation semble rassembler la plus haute quantité de connards au mètre carré que la Terre puisse porter. Pas que tu ne fasses pas partie du lot, mais si le bibliothécaire avait été un casse-burnes, tu ne te serais pas fait prier pour lui pourrir la vie. Sûrement est-ce de cette manière que les gens le voient : un empêcheur de tourner en rond. Pourtant, il y a cette sympathie qu'il ne déguise pas et qui te touche un peu. Tu n'es pas quelqu'un d'affectueux ; l'affection, parfois, ça te dépasse un peu. Mais tu as l'impression d'avoir pu faire une croix sur un plan ; d'avoir pu trouver une planque où revenir te fourrer quand t'as des problèmes existentiels à résoudre.

Tu te rends compte que tu es vraiment dissipé lorsqu'il te tend un tupperware et que tu mets cinq bonnes secondes à comprendre ce qu'il te veut avec ses cakes étranges. Ils ont une drôle de couleur et tu les observes avec curiosité. Alors tu hésites et acquiesce, en prends un délicatement.

— Merci, oui. Enfin, j'ai déjà mangé tout à l'heure, mais j'avoue que j'ai encore faim… C'est aux légumes, du coup ? Je connaissais pas du tout.

Il faut dire que tu es plus fan de viande que de légumes, on ne t'en voudra pas trop.

— C'est vous qui les avez faits ?

Tu croques dedans en mettant ta main dessous pour retenir les miettes.

— Oh ! C'est bon.

Presque étonné. C'est que tu ne t'attendais pas vraiment à ce goût-là.

Ce faisant, tu dégustes ton muffin en l'observant hésiter, avant de reprendre sur le thème des livres. Évidemment, vous êtes dans une bibliothèque… Pris de cours, tu mastiques machinalement avant de reprendre, une fois l'aliment ingéré :

— Honnêtement, je ne sais pas trop. Je lis un peu de tout, en général. Enfin, pas les trucs trop plats non plus. Tout ce qui est roman à l'eau de rose, ça m'intéresse pas. Mais les pièces de théâtre, les romans noirs… La poésie… J'aime bien ça, avoues-tu finalement, comme tu avouerais une faiblesse.

Tu parcours l'océan d'étagère des yeux et tente de refouler certains souvenirs désagréables.

— Je ne suis pas très traités historiques et tout ça.

"Je comprends pas toujours c'que je lis," aimerais-tu rajoiuter, mais tu as peur de passer pour un demeuré.

— Ça ne doit pas être votre cas, hein ? Vu vos spécialisations. Dans les chevaliers de l'ordre, tout ça.

Maladresse. Tu n'aimes pas parler de toi, et franchement, tu sais que c'est pas très intéressant quand tu te mets à le faire.

— Ma sœur est un peu comme vous, j'ai l'impression, je souris avant de croquer à nouveau dans mon muffin pour le finir. Enfin, c'est pas un reproche, hein. Elle s'intéresse à beaucoup de choses. J'aurais aimé aussi.

Voir le profil de l'utilisateur


S'illumine en #47032C.
Vogue en #67BBCE.

Fray
Messages : 225
Localisation : Bibliothèque
Loisirs : Réciter des cosmogonies
Humeur : Dérangée
avatar
Fray Almovitsh

Personnage...
Pouvoir: aucun
Dieu: Non renseigné
Age: 35 ans
Sam 25 Juin - 22:14


Dave semble posséder le bon sens qui manquait à l'étudiant de tout à l'heure. Je lui réponds :

- Oh, est-il stupide ? Je ne sais pas, c'est peut-être quelqu'un de très bien... Mais l'idée en elle-même était franchement idiote.

Je suis le seul à avoir le droit de faire tout le bruit que je veux à la bibliothèque, les lecteurs eux doivent rester le plus silencieux plus possible. C'est un lieu d'étude et de recherches pour eux, ils doivent s'instruire dans le calme. Tandis que pour moi, c'est mon antre d'alchimiste, je suis celui qui créé les règles.

Il a l'air dans les nuages. Déjà hier, il ne semblait pas tout à fait être dans son rôle d'élève collé, comme s'il ne rentrait pas complètement dans la hiérarchie de la Congrégation. Ça doit être agréable par moments, de pouvoir se distancier des choses, être un peu ailleurs, ne pas suivre tout à fait sa fonction. Personnellement, j'en suis incapable, et je ne suis pas sûre de vouloir décrocher mon attention du réel. Ça serait effrayant et difficile à gérer.

Il parait surpris par mon cake salé. C'est vrai que les étudiants me connaissent me connaissent surtout en tant que bibliothécaire, peu me connaissent assez pour savoir que je suis un fin gourmet et que j'aime partager un repas quand il s'agit de se sociabiliser. S'il faut du temps pour s'apprivoiser tout à fait, voilà une nouvelle étape de franchie. Ils sont quelques uns à connaître mes mets préférés, à m'accompagner au restaurant. Je verrais bien avec le temps si Dave fera partie de ceux-là, où s'il deviendra un de ceux, encore plus rares, qui dépassent ce stade là et en apprennent plus sur moi.
Je lui dis :

- Oui, des légumes, et plus important, des épices. C'est de là que vient le goût. Et oui, je les ai fait ce matin, j'ai l'habitude de cuisiner régulièrement. En dehors de mon travail à la bibliothèque, ça fait partie de mes activités récurrentes.

Il me parle des livres qu'il lit, mais je crois que ça n'est pas tout à fait évident pour lui. Bien sûr qu'il sait quels ouvrages il préfère, mais ça n'est peut-être pas un sujet dont il discute souvent ou qu'il apprécie particulièrement. Ça n'est pas grave, c'est le début et j'ai naïvement évoqué quelque chose qui me plaît à moi. Mais bientôt, je saurais quels sujets délient sa langue et quels thèmes de conversation le rendent muets. Pas aujourd'hui, ni cette semaine d'ailleurs. Mais avec le temps, cela viendra. Avec le temps, je saurais comment parler de romans noirs et de poésie avec lui, sans qu'il ait l'air en quelque sorte pris au dépourvu.
Je ne peux m'empêcher de sourire et de me sentir visé quand il évoque les traités historiques. Les traités, je ne les lis pas, je les déclame avec emphase parce que je les connais déjà par cœur. J'apprécie l'effort pour me parler de mes recherches, même si je vois bien que lui, ça ne l'attire pas vraiment. Cependant, ce ne sont pas les textes historiques que je préfère réciter.

- Effectivement, je lis de nombreux ouvrages de recherches sur les ordres de chevaliers monastiques. Mais je préfère les cosmogonies, les histoires de naissance du monde.

Il mentionne sa sœur. Il en parle en bien, avec cette intimité discrète qui relie les frères et sœurs. Mais je ne suis pas sûr de l'aimer pour autant. C'est étrange d'être comparé à quelqu'un d'autre, et ça n'a pas toujours que du bon de rencontrer quelqu'un qui vous ressemble. Et puis, s'intéresser à beaucoup de choses ne signifie pas être soi-même intéressant (je suis de mauvaise foi, si, en général, les personnes curieuses me paraissent intrigantes).

- J'aurais aimé aussi, ajoute-t-il.

Mais si ça avait été le cas, tu n'aurais pas fini en colle avec moi. Est-ce que je me trompe ? Et puis, même si tu avais fini collé, aurais-je aimé rencontrer quelqu'un qui me ressemble ? Ça aurait peut-être été moins intrigant...

Mais comme dit le renard, ça ne sert à rien de précipiter les choses, il est encore trop tôt pour ce genre de questions. Par contre, si un jour, une fois respectivement apprivoisés, nous devions reprendre notre conversation initiale sur le fait de devenir médium, sur mon parcours, sur comment on vit cette condition-là... Il faut que je règle un détail dès maintenant, si nous voulons un jour aller aussi loin. Je demande à Dave :

- J'ai commencé à te tutoyer sans faire attention, ça ne te dérange pas ? Tu préfères quand même continuer à me vouvoyer ?

Voilà, ils sont un tout petit moins nombreux que ceux qui connaissent mon appétit, ceux qui me tutoient. Ça me paraît être un bon début. Pour la suite, je lui dis :

- Je suis tous les jours ici. Parfois, les stagiaires gèrent la bibliothèque en mon absence, mais dans ces cas-là j'essaie tout de même de passer à la Congrégation dans la journée. Histoire de vérifier qu'il n'y a pas de problème.

Et les dieux savent si il y a toujours un couac à régler ici. De plus, cela me rassure de surveiller régulièrement les reliques. J'en parle peu, par discrétion, mais cela fait aussi partie de mon rôle de bibliothécaire.

- Donc, n'hésite pas à passer quand tu le souhaites. À la fréquence que tu préfères.

Il y aura des jours où nous discuterons longuement, et d'autres où nous échangerons à peine quelques mots, pris dans le silence des lieux. Au bout d'un moment, nous finirons bien par nous retrouver ailleurs qu'ici. Je le préviendrais de mes quelques absences et lui des siennes, pour ne pas contrarier nos habitudes.
Mais comme dit le renard, ne précipitons rien. Nous avons de nombreuses journées devant nous pour faire tout cela.

Voir le profil de l'utilisateur

Page 1 sur 1
 
Les Chroniques de Sumer :: La Congrégation :: Bibliothèque
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet