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Opération Dilmun.
Dave
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David Williams

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Dim 4 Oct - 18:49

Opération Dilmun
Ne parle pas contre le Soleil.Adversus solem ne loquitor


Organiser une mission de A à Z n’a jamais été aisé, surtout lorsqu’on a l’esprit parasité par des pensées qui n’ont absolument rien à voir avec ladite expédition. Non pas que David ne se concentrait pas suffisamment dessus ; il plaçait toute son énergie dans le tri des informations qu’on lui avait données, et surtout sur la marche à suivre une fois en dehors de la Congrégation. Trouver la créanne. Récupérer le document. A priori, cette mission semblait simpliste. Mais lorsqu’il y songeait plus précisément, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une angoisse profonde, qui enflait insidieusement. David ne se sentait pas capable. C’était aussi simple que cela.

Le soir-même de son entrevue avec Mr. Steek, il a retrouvé l’appartement où il avait vécu quelques temps avec Katharyna entièrement vide. Plus de Kathy. Plus de chat. Seul le silence lui a répondu. Il a lu la lettre. Puis il s’est senti tomber. Il n’arrivait toujours pas à se relever. Mauvais état d’esprit. Trop mauvais état d’esprit. Il ne devrait pas partir à la recherche de ce document. Tant pis. Il fallait qu’il se concentre. Il devait se concentrer, malgré le trou qui grandissait dans sa poitrine. L’inquiétude. L’impression de s’être, encore une fois, fait abandonner par quelqu’un en qui il avait confiance. Il n’était pas ici question de mensonges. Mais il espérait, de tout son cœur, que rien n’arriverait à son amie. Qu’elle ne ferait rien d’insensé.

Sa poitrine se compressa à nouveau à cette pensée. Alors il la chassa, comme il a toujours chassé ce qui obscurcissait son esprit. L’esprit clair. Toujours être lucide. Voilà le plus important dans un tel moment.

David reprit une longue inspiration. Une fois, deux fois. Il rouvrit les yeux, pour les poser sur la décoration fastueuse du temple dans lequel il se trouvait. Des tapis aux couleurs normalement chatoyantes, qui prenaient peu à peu la poussière. Des lampions presque éteints, qui diffusaient une faible lueur jaune-orangée, mate. Un peu triste. Un peu vide. Utu non plus n’est plus là.

Le visage tourné vers l’autel, les genoux dans la poussière, au sol, David sourit. Son sourire fut las, bref. Il était venu chercher du réconfort ; il n’en tirait qu’un vague sentiment d’abandon, plus fort encore que précédemment.

- Pourquoi vous ne nous faites pas le moindre signe ?

Dehors, le soleil semblait rester sourd. Immobile. Mort, comme depuis des mois.

- Si je reviens vivant, j’espère que vous reviendrez aussi. Question de principe.

Son sourire se tordit. Il resta là un instant, à humer l’odeur de l’encens éventé qui flottait encore dans l’air, perdu dans ses pensées. Il se releva ensuite, épousseta soigneusement les particules de poussière accrochées à son pantalon. Sa main glissa sur l’autel, et il imprima une trace dans la fine poudre grise qui la parsemait. Dessous la plaque apparut. Il repensa à son rêve, celui dans lequel son Dieu lui avait confié sa mission de passage. Il espérait retrouver cette même force qui l’avait guidé à travers son épreuve.

De ce qu'il savait, il devait simplement retrouver un document en possession d’une créanne Instable, donc d’un niveau bien supérieur à ce qu’il avait eu l’occasion d’affronter avec Warren. Le document semblait de plus suffisamment important pour inquiéter le directeur lui-même ; ce qui ne le rassurait pas quant aux conséquences d’un potentiel échec. Il aurait bien eu besoin de quelque chose à quoi se raccrocher, actuellement. Mais rien. Seulement un sourire d’encouragements de sa sœur, avant de partir. Et c’était tout.

Il débarrassa sommairement la plaque de sa poussière, puis tourna les talons après s’être frotté les mains l’une contre l’autre, pour les nettoyer. David attrapa son sac, abandonné dans l’entrée du temple, et quitta les lieux sans un regard en arrière. Ses pas le menèrent jusqu’à la sortie de la Congrégation, où une voiture avait été mise à la disposition de son équipe. Là-bas, son coéquipier l’attendait déjà. Ils se saluèrent brièvement, puis se mirent en route.

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Lun 5 Oct - 22:36

Opération Dilmun
Pour l'honneur.Ad honorem


Le trajet en voiture ne se fit pour une fois pas dans le silence. Si l’angoisse les tenaillait tous les deux, David et Timeo tentaient de ne pas se laisser envahir par leurs sentiments. Ils remirent donc au point les détails concernant leur mission. Jonas, une créanne Instable de première forme humaine, et de seconde forme baleine, serait en possession du fameux document à récupérer. Pas de question au sujet du colis, interdiction de chercher à l’ouvrir. La curiosité des deux hommes était piquée à vif, pourtant, ils la contenaient de leur mieux. Hors de question qu’ils loupent une occasion de le récupérer simplement parce qu’ils étaient trop curieux. De même, hors de question de se laisser distraire. L’objectif avant tout.

Timeo trouva David un peu trop autoritaire. Il ne parlait pas beaucoup, dictait énormément et le reprenait sans cesse. « Et si nous le prenions par surprise ? » « Non, trop dangereux. » « Pourquoi ? » « On ne sait pas s’il est seul ou non. » « Et si nous enquêtions tout d’abord ? » « Oui, on va le faire. Mais le but n’est pas de l’observer pendant dix ans. Il faut ramener ce dossier à la première occasion. » « Et comment on la trouve, cette occasion ? » David ne répondit pas. Timeo soupira.

L’européen se doutait déjà que leur opération n’allait pas être une partie de plaisir, et il comprenait peu à peu que ce qu’il avait pris comme une opportunité de bien se faire voir auprès de son dieu se révèlerait bien vite être un casse-tête sans nom. Dave, de son côté, songeait simplement au fait que cela lui éviterait d’avoir à mourir d’ennui en cours ou dans sa chambre trop vide. Il ne retournerait pas à l’appartement pour y vivre. Pas seul.

Le directeur lui avait précisé qu’il pouvait choisir un coéquipier pour monter son équipe, qu’il dirigerait pendant la mission. Il s’était renseigné pour obtenir la liste des caméléons de bon niveau, et avait jeté son dévolu sur celui-ci. Brun, la peau dorée et d’une taille conséquente, Timeo n’avait que quelques années de plus que Dave. Ils ne se connaissaient pas avant le jour où David est allé lui proposer de l’accompagner ; et si le premier craignait que l’opération n’échoue de ce fait, le second n’était pas de cet avis. Pour ce faire, il avait fallu poser les bases :

David, bientôt 26 ans, australien, a été interné suite à une possession par une créanne d’au moins rang instable quelques années plus tôt, lors de son service militaire, avant de devenir missionnaire d’Utu ;
Et Timeo, 29 ans, grec, médium depuis l’enfance et missionnaire de Nin Hursag depuis deux ans. Il possédait un peu d’expérience sur le terrain et contrôlait plutôt bien ses pouvoirs, d’après ses dires. Il semblait plutôt inquiet par les révélations de l’australien ; David se demanda par ailleurs s’il avait bien fait de les lui confier aussi platement. Mais jouer cartes sur table les mettait finalement dans la meilleure des positions pour instaurer une relation de confiance, au moins pour le temps de cette mission. Ils souhaitaient, chacun de leur côté, éviter des bévues stupides. Éviter de mourir simplement pour trouver une place.

Alors que Dave conduisait, Timeo lisait pour la troisième fois les adresses inscrites sur un post-it.

- Et si on le trouve pas là-bas ?
- On le trouvera là-bas, répliqua David du tac au tac.

Timeo faillit soupirer d’agacement, mais il se contint. Une chance pour lui qu’il soit particulièrement patient.

- Mais qu’est-ce qu’on fait, on va simplement attendre qu’il se pointe et on va le suivre ? J'ai pas envie de me retrouver nez à nez avec ses copains les créannes.
- Ça me semble une bonne idée, pourtant. Mais on va éviter de se mettre dans ce genre de situations.
- Il faudra qu’on évite d’être vus ensemble, surtout, ajouta le grec.

David acquiesça, parfaitement conscient de ce fait. Il avait choisi un caméléon justement pour mettre toutes les chances de leur côté.

- On se postera dans les différents lieux qui nous ont été communiqués. Dès que tu le repères, tu m’appelles. Et de même de mon côté. On le trouvera, on le suivra, et on récupérera son fichu doc.
- Ça devrait pas prendre trop de temps, a priori...

David arrêta la voiture, et Timeo en descendit. Un moment passa, durant lequel aucun d'eux ne souhaita faire part de son inquiétude. Finalement, le châtain hocha la tête. Ils se saluèrent tous les deux, et la porte claqua avant que la voiture ne reprenne sa route.

C'est vrai. Dit comme ça, ça avait l’air plutôt simple.

Mais en fait, pas vraiment.

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Mer 7 Oct - 13:36

Opération Dilmun
Plus vite, plus haut, plus fort !Citius, Altius, Fortius !


David enchaînait clope sur clope depuis une heure. Il avait la gueule du mec qui venait de se faire larguer, et au fond, son état n’en était pas bien loin. Le serveur, en repassant pour la sixième fois près de lui, se demanda pourquoi il n’avait toujours pas touché à sa bière, et surtout s’il attendait quelqu’un qui ne viendrait jamais. Ça aussi, c’était en quelques sortes le cas. Il en aurait ri, s’il n’était pas si concentré sur les gens qui passaient dans la rue. Les jambes croisées, il était négligemment installé sur une chaise en extérieur. Le froid lui picotait la peau, et il bénit sa veste chaude et son écharpe, souvenirs de sa traumatisante séance de shopping avec Kathy. Il tiqua. Écrasa sa clope dans le cendrier déjà bien rempli, puis s’en alluma une autre. Il joua avec le briquet, les yeux perdus dans le vague. En voyant une énième personne le lorgner, songea qu’il devrait éventuellement se teindre les cheveux dans les jours qui viendraient, pour ne pas risquer d’attirer plus que nécessaire l’attention sur lui. On avait beau être en Suède, les cheveux sombres passaient tout de même vachement plus incognito.

Il se sentait mal à l’aise à l’idée de cette mission de filature. Après tout, David n’était pas connu pour ses talents d’espion, mais plutôt de gros bourrin. Il aurait préféré une opération de castagne, un peu comme la dernière fois, mais s’était dit qu’un peu de calme ne lui ferait pas de mal. « De calme », avait-il réellement pensé. Il n’imaginait certainement pas que ce calme, ce silence et cette solitude lui paraitraient aussi oppressants une fois lancé. Un soupir lui échappa. Il jeta un regard à sa bière, reporta son attention sur les passants.

À cette heure, il n’y avait pas grand monde dehors. Septembre. La vie se réinstallait petit à petit en même temps que le froid revenait. Aujourd’hui particulièrement, le temps était humide et venteux, agaçant, surtout. Les gens se pressaient sous leur parapluie dès que la moindre goutte venait à tomber du ciel ; David, lui, semblait plus que ravi de se trouver sous le store du café, à l’abri de la pluie. Son regard glissait sur les passants, comme pour les analyser, à la recherche de leur homme. Il savait qu’il ne viendrait pas, pourtant.

La position était stratégique. Il attendait simplement l’appel de son coéquipier, conscient que sa présence auprès de lui n’aurait fait que le ralentir. Il attendit alors.

Son téléphone sonna dans sa poche, et il soupira de contentement avant de décrocher.

- Oui ?
- J’ai parlé à son ancien employeur, il a pris des vacances y a quelques jours.

Le nez de David se plissa de mécontentement.

- C’est mauvais tu crois ?
- Sûrement. À part chez lui, je vois pas où on peut le trouver.

David garda le silence quelques secondes de plus, le temps pour le serveur de venir lui demander une fois de plus s’il n’avait besoin de rien. Il l’envoya paître et retourna à sa conversation dès qu’il fut à l’intérieur.

- Pas de mouvement de ce côté-là. Les rideaux sont tirés, et il n’y a pas de lumière à l’intérieur. Il ne doit pas y être.
- Où il est, alors ? s’impatienta le caméléon.
- Aucune idée. À cette heure-ci, pas moyen qu’il soit dans un des établissements dont on nous a parlé.
- Sauf s’il recherche d’autres créannes, lui rappela Timeo.
- On n’en sait rien, techniquement.
- M’ouais, j’y crois pas trop. On fait quoi, du coup ? Je te rejoins ?
- Pour commencer.

Un moment passa, durant lequel le blond n’ajouta rien. Puis il sourit, légèrement, en relevant le coin de ses lèvres.

- On m’a dit que tu savais crocheter les serrures. C’est le cas ?

Timeo fit la moue et hésita. Dave prit cette hésitation pour un oui, lui transmit l’adresse et raccrocha avec un rire.


°°°


- C’est un mauvais plan.
- Mais non.
- Mais si.

Timeo était accroupi devant la porte de l’appartement de la créanne, avec tout le matos du bon petit cambrioleur.

- Tu aurais pu me dire que tu étais au courant, râla le grec.
- T’aurais vraiment accepté si je t’avais dit que tes talents nous seraient utiles ?
- Non ! gronda-t-il. Je ne veux pas retourner en taule.

Dave haussa les épaules.

- Et je ne veux pas retourner à l’hosto, mais je vis dans une secte qui sert des dieux tarés. C’est pas de bol, comme on dit. Au pire, on aura qu’à expliquer aux flics qu’on est les gentils, et qu’on chasse les méchants… Le temps qu’ils appellent l'asile, on les assomme et on se barre.

Le missionnaire de Nin retint un ricanement alors qu’il replaçait une fois de plus l’entraîneur, le maintint d’une main, avant d’insérer le crochet dans la serrure. Il garda le silence et son coéquipier ne le relança pas, l’observant faire sans rien ajouter. Timeo ne se vantait pas vraiment des quelques années qu’il avait passées sous les verrous. Une fois prêtre-roi, quelques mois après être sorti de taule, il avait souhaité faire oublier ce passage de sa vie en se mettant au service de son dieu, y trouvant à la fois du réconfort et la certitude de ne pas avoir gâché sa vie.

Un soupir lui échappa, un peu agacé. Bon, concentration. Ses gestes se firent lents, précis ; il était attentif à chaque vibration produite par la serrure lorsque le crochet passait sur les goupilles. Lorsqu’il en sentait une coincer, un tic soulevait le coin gauche de ses lèvres et ses yeux se plissaient légèrement. Puis, une fois la goupille alignée sur la ligne de césure, il passait à la suivante. Lent, précis. David se faisait royalement chier, à côté.

Un nouveau tic au coin de ses lèvres – c’était le troisième, la serrure serait bientôt ouverte. Une porte claqua au rez-de-chaussée, et Timeo se crispa.

- Accélère, quelqu’un monte.

« La ferme », songea l’ex-cambrioleur suffisamment fort pour que le message passe.

Troisième déverrouillée.

- Timeo. Abrège, souffla David en entendant les pas se rapprocher dans les escaliers de l’immeuble.
- Je fais ce que je peux.

Il accéléra néanmoins ses gestes, grimaça lorsqu’il crut faire tomber l’entraîneur, mais un clic se fit entendre. Dave, sur le qui-vive, attrapa l’homme par le bras et le jeta presque à l’intérieur de l’appartement avant qu’il n’ait eu le temps de réagir. Dans le même mouvement, il donna un coup de pied dans sa trousse de crochets qui vola dans la pièce, juste avant qu’il ne referme la porte derrière eux. Quelques dizaines de secondes plus tard, la voisine ouvrait la porte de l’appartement d’à côté et ils l’entendirent claquer.

- Tu as une telle délicatesse, c’est fou, grommela Timeo en rangeant le matériel, avant de se redresser pour regarder autour de lui.

David lui laissa le temps de se redresser, et partit en exploration de l’appartement. Celui-ci était effectivement désert, mais il était assez bordélique. Des vêtements traînaient dans un coin, la salle-de-bain empestait les canalisations. Comme premier réflexe, il s’installa au bureau, dégagea les papiers posés dessus et alluma l’ordinateur. Il farfouilla dans les tiroirs et laissa son regard courir sur les papiers qu’ils contenaient.

- Tu peux t’occuper de sa paperasse ? Je vais fouiller ses mails.

Timeo acquiesça et emporta les papiers avec lui sur le canapé. Il les étala devant lui et lut rapidement les intitulés pour se donner une idée de leur contenu, pendant que David fouillait dans son sac pour en sortir un disque dur. Il le connecta à l’ordinateur, qui se déverrouilla après chargement d’une petite barre.

Sa navigation entre les différents fichiers débuta. Concrètement, ses dossiers ne contenaient pas grand-chose d’intéressant ; quelques vidéos X, des factures et relevés bancaire. Il copia toutefois ces deux derniers sur le disque dur, en espérant obtenir quelque chose d’intéressant. Il ne s’attarda pas dessus, et repartit dans ses notes et recherches web les plus récentes. Pas grand-chose d’intéressant, une fois encore.

Enfin, il accéda à ses mails et se dirigea directement vers les dernières conversations partagées. Une expression de triomphe, mais pas un sourire. David se tourna vers Timeo :

- Viens voir, je crois que j’ai un truc.

Lorsqu’il se plaça derrière lui, David lut :

« Il faut que je donne un document à maître Skiter, c’est urgent. »

Pas de formule de politesse, rien. Le message est clair, net, précis. La réponse aussi.

« J’espère que ça en vaut la peine. »

Suit une adresse, une date et une heure. Timeo jura.

- C’est aujourd’hui, ils y sont déjà. Faut qu’on bouge.

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Lun 12 Oct - 21:12

Opération Dilmun
Et tout ce qui manque.Et cetera desunt


Le temps de tout remballer, de sortir de l’appartement et de retourner à la voiture, les deux missionnaires avaient déjà perdu un temps considérable. David avait pris en note l’adresse et la cherchait sur leur GPS, tandis que Timeo s’installait au volant pour les y conduire.

- C’est près des docks, annonça David en accrochant l’appareil à son support, lui-même ventousé sur le pare-brise. (Le GPS, pas Dave, hein. ♥)
- Qu’est-ce qu’ils foutent aussi loin du centre ?
- Discrétion ?
- Sûrement. Ça nous arrange pas. Le temps qu’on y arrive, ils n’y seront peut-être déjà plus.
- Tout dépend de ce qu’ils font, une fois là-bas. On sait pas pourquoi ils se sont donné rendez-vous.
- Honnêtement, je les vois mal parlementer pendant dix ans au sujet du contenu du dossier. Ils n’en ont pas parlé par mail, le mec qui a donné rendez-vous à Jonas doit un peu s’en foutre.

Le blond plissa le nez, acquiesça légèrement. Il reporta son regard sur la route, perdu dans ses pensées.

- Ce qui m’inquiète, c’est de savoir à qui il souhaite l’apporter. Et surtout pourquoi y a un intermédiaire, soupira-t-il.
- Skiter ? C’est une ancienne, je crois. On nous en a parlé une fois ou deux. Elle cause pas mal de problèmes à la Congrég. Il paraît que le réseau de ses créannes est étendu au monde entier, mais on n’en sait pas vraiment plus. Leur organisation est suffisamment complexe pour qu’on n’en sache pas grand-chose.

Devant l’air interrogateur de son coéquipier, Timeo reprit :

- T’écoutes jamais en cours ou quoi ?
- En gros, reprit Dave en haussant les épaules et en ignorant sa remarque, on va se retrouver pris au milieu de cette organisation de créannes ?
- Y a des risques. Si on tombe dessus, vaut mieux se barrer vite fait.
- Chouette, j'ai hâte.

Le prêtre-roi d'Utu grinça des dents. Il aurait préféré que cette créanne soit seule, et non pas au service d'une autre, d'un niveau qu'ils ne pourraient pas affronter. Aussitôt, il regretta de s'être porté volontaire pour cette mission. Il prit une inspiration plus profonde que les autres, garda son regard fixé sur la route. La voiture se stoppa à un feu, et David serra la lanière de son sac entre ses doigts. L'implication n'était soudainement plus la même. Une Instable le mettait déjà mal à l'aise ; l'idée de devoir intercepter le document avant qu'il ne soit remis à une Ancienne lui donnait des sueurs froides. Même les armes qu’ils trimballaient ne les aideraient pas contre des créatures de cet acabit. Et leurs pouvoirs, n’en parlons pas.

- Inquiet ?
- Un peu.

Silence durant quelques secondes.

- Ouais, moi aussi.

Un soupir. Bon, ben, pas le choix hein.

°°°

La voiture garée, David se posa à l’écart de l’établissement tandis que Timeo y pénétrait. Il fit attention à bien camoufler son aura alors qu’il passait la porte du bar. Assez peu de monde, mais tout de même suffisamment pour que la présence de deux créannes passe inaperçue pour les quelques humains qui peuplaient les lieux. Il fit le tour de la salle d’un regard, observa les duos qui s’y trouvaient et tenta de ne pas froncer les sourcils. Le seul groupe de créannes était composé de trois personnes, deux hommes d’âge mûr et une gamine d’une quinzaine d’années, qui mâchonnait son chewing-gum d’un air insolent. Il supposa l’un des deux hommes être Jonas, et le second son contact ; il ne comprit cependant pas la raison de la présence de la créanne à la forme adolescente. Ils discutaient à voix plutôt basse, à la droite du bar où Timeo se dirigeait pour commander un verre. Il s’y installa et papota un peu avec le barman, tendit une oreille pour capter les conversations à côté. Il n’entendit cependant que des bribes. Il s’efforça de ne pas laisser son visage exprimer sa frustration, et lorgna sur le côté lorsque la gamine s’exclama :

- C’est bon, je comprends pas pourquoi on tergiverse, là.

Les deux hommes échangèrent un regard, et le contact de Jonas s’appuya contre le dossier de sa chaise. Il n’exprimait pas grand-chose, se contenta de lâcher un soupir appuyé et de relever les yeux vers l’adolescente. La bulle de son chewing-gum claqua, et Timeo fit mine de boire sa bière. Leur entrevue touchait déjà à leur fin.

- Allez, on y va, ajouta finalement Jonas en se levant.

La gamine sauta sur ses jambes avec un sourire immense et le suivit jusqu’à l’extérieur en sautillant. Timeo repéra un sac hermétiquement fermé dans la main de la créanne qu’ils recherchaient juste avant qu’elle ne passe la porte. Il retint un juron, termina son verre et déposa l’argent qu’il devait au barman pour pouvoir quitter les lieux au plus vite.

Dehors, David fronça les sourcils en apercevant les deux créannes sortir du bâtiment. Il les suivit à distance respectable en priant pour ne pas se faire repérer et se dissimula derrière des éléments du décor ; tantôt une voiture, tantôt un mur, et laissait courir ses yeux sur les alentours. Lorsqu’ils furent suffisamment près des quais pour que le moindre de ses mouvements soit visible, David resta à sa place. Pourquoi son partenaire ne revenait pas ?

Son rythme cardiaque accélérait de plus en plus ; ce n’était pas vraiment la panique, mais plutôt l’adrénaline qui secouait son corps et battait à ses tempes. Pourtant, il garda son calme et évalua les risques. Deux créannes, ce n’était pas si terrible ; mais elles ne venaient pas de naître comme dans sa précédente mission et n’irradiaient pas spécialement de sympathie. Une nouvelle hésitation, longue et lancinante. Son corps se déplaça finalement sur le côté et son dos racla la surface du mur avant qu’il ne jaillisse dans l’allée. Dave porta la main jusqu’à son arme, qu’il pointa sur les deux créannes.

Jonas se retourna vivement en entendant la sécurité se désenclencher. Le coup de feu partit néanmoins, et toucha la jeune créanne à la jambe alors que Jonas n’hésitait pas une seule seconde avant de sauter à l’eau. Elle s’effondra sur le sol en gémissant de douleur et Dave se précipita pour suivre l’Instable. Pas le moindre regard. Son cœur battit plus vite alors qu’il s’apprêtait à se jeter à l’eau.

Mais Jonas se transforma.

Les abords du quai n’étaient malheureusement pas assez profonds pour permettre à une baleine de se transformer en rencontrant la surface sans soulever une grande quantité d’eau. Comment dire. Une très grande quantité d’eau.

Dave, pris dans son élan, n’eut que le temps de voir la vague avant de la prendre de plein fouet. Il fut emporté sur plusieurs mètres en arrière et tenta de ne pas boire la tasse ; ses poumons se remplirent d’eau, incapables de retenir l’air qu’ils contenaient.

Il toussa et se redressa sur ses coudes en toussant et crachant, cherchant désespérément à reprendre son souffle. Il ne constata que quelques secondes plus tard qu’il était au sol, et chercha l’autre créanne du regard. Il aperçut le sillon que traçait le déplacement de Jonas dans l’eau. Puis il comprit.

Oh non. Oh non non non.

Timeo, lui, arrivait enfin, le visage écarlate et la respiration saccadée d’avoir couru si vite. Il embrassa vivement la scène du regard, incapable de comprendre ce qu’il venait de se passer, avant d’apercevoir l’adolescente tousser et tenter de se traîner jusqu’à la mer. Il bondit vers elle sans attendre la réaction de Dave.

- Il a sauté ! C’est une baleine, c’est une baleine putain ! s’insurgea le blondinet aux cheveux plaqués sur le crâne. Chope-la ! La laisse pas s'enfuir, elle sait où il va !
- J’te demande pardon ?! Il s'est passé quoi, là ?! hurla Timeo pour toute réponse, alors qu’il se jetait sur la créanne pour lui bloquer le cou de son bras, et elle se débattit avec plus de force en plantant ses ongles dans ses bras.
- IL NOUS FAUT UN PUTAIN DE BATEAU !

Mais l’adolescente se transforma.

Timeo bondit immédiatement en arrière (plusieurs fois) en poussant un cri de terreur, rampa sur le sol en fixant de ses yeux ronds la créanne-requin qui s’agitait à présent devant lui, agitant sa mâchoire gigantesque pour le happer et secouant la queue pour le menacer.

- OH PUTAIN. OH PUTAIN MAIS QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE BORDEL ?!!

Dave tenta de répliquer, mais aucun son ne sortit d’entre ses lèvres ; avant que la créanne ne songe à sauter à l’eau (même si la distance entre elle et le bord, sa blessure + le fait qu’elle ne soit pas un requin-kangourou la mettait dans une position pas vraiment favorable), Timeo sortit à son tour le glock qu’on lui avait confié, et pointa le crâne de la créanne en tremblant. Celle-ci s’arrêta de bouger, se contenta d’émettre ce qui ressemblait à un grognement en montrant les dents.

- Pas bouger. Pas bouger, okay ?!

« Depuis quand un requin ça grogne comme un doberman ? » s’interrogea David en clignant des yeux. Il se leva, s’approcha prudemment et tira Timeo encore à l’écart en le prenant sous les aisselles, pour plus de sûreté.

- Tu pisses pas dans ton froc, hein ?
- Je crois qu’il est un peu tard pour s’en soucier.
- Oh…

Ils reportèrent leur attention sur la créanne. Les yeux de la bestiole dérivèrent vers la mer, et Dave ricana, tira un couteau à cran d’arrêt de sa ceinture. (Ce qu’il ne vous dit pas, c’est que son rire n’était que la conséquence de sa nervosité, et que le couteau n’était même pas bien aiguisé.)

- Une balle entre les deux yeux, un aileron en moins ou tu te transformes. Tu choisis quoi ?

Un temps d’arrêt.

La créanne se retransforma en rouquine à la gueule d’ange, claqua son chewing-gum et leur envoya un sourire méprisant, aux jolies canines blanches et bien alignées.

- Allez, approchez-vous donc, j’ai toujours rêvé de croquer de jolis garçons. ♥

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Mar 13 Oct - 18:07

Opération Dilmun
Depuis la mer jusqu'à la mer.A mari usque ad mare


Pourquoi ? Non mais, sérieusement : pourquoi ?

La question tournait et retournait dans son esprit. Il se demandait sincèrement s’il avait fait quelque chose au ciel pour mériter ça. Le pire, certainement, résidait dans le fait qu’il n’ait plus de dieu pour le moment. Il se demanda si les autres avaient le droit de se venger sur les missionnaires de leurs collègues ; puis il soupira, se reprit la tête entre les mains et tâcha de faire abstractions de ses nausées. (Non, il n’était pas en cloque, il avait juste le mal de mer.)

Sérieusement. Un requin, ça pue. Il lança un énième regard assassin à la bestiole qui prenait un malin plaisir à se transformer en requin, par intermittence. Si au début il la matait à coups de poêle à frire et de flashs lumineux, il avait fini par laisser tomber – mais surveillait tout de même où Timeo mettait les pieds, histoire qu’il n’en ait pas un de moins. La bestiole s’ébattait dans son filet, à demi coincé dedans. Timeo, lui, était parti vomir il y a une demi-heure. Il songea que les deux-trois marins du bateau qu’ils avaient réquisitionné devaient bien se foutre de lui, et ça le rassura un peu. Jusqu’à ce que le requin se retransforme en gamine et se mette à brailler :

- Tu veux pas essayer de retenir ta respiration avec moi ? Alleeeez, c’est marrant.

Pourquoi, mais pourquoi…

- C’est possible de t’étouffer ?
- Mais tu ne saurais pas où aller si je mourrais, chéri. C’est pour ça que tu m’as soignée, lui sourit-elle de toutes ses dents en désignant sa jambe bandée et les pilules d’anti-douleur.

Dépité, Dave lâcha :

- Et c’est pour ça que tu as essayé de me bouffer le bras.
- Hé, c’est donnant-donnant, espère pas que je vais te laisser me faire des trous sans te couper un bout !
- La balle n’a fait que te frôler, arrête de te plaindre.

Un soupir, Dave s’appuya contre la paroi de la cabine. Et ça tanguait, et ça tanguait… Et l’autre folle qui se balançait dans son filet comme dans un hamac avec un sourire bienheureux. (Il se demanda si les antidouleurs n’étaient pas un peu trop forts pour sa petite corpulence. Puis il se rappela que sa forme animale faisait 5 mètres de long. Et il fit taire la petite voix relou dans sa tête.)

Il se demandait de plus en plus comment les choses avaient pu tourner de cette manière.

Pour commencer, l’absence notoire de Timeo à la sortie du bar l’avait mis dans un état d’agacement proportionnel à sa colère d’avoir vu Jonas partir en renversant les bateaux du quai sur son passage. Lysiane – elle lui avait expliqué pendant environ trente minutes que son créateur l’avait affublée du doux nom d’Elisabeth Anne avant qu’elle ne perde patience et ne le gobe ; depuis, elle gardait la contraction des deux prénoms et acceptait parfois qu’on l’appelle de l’une ou l’autre manière en souvenir de ce brave garçon pas très chanceux – paraissait elle-même furieuse contre l’Instable. Elle n’arrivait pas à croire qu’il soit parti sans elle, alors qu’il devait la guider jusqu’au groupe de Créannes. Il n’avait pas hésité à la laisser risquer sa vie pour lui, et lui l’avait abandonnée – visiblement, sa haine la rendait quelque peu bavarde, bien qu’elle le soit déjà de base. En échange de sa vie (là, Timeo et Dave n’avaient fait qu’échanger un lourd regard, en se demandant s’ils pouvaient laisser courir une créanne avec une forme aussi dangereuse) elle leur avait assuré qu’elle les guiderait jusqu’à leur lieu de rendez-vous premier, sur la côte ouest du Canada.

Et malheureusement, ils avaient accepté.

En fait, cette gamine cumulait tous les défauts du monde. Elle avait une voix insupportable, avait tendance à râler dès que l'occasion se présentait, piquait des crises si elle n'avait pas ce qu'elle voulait dans la minute ; bref, elle était un peu casse-couilles. Il soupira une fois de plus et pria pour que son coéquipier refasse surface rapidement, mais rien ne semblait le décider à revenir dans les parages avant un bout de temps. Et l'idée de laisser leur prisonnière - enfin, prisonnière, il ne savait même plus trop - seule dans la cale le mettait mal à l'aise. En tant que chef de groupe, quelle décision devait-il prendre ? Trahir la créanne sitôt qu'elle les aurait guidé jusqu'au document, ou en profiter pour se faire un contact au sein de leurs ennemis ? Pas que l'idée de devoir s'allier à ces créatures le débectait particulièrement (il avait, après tout, déjà cohabité avec une créanne qui elle-même ne paraissait pas avoir spécialement envie de le bouffer) mais il ne pouvait pas se permettre de lui faire confiance. Une erreur de jugement pouvait amener des humains, médiums ou missionnaires, aux portes de la mort. Pas tip-top en effet. Le choix qu'il allait faire le mettrait probablement dans de beaux draps. Sa santé mentale et la vie de cette fille-squale, ou la sécurité des autres ? Difficile de trancher.

Il songea un moment aux événements précédant l'arrestation de Lysiane et son nez se plissa, alors qu'il rouvrait les yeux pour fixer le métal défraichi de la cabine. Timeo s'est fait repérer par le contact de Jonas en voulant sortir du bar. S'en est suivi un court affrontement, puis une tentative désespérée pour semer son adversaire. Le grec était agile ; sans doute avait-il pu se glisser dans un recoin des quais en camouflant son aura, le temps que l'autre créanne le laisse en paix. Dans tous les cas, même s'il n'y était pour rien, David le considérait comme en partie responsable de leur échec. En partie seulement. L'autre lui incombait. Ils auraient pu attraper ce document, là, à cet instant précis, si David n'avait pas hésité à tirer sur une créanne d'apparence plus jeune que lui, s'il avait été plus rapide, s'il avait mieux calculé son coup. Comment aurait-il pu se douter qu'il allait se jeter à l'eau de cette manière, à ce moment précis ? Il aurait dû se souvenir de l'information avant de voir la vague déferler sur lui. En plus de cela, son téléphone portable a pris l'eau et a bien rendu l'âme. Vous avez passé une journée de merde ? Dites-vous que David en a probablement passé une bien pire que vous, à moisir dans une cale qui empestait le poisson, occupé à surveiller un énergumène qui oscillait littéralement entre le rayon poissonnerie et le rayon parfum de chez Séphora.

David avait mal au crâne, et il ne rêvait que de s'affaler dans son lit pour dormir. Hélas, le voyage serait long. Très long. Trop long. Il passait par des petits canaux méga chiants qui ne lui disaient rien qui vaille. Et surtout, deux semaines. Ils ont passé des heures à trouver des gens qui voudraient bien d'eux pour une petite expédition sauvage jusqu'au Canada. Finalement, le requin avait motivé tout le monde. Mais voilà. Vu le temps qu’ils ont pris pour tout préparer, ils auraient probablement dû prendre l'avion. Mais ils devaient être certains que la baleine emprunte bien cette direction...

C'est ce qu'on appelle communément avoir un karma de merde.

- Dis ?

David releva les yeux vers la créanne, désabusé.

- C'est quand qu'on arrive ?

Ta gueule.

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Elle tangue mais ne sombre pas.Fluctuat nec mergitur


Bon, à ce niveau-là, inutile de vous mentir : tout le monde a pété les plombs. Le voyage ne fut pas éprouvant : il fut insupportable. Lysiane tenta de sauter par-dessus bord en hurlant qu’elle voulait qu’on la laisse vivre sa vie de poisson au moins six fois dans la même semaine. Oui. Semaine. Si, avant de quitter l’Europe définitivement, ces messieurs dames avaient fait une courte halte pour embrasser la terre ferme et reprendre des stocks de nourriture et d’eau, ils ne le purent plus une fois engagés dans les eaux du Pacifique. C’est à ce moment-là que vous êtes censé dire « Mais qu’est-ce qu’ils foutent là, sérieux ? »… Figurez-vous qu’ils se posaient tous la question. Surtout les trois marins entraînés de force dans l’aventure.

Timeo commençait sérieusement à développer une paranoïa assez marquée. Avec Dave qui devait retenir ses élans de meurtre, l’ambiance virait rapidement au chaos. Manque d’espace personnel, d’hygiène corporelle et d’alimentation décentes, beaucoup (trop) de sommeil en moins, surveiller constamment le squale… Elle-même, depuis qu’elle pouvait marcher sans ressentir trop de douleur dans la cuisse, se montrait d’autant plus casse-pieds. Mais au bout de deux semaines de navigation, ils avaient bien été forcés de cohabiter, et surtout de communiquer pour ne pas virer timbré.

Autant dire que Dave apparenta assez vite cette traversée à celle qu’il avait effectuée pour aller d’Australie en Thaïlande, un an plus tôt, avant de prendre un avion pour Stockholm. Les souvenirs n’étaient pas bons, et il se prenait régulièrement à rêver du passé. Sueurs nocturnes, angoisses ; tout était tellement plus clair, tellement moins flou. Il préférait autant ce brouillard dans lequel il naviguait (le terme l’aurait fait grimacer) jusqu’alors ; il semblait de plus en plus proche de ses peurs, de tout ce qui l’avait fait un jour péter les plombs. Il ne souhaitait pas revivre ces journées terrifiantes passées à regarder un mur, et il remerciait presque intérieurement leur prisonnière d’être aussi bavarde. Au moins gardait-il un contact accru avec la réalité. Il en avait besoin. Il s’y raccrochait comme il s’accrochait parfois au bastingage, penché vers l’avant, pour tenter de distinguer la forme d’une baleine dans ces eaux agitées.

Jamais il ne voyait l’ombre d’une ombre ; il en rêvait, parfois ; il se demandait comment ils feraient pour retrouver cette créanne, une fois arrivé à destination ; il se demandait comment ils parviendraient à récupérer ce dossier, surtout ; et comment ils feraient pour rentrer en vie. Trop de questions qui pesaient sur son moral, et sur le moral de l’équipée. Lysiane, de son côté, organisait des jeux débiles pour essayer de garder l’ambiance sur un seuil au moins neutre, si ce n’était positif (mais c’était pas vraiment gagné). Le temps de quelques soirs, l’équipage se déridait, en oubliant momentanément qu’en mettant le pied à terre, il faudrait à nouveau repartir en chasse.

Et le temps passa.

Lorsqu’ils arrivèrent en vue du Québec, après plus de deux semaines de navigation, Timeo lâcha une larme. Adieu les tempêtes, les nausées et la mer. Bonjour la terre ferme.


°°°


Après avoir passé dix minutes assis sur le sol en essayant de faire comprendre à leur cerveau que la terre ne tanguait pas, ils avaient trouvé un hôtel pas trop cher, et surtout pas très loin du port. Après un court détour par une boutique, tour à tour, ils prirent leur temps pour se laver, laver leurs fringues utilisées dix fois chacune pendant le trajet et s’affaler sur un lit. Lysiane, elle, voulut profiter d’être seule dans la salle-de-bain pour quitter l’hôtel ; cependant, aucune de ses formes ne lui permettait de voler, et les deux hommes étaient suffisamment sur les rotules pour ne pas avoir eu l’envie de l’aider à réaliser son rêve. (Puis c’est vrai qu’un requin volant, c’est pas vraiment top pour la discrétion non plus.) Après le passage de Lysiane et Timeo à la salle de bain, David s’y traîna à son tour. Le reflet que lui renvoya son miroir le laissa perplexe durant quelques secondes. Sa peau était incrustée par la saleté, ses cheveux gras à nouveau plus longs plaqués contre son crâne. Des cernes de trois kilomètres soulignaient ses yeux sans aucune distinction et une barbe déjà plutôt épaisse mangeait la moitié de son visage.

Il se fixa quelques secondes, sans rien dire et sans bouger, l’esprit un peu vague. Pendant tout le temps qu’avait duré leur voyage, David se demandait s’ils parviendraient à retrouver Jonas. Ils l’avaient bien aperçu l’une ou l’autre fois, l’avaient suivi pendant plusieurs jours avant de la perdre de vue. Ils avaient bien tenté de la harponner, mais s’étaient dit que tant que la baleine ne les avait pas repérés, ils n’allaient pas tenter le diable. Il lui aurait suffi d’un coup de queue pour les faire couler. Et ce n’était pas vraiment une bonne idée, hein.

Le blond soupira, se déshabilla et passa à la douche. Il se décrassa longuement, soigneusement, puis sortit et se tailla la barbe. Faute d’avoir trouvé un rasoir, ils avaient au moins pu prendre une paire de ciseaux. Il eut dans l’idée de se couper les cheveux aussi mais laissa tomber, préféra les plaquer vers l’arrière en attendant qu’ils sèchent. Prit une longue inspiration pour trouver le courage qui lui manquait. Un peu de calme, juste un peu plus. Le voyage les avait laissés profondément sur les nerfs. Ils ne rêvaient tous qu’un peu de calme. David en particulier. Tout se bousculait dans sa tête. Trop de choses, trop d’échos, trop de questions, de pensées. Puis il sortit, et aperçut Lysiane en train de ronfler bruyamment, allongée sur le ventre en travers du lit ; Timeo, lui, restait à une distance raisonnable de la créanne, comme toujours un peu angoissé. En même temps, fallait le comprendre ; déjà qu’il n’aimait pas spécialement ces bestioles de base, se retrouver sans crier gare face à un requin prêt à vous mâchonner comme un dentastix ça laissait des traces. Il fallait encore gérer ses crises de paniques. Et les tentatives d’évasion – toutefois moins récurrentes – de la créanne. Certainement avait-elle compris que ça ne servait à rien. Elle ne voulait pas mourir, ni se faire d’ennemis d’un côté ou de l’autre. Se faire passer pour une victime lui convenait assez bien, au final. Ce qui n’empêchait pas l’ancien militaire de ne pas souhaiter s’allonger près d’elle. Ne serait-ce que parce que la dernière fois qu’il avait fait confiance à une créanne, celle-ci s’était envolée sans un mot. Il ferma les yeux, chancela. Il préféra ne pas se demander si elle était encore en vie.

Il envoya Timeo dormir sur le petit canapé dans un coin de la chambre, et prit sa place sur une chaise, gardant ses yeux sur l’adolescente. Il s’accrocha au meuble, plissa les yeux en sentant encore la terre tourner sous ses pieds. Certainement n’avait-il jamais été aussi conscient d’un tel phénomène ; mais cela ne l’amusait pas beaucoup, tout comme le soulèvement lent de la poitrine des deux endormis ne l’émouvait pas des masses. Il avait simplement hâte de se poser sur un vrai lit, et dormir. Se reposer un peu. Rattraper son sommeil en retard. Il avait perdu l’habitude de ne plus dormir.

Un instant, il songea qu’il n’aurait pas dû les entraîner là-dedans. Ni lui, ni elle. Qu’il aurait mieux fait de laisser quelqu’un d’autre s’en occuper.

Ses yeux papillonnèrent.

Il s’endormit.

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Mar 10 Nov - 14:07

Opération Dilmun
Maître de son esprit.Compos mentis


Rêver la vie
Rêver de la nuit
Ou rêver du jour
Et de la mort
Ou rêver du matin à l’aurore
Le ciel la terre on oublie
On oublie qu’on tangue
Et qu’on avance
On oublie qu’on pleure
Et qu’on se trompe
On oublie d’aller chercher
De surveiller
Oubli
Rêve
Délicieuse
Si délicieuse vie

Tu t’accroches et tu souris
Tu souris
Bancal et tremblant
Tu souris
Tu peux pas faire autrement
Tu veux pas nuire
Mais t’abandonnes
Tu sens la guerre au loin qui tonne

Un bateau et tes rêves
Tes espoirs et ta misère
Tu rêves c’est bien c’est beau
Mais oublie pas l’arrimage
Tu pars dans l’paysage

Cor et cordelettes
Sang partout dans ta tête
Tu veux plus croire tu ne suis pas
Tu n’es plus tu n’es rien
Suivre un chemin tracé
Pourquoi faire ?
Suivre ta propre route

Faites-le taire
Tu avances en cahotant
Le nez en l’air et dans le vent
Cœur balance et balancé
Vérité oubliée
Danse transcendante

Danser avec les morts
Les cadavres qui rient
Ces corps qui pendouillent
Qui se balancent
Balancent tes pensées
Piétinent ta volonté

Danser avec ta vie
La mettre sur le tapis
L’abandonner là
Un choix, un oubli
Supplice doux-amer

Plus jamais quitter la terre

Tu pleures et tu avances
Larmes salées et sang sucré
Rouille os et coups
Tu respires
Tu respires Dave

Tu veux suivre le soleil
Tu veux abandonner la terre
Tu veux oublier les astres
Tu veux oublier le reste
Penser à rien d’autre
Tomber dans le sommeil
Tomber dans les ombres
Te relever
Rechuter
Mourir et vivre
Vivre et subir
Pourquoi
Et pourquoi faire
Sans rien pour te retenir
Tu avances en cahotant
Tu trébuches on te ramasse
Mais t’es qui pour être si faible

Juste un déchet
Un déchet cloîtré dans sa misère

La misère tu la connais
Pas subie mais vue
À travers la poussière et le sable
Observée sous toutes les coutures
Fil et ficelle
On vous recoud avec elle
En emporter un bout avec toi
Peut-être un peu où tu vas
Mais t’es si loin
Si loin de chez toi
Le serpent se bat

Et le petit Prince ne gagne pas

Tu ne te bats pas
T’en as pas les couilles
Tu ne te bats pas
Qu’est-ce que t’en as à foutre
T’es là t’es un spectateur
Tu oublies tu pleures
Sans larmes et sans un regard
La foudre au loin s’abat
C’est toi qui tonne
C’est toi qui rugis
Tu hurles en silence
C’est la nuit
La nuit qui happe et qui frappe
La nuit qui
tue et qui dissimule
Le crime
L’angoisse
Le sang
Les cris
Tout ce que tu entends
Tout ce que tu vis
Mais que tu ne peux pas percevoir
C’est enfoui
Si loin
Oublié
Abandonné

La bulle ne veut pas éclater
Toi dedans tu sens ton âme tanguer
Pleure
Vis
Meurs
Tue
Le soleil est loin
Le matin t’attend


Lorsque tu te réveilles, tu es seul.

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Sam 14 Nov - 20:26

Opération Dilmun
Souviens-toi que tu vas mourir.Memento mori


Il souffla bruyamment en se redressant, la poitrine compressée, les poumons en feu. Sa tête le brûlait terriblement, et il parvenait difficilement à reprendre sa respiration. Il la sentait siffler, comme il sentait siffler une note aigue au fin fond de ses oreilles ; il tangua, referma les yeux. Inspiration profonde, puis expiration ; il voulut vomir, une odeur métallique l’assaillait, l’odeur du sang, du sang. Il faisait sombre dans la pièce, et ses yeux ne parvenaient pas à distinguer le moindre contour ; il se contorsionna, son front retomba sur le sol dans un bruit sourd, et il gémit. Il gémit et roula sur le côté, tendit la main pour attraper, à tâtons, la première chose qui pourrait l’aider à se relever. Le sol était humide – humide, si humide, il glissa, s’étala encore de tout son long, en paniquant, paniquant, il voulut appeler, crier, mais son instinct de survie lui ordonnait plutôt de se taire, d’attendre, de faire le moins de bruit possible. Il respira plus fort, rampa, ignora la douleur dans son bras droit, et rencontra finalement une surface plus moelleuse, sur le côté ; le lit, enfin le lit, pour l’aider à se remettre sur ses jambes douloureuses, malgré la fatigue, malgré tout, avancer, encore, ne pas s’arrêter.

Sa tête bourdonnait, il n’entendait pas le moindre bruit dans l’hôtel. Il s’avança, manqua de trébucher contre le pied de lit, et suivit à tâtons la courbe du meuble pour tenter de rejoindre le mur.

— Tim ?

Sa bouche et sa gorge asséchées ne parvenaient qu’à laisser sortir un râle rauque et faible, une sorte de grognement qui résonna un instant dans la pièce. Il eut un nouveau haut-le-cœur, trouva enfin le mur. Interrupteur, interrupteur ; où était l’interrupteur ? Il ne chercha vainement durant quelques dizaines de secondes, respira plus fort, manque de tourner de l’œil. Il s’était assoupi, il s’était assoupi, il n’aurait jamais dû, il aurait dû faire plus attention, s’occuper, marcher de long en large, mais surtout pas s’endormir, pas maintenant qu’ils étaient sur la terre ferme.

— Tim ? reprit-il plus fort, ignorant cette fois le cri lancinant de son cœur qui lui hurlait de se taire.

Une surface plus froide, carrée, surmontée d’un petit boîtier. Il appuya. La lumière s’alluma, et il recula en fermant les yeux sous la violence du choc. Il haleta un instant, se frotta les yeux en gémissant, sentit son visage coller. Il rouvrit les yeux, les posa sur ses mains.

C’étaient elles qui collaient ; poisseuses et écarlates de sang à la fois frais et séché, jusque sous ses ongles où la vermine s’accumulait déjà. Son visage blêmit et David regarda autour de lui, sans comprendre, ébahi et stupéfait. La pièce était vide, mais tout était en désordre ; on s’était battu ici, la couverture du lit tombait négligemment au sol, recouverte d’un peu de sang qu’il avait dû déposer-là en se relevant quelques instants plus tôt. Il fit le tour, contempla le canapé en bordel, et la petite flaque de sang qui s’étendait à l’endroit où il avait l’air d’avoir reposé.

« Qu’est-ce qu’il s’est passé ? »

Il prit une lourde inspiration, détourna le regard de la pièce pour fixer à nouveau ses mains, puis son bras, qui le lançait désagréablement. En même temps, vu l’entaille, c’était normal. Il eut un vertige, se laissa tomber sur le lit pour reprendre son souffle.

« C’est mon sang. C’est mon sang. »

David tenta de se rassurer de cette manière durant un moment. Puis il vit le portable de Timeo, posé sur la table de chevet. Il paniqua. Se rassit. Respira. Il finit par se lever pour aller dans la salle de bain, et enlever la crasse qui le recouvrait à nouveau, avec fébrilité cette fois.

« C’est mon sang. »

Il se lava les mains plusieurs fois, avec des gestes tremblants et agités, se passa la tête sous l’eau. Enlever le sang qui lui collait à la joue, et aux lèvres, à la barbe et au côté du nez, enlever son haut, rincer la blessure, la frotter, serrer les dents, avoir envie de hurler de rage, de peur, désinfecter avec un peu d’alcool à 90° qu’il avait encore dans le sac. Il prit une serviette, la balança sur la flaque dehors ; prit son t-shirt souillé, s’en fit un bandage. Puis il remit un des t-shirts encore humides qu’ils avaient lavé la veille, rangea en hâte toutes leurs affaires, et attrapa les deux sacs qu’ils se trimballaient. Calme, il devait se calmer ; il n’arrivait pas à prendre un rythme de respiration soutenu, mais s’emballait dès qu’il bougeait un peu, dès qu’il pensait trop. Et pour penser trop, il pensait ; il pensait à la veille, à la nuit, sans comprendre, essayait de se remettre, essayer de trouver un sens à tout ceci, trouver un sens à ce qu’il avait ressenti en dormant, cette impression diffuse de cauchemarder, d’être encore dedans, peut-être – peut-être qu’il était encore dedans, peut-être que c’était faux, mais il avait trop mal pour que ce soit faux.

En prenant leurs deux sacs, il se figea cependant, s’agita, les laissa tomber au sol et fouilla à sa ceinture, sous le lit, dans les placards, dans les sacs. Non, non non non, où est-ce qu’il était ? Son flingue, où est-ce qu’il était ? Il se sentait amputé d’une partie de lui-même, amputé de la seule chose qui parvenait à le calmer, lui donner l’impression de maîtriser un peu la situation. Il ne maîtrisait pas du tout la situation, et ça avait quelque chose d’à la fois profondément effrayant et d’à la fois profondément habituel. Il respira, s’accroupit, pencha la tête en avant, tenta de respirer à nouveau. Quelque chose s’était comme bloqué dans sa gorge, dans son ventre, dans sa tête. Il voulut trouver un moyen d'appeler Tim, mais se souvint qu’il avait son portable dans la poche, du même côté que son flingue lorsqu’il était en mission.

Il se redressa, se colla mentalement une baffe, et attrapa ses sacs, le moins lourd du côté droit, pour éviter à son bras de trop tirer sur la blessure. La veste cachait son état physique, mais son état mental, lui, était bien visible dans ses yeux qui se posaient sur le moindre objet, la moindre ombre vacillante, alors qu’il se déplaçait silencieusement dans les couloirs. Chaque bruissement, chaque craquement le faisait frémit, s’arrêter quelques secondes le temps qu’il tende l’oreille ; il descendit à la réception, où l’employé s’était endormi sur sa chaise, et il déposa les quelques billets destinés à payer la chambre à l’intérieur de son agenda de réservations.

David sortit.

L’air de la nuit lui remit un instant les idées au clair, et il se demanda comment il allait faire pour retrouver Timeo. Celui-ci devait être parti à la poursuite de la créanne. Il pensait qu’il ne voulait pas comprendre, mais en réalité, il se doutait parfaitement de ce qu’il s’était produit cette nuit. Une possession d’un missionnaire endormi, pour qu’il se batte contre son propre coéquipier pendant que la créanne s’enfuyait, n’était-ce pas un bon plan ? Elle avait dû l’attendre, cette opportunité ; elle savait qu’elle ne pouvait rien faire contre eux en se transformant en requin, et sa forme de fillette ne pouvait pas leur faire grand mal. Elle savait aussi que, perdue au milieu de l’océan, elle avait beau avoir une forme marine, elle aurait mis un sacré bout de temps à rejoindre la terre. Et visiblement, il lui plaisait bien mieux d’arpenter le sol nord-américain que le sol européen.

Il réfléchit, tenta de se souvenir de l’endroit où elle leur avait indiqué que Jonas allait. David ne savait pas vraiment s’il pouvait lui faire confiance, mais présentement, il n’avait pas d’autre choix que de partir vers cette piste. Reste à l’hôtel serait trop dangereux ; ils n’auraient pu quitter l’hôtel sans se faire arrêter par la police en plein jour, à cause de la curiosité d’une femme de chambre. L’attendre là-bas était exclu, autant parce qu’il voulait éviter les problèmes que parce qu’il redoutait qu’il ne lui arrive quelque chose cette nuit.

« Réfléchis, Dave. Elle t’a dit que les créannes qui pouvaient leur indiquer où se trouvait le lieu où devait se rendre Jonas se trouvait en bordure des docks. C’est pas très loin. »

Mais il avait peur d’arriver trop tard. Sur le trajet, ils avaient perdu Jonas de vue ; il ne savait même pas si la créanne était arrivée à bon port, et si tel était le cas, quand elle avait accosté. Jonas savait qu’il était suivi ; il avait donc forcément dû prévenir ceux ou celles qui pouvaient le guider. Est-ce qu’ils avaient foiré quelque chose, à un moment donné ? Ce passage en mer, trop long, leur avait donné mille opportunités de louper cette mission. Mais il fallait qu’il la mène au bout, maintenant, et coûte que coûte ; il ne s’agissait pas d’une réputation à tenir, ni d’une volonté de séduire ou prouver quelque chose aux dieux, mais il s’agissait de récupérer un document compromettant qui pourrait tomber entre les mains des ennemis. Que pouvait contenir ce dossier ? Une chose au pouvoir suffisamment grand pour faire tomber la congrégation ? Il espérait que ce ne soit pas une telle chose, mais la terreur d’avoir peut-être aidé l’ennemi à mettre la main dessus le secouait comme un prunier, alors qu’il s’éloignait de l’hôtel.

Il tourna en rond durant un moment, avant d’aller s’effondrer dans une rue sombre, à côté d’une poubelle. Il ferma les yeux, serra ses sacs contre lui, la main bloquée sur un couteau encore recouvert de son propre sang.

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Ven 20 Nov - 9:41

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Le temps s'enfuit, les heures s'envolent.Tempus fugit, hora volant



« I WANNA GET FREEEEE, EEE, WANNA GET FREEE… »





David sursauta, resserra davantage sa prise sur son couteau. Son souffle était rapide, vif, et son mal de crâne lui sauta de suite au visage. Une grimace d’affliction s’étala sur sa face, mais il l’ignora, observant à droite et à gauche comme un animal apeuré à la recherche de l’origine du bruit. De la musique. De la musique insupportable qui beuglait une chanson merdique dans tous les sens. Puis le silence. La musique reprit et il gémit, porta une main à sa tête. Il mit quelques secondes à replacer son environnement, et quelques secondes de plus pour comprendre que la musique provenait de sa poche. Fébrilement, il chercha l’origine de la cacophonie et attrapa le portable de Timeo en l’insultant copieusement mentalement, et décrocha en plissant les yeux, sensible à la lumière du jour qui lui agressait les yeux.

— Oui ?
— Ah bah ça va, tu prends ton temps, hein.
— Putain Tim… souffla-t-il avec soulagement.
— Moi aussi j’suis content de t’entendre, ça va ? Tout baigne ?
— Tu te fous de ma gueule…

Dave se frotta les yeux, sentit tout son corps le tirer. Chacun de ses muscles lui rappelait qu’il n’avait pas dormir dans un vrai lit depuis trop longtemps. Qu’il n’avait pas réellement dormi depuis trop longtemps, à vrai dire. Les frissons qui parcouraient ses membres, lui prouvaient qu’il pompait déjà sur ses réserves. Combien de kilos il avait perdu, déjà ? Putain. Et Tim qui prenait une voix guillerette en lui parlant. Il aurait pu le tuer.

— Où est-ce que t’es ? grogna-t-il.
— Tout doux, tout doux mon minou. Ton bras, ça va ?
— Est-ce que tu vas enfin m’expliquer ce qu’il s’est passé ?
— Pas au téléphone. J’t’ai racheté un téléphone, admets que je suis un partenaire génial. Par contre j’veux récupérer le mien.
— Tim…
— Oh, ça va, me fais pas ta voix de mec haineux-dépressif, moi non plus j’ai pas dormi. En fait, je crois que j'ai dépassé le stade de la fatigue absolue, là. Mais sinon ça va, je pète la forme. T’es où ?
— Dehors.
— Merci, Dave, je suis ravi de le savoir, mais je te demandais dans quel coin de cette ville paumée tu te trouvais.

David se pinça l’arête du nez, tenta de retrouver un minimum ses esprits.

— Près des docks. J’ai quitté l’hôtel quand j’me suis réveillé, mais je suis pas allé bien loin.
— Ok, ça marche. Quitte les docks par le sud, y a un magasin de bricolage. Plantes-toi devant et attends-moi là-bas.
— Ok...

Dave soupira, tenta de se remettre debout en s’appuyant contre le mur. Ses jambes mirent un certain temps pour le soutenir correctement.

— Tim, encore une chose ?
— Quoi ?
— Ton portable a une sonnerie de merde.

Et il raccrocha.

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Sam 21 Nov - 15:30

Opération Dilmun
Dit brièvement...Brevitatis causa


Son ventre grognait sauvagement, il sentait comme un poids, ou plutôt un poids en moins, un creux douloureux qui lui tordait l’estomac, tant il était affamé. Il arriva en vue du fameux magasin de bricolage et attendit, appuyé contre la façade, les yeux embués. Il n’avait qu’une envie : celle de rentrer et tout envoyer balader. Pourquoi s’acharnait-il à faire tout cela, alors même que la Congrégation n’en avait rien à foutre et que son dieu n’était même plus là ? Katharyna était aussi partie… Que retrouverait-il, d’ailleurs, en rentrant ? Il retrouverait sa sœur, les quelques personnes qui le supportaient. Qui d’autre, quoi d’autre ? Juste une immense chambre vide, une immense tristesse, dont il ne pourrait pas se débarrasser.

Au moins avait-il le bonheur de ne pas avoir à subir la culpabilité d’avoir laissé son partenaire mourir. Après, il ne savait pas dans quel état se trouvait le caméléon ; il ne voulait pas le laisser paraître, ou peut-être qu’il n’en était simplement plus capable, maintenant. Trop épuisé, certainement ; qu’en savait-il ?

L’arrière de son crâne se posa contre le mur du magasin, et il ferma les yeux. Il fut interrompu dans ses pensées en entendant Timeo l’appeler non loin, alors qu’il s’approchait en mordant à pleines dents dans son sandwich. Il lui en tendit un, et Dave soupira de contentement. Timeo récupéra son sac, et ils commencèrent à marcher sans rien dire en se contentant de manger. Finalement, ils s’installèrent sur un banc.

— Bon, tu m’expliques ?
— Attends, je savoure mon sandwich.
— Tim abrèges.
— Ca va, ça va. On a pas bouffé un vrai truc frais depuis longtemps, et c'est pas le bout d'pain d'hier qui m'a rassasié.

Il engloutit les derniers morceaux de son repas et s’essuya les mains sur son pantalon.

— Tu te souviens de ce qu’il s’est passé hier soir ?
— Pas vraiment, admit Dave, la bouche pleine.
— Bon, j’te fais l’topo : t’as dû t’endormir, Lysiane t’a possédé, et tu m’as attaqué pendant qu’elle s’enfuyait. Du coup, ton bras, c’est moi. Désolé, hein, mais tu te débattais comme une furie, et j’ai mis perpette à trouver comment t’assommer.
— … Ah.

« C’est donc de ta faute, » signifiait son regard, agacé, alors qu’il songeait à la bosse qu’il avait sur le côté du crâne.

David ne comprenait à vrai dire pas ce qu’il s’était produit la veille. La possession de la créanne avait eu lieu au moment où il avait le moins conscience de lui-même, probablement à l’instant où il avait commencé à papillonner ; il ne se doutait pas de ce qu’il avait pu faire, et en voyant son camarade en bonne santé – malgré un bel œil au beurre noir – il se dit qu’il n’avait pas dû trop le martyriser. Donnant-donnant, comme on dit.

Cependant la nouvelle lui laissa un goût amer sur la langue ; il tenta de ne pas songer au fait qu’il aurait pu lui coller une balle dans la tête, et c’est probablement ce qu’il aurait réussi à faire s’il ne s’était pas défendu comme il l’avait fait. Il se passa une main sur le visage, las. Il n’en pouvait plus de cette mission, qui traînait en longueur et ne les avançait en rien. Il avait l’impression de perdre son temps.

— La mauvaise nouvelle, c’est que j’ai perdu la trace du squale hier soir.
— Super… et la bonne ?
— Ah, parce qu’il y a une bonne nouvelle tu crois ?

Un silence flotta.

— Je blague, le prends pas comme ça. La bonne nouvelle, c’est qu’on sait où elle va pour connaître la suite des opérations.
— Comment ?
— Après qu’on soit arrivé, j’ai placé un mouchard dans ses fringues. Mais il me faut mon portable pour le localiser.

« Utu merci, » soupira Dave. Il prit une longue inspiration, rouvrit les yeux pour fixer son camarade qui arborait un sourire malicieux. Il tenta de réfléchir à ce qu’ils allaient faire par la suite, à présent plus à même de remettre ses idées en place, maintenant qu’ils étaient hors de danger tous les deux. Il bénit surtout son partenaire pour avoir eu un tel éclair de génie.

« Enfin, hors de danger, nous verrons. »

— Bon, j’imagine qu’on a pas le choix.
— Interrogatoire musclé ?
— Ou espionnage industriel ? lui suggéra Dave.
— Oh, l’espionnage, je sais faire.

Dave acquiesça, bien conscient de ce fait. Ils discutèrent un moment de la manière la plus probante pour leur organisation. Dave rendit par ailleurs son portable à Timeo, et celui-ci lui donna le téléphone à carte prépayée qu’il lui avait acheté dans une boutique ouverte 24h/24. Et, surtout, il lui rendit son précieux pistolet, qu’il put à nouveau accrocher à son holster, sous sa veste. Ils appelèrent un taxi, qui les amena dans une ville plus enfoncée dans les terres, équipés de leurs sacs bien fournis. Le GPS de Timeo les guida jusqu’à un quartier plutôt aisé, et le petit point lumineux clignota sur l’emplacement d’une maison en bout de rue, avec un jardin élégant.
Le taxi les laissa là, et ils se postèrent à proximité. Ils sortirent des caméras qu’ils accrochèrent discrètement autour de la maison, et tentèrent de voir et entendre à l’intérieur. L’un de leurs amplificateurs parvint à capter quelques bribes à partir de la façade intérieure de la maison. Usant de ses dons de caméléon, Timeo s’approcha pour capter le plus d’informations possibles sans se faire repérer. Dave, lui, restait à une certaine distance, caché par les arbres, des jumelles entre les mains. Il suivait difficilement le fil de la conversation, trop parasité, jusqu’à ce que Timeo parvienne à trouver un angle favorable.
Ils reconnurent la voix de Lysiane, aigue et agacée.

« — Tu m’as trahie ! entendirent-ils grésiller dans leurs oreillettes. J’ai passé deux semaines interminables sur leur bateau. Pourquoi tu ne les as pas renversés, ça nous aurait évité de les avoir collés à nos basques !
— Lysiane, tu es sûre de ne pas les avoir conduits jusqu’ici ?
— Je les ai semés, aucun risque. Mais il faut qu’on parte vite. C'est des sangsues, ils nous lâcheront pas comme ça. »


Elle s’interrompit, et un silence lourd pesa.

« — Un problème ?
— J’ai cru… non, c’est pas important. Allons-y. Donne-moi le document maintenant, Jonas.
— Pour que tu t’enfuies avec ? Sûrement pas. Et jusqu’ici, il me semble avoir été le plus apte à m’en occuper.
— Suffit, tous les deux. »


Une troisième personne intervint ; une femme, à la voix grave et sombre.

« — Maître Skiter est actuellement dans le Michigan. Vous la trouverez à cette adresse, dans trois jours. Soyez à l’heure. Vous avez un avion cette après-midi. »

Ils entendirent des raclements de chaises, des bruits de pas. Timeo augmenta la sensibilité de son appareil pour mieux capter ce qu’ils disaient, jura lorsqu’il crut perdre le fil. Ils purent tout de même capter quelques bribes, plus distinctes parmi les grésillements et les silences.

« —… rtez. … là. Je m… ccupe d’eux. »

Ils se figèrent, et Timeo entreprit de reculer lentement jusqu’à la cache de son partenaire, qui utilisait déjà son pouvoir pour le rejoindre. Mais c’était sans compter sur l’une des portes arrière qui s’ouvrit à la volée, laissant apparaître un loup. Il s’élança en avant, droit sur le caméléon, qui fut tiré en arrière par Dave et balancé sans ménagement deux mètres en arrière. Le grec disparut de leur champ de vision. L’animal, lui, montra les crocs et grogna, s’apprêta à se jeter à nouveau sur eux mais fut éblouit par un violent flash lumineux, et une paire de jumelles jetée avec force lui atterrit entre les deux yeux. L’astre roula au sol, entendit un claquement de mâchoires non loin de lui, et sentit une nouvelle fois la créature tenter de s’insinuer dans son esprit. Il serra les dents, tenta de repousser les assauts de l’animal, en sentant son bras droit protester à chaque mouvement. Pourquoi c’était toujours lui la cible de ces bestioles, au juste ?

Timeo, lui, profita de l’inattention de la créature pour sortir son tazer et immobiliser la créature, qui jappa de douleur sous l’impulsion électrique. Une voiture démarra dans la rue, et bientôt, plus un bruit mis à part les grondements de la créanne. David lui colla prestement une balle dans la tête, en détournant le regard vers l’entrée du jardin.

— Ils sont partis, remarqua Timeo en se remettant difficilement sur ses jambes, un peu secoué par le choc.

Il épousseta ses vêtements, mal à l’aise, en fixant le tas de poussière formé par la créanne.

— On aurait dû la laisser vivre pour l’interroger, tu crois ?
— Elle nous aurait rien dit. À mon avis elle a plus peur de ce que pourrait lui faire l’Ancienne si elle la trahissait que de nous. On l’aide.

Timeo acquiesça avec un sourire cynique, ramassa la paire de jumelles au sol. Il fit abstraction du visage perturbé de Dave, et préféra tenter un peu d’humour :

— Bon ben… Rebelote !

En fait, ça devenait carrément moins drôle, d’un coup. Pour l'expliquer plus brièvement : ils en avaient profondément marre.

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Opération Dilmun
C'est ainsi (lol)Sic

"Il n'y a rien de plus amusant que de prendre le même avion que deux créannes Instables qui savent pertinemment que vous êtes dans le même appareil," songea Dave avec un agacement fort palpable.

Lysiane et Jonas les avaient sentis et vus, mais ils savaient tous pertinemment qu'il était inutile de tenter quoi que ce soit dans l'avion. Que ce soit d'un côté comme de l'autre. Les créannes parce qu'elles étaient clairement en désavantage, les missionnaires parce qu'il y avait beaucoup trop de monde. Trop de monde = danger, trop de monde = trop de potentiels futurs médiums. Et surtout, ils étaient dans un putain d'avion. Vous savez ce que ça fait, une baleine dans un avion ? Non ? Bah vous ne voulez pas savoir, en fait, et Dave ne voulait pas le savoir non plus, de même que Timeo. Timeo était le plus serein des deux, comme toujours ; pourtant ni l'un ni l'autre ne montraient à quel point ils se sentaient stressés. Ils surveillaient les créannes du coin de l'oeil, attendaient l'atterrissage pour leur sauter dessus et récupérer le dossier. Impossible de le faire en plein vol. L'objet tant recherché était là, à quelques mètres à peine, mais inatteignable. Lysiane leur sourit, de ses dents blanches et très droites. David préféra ne pas repenser à celles de sa seconde forme.

Après cinq heures et demi passées dans l'avion, ils entamèrent leur atterrissage. Les quatre protagonistes se tendent ; ils savaient qu'ils devraient être rapides et précis. La rapidité, c'était plutôt Dave ; la précision, plutôt Tim. L'un et l'autres se complétaient bien, mais il semblait difficile de coordonner parfaitement leurs deux actions. Ils verraient bien comment agir.

Ils descendirent de l'avion. Timeo fit mine d'aller aux toilettes pour disparaître et suivre les deux créannes alors qu'elles quittaient l'aéroport. Ils se séparèrent une fois de plus.

Pourquoi ? La réponse était très simple : les armes à feu ne passaient pas dans les avions autrement qu'en bagages en soute.

Dave attendit donc son sac, d'humeur encore plus exacréable que 24h plus tôt. Il aurait pu hurler et se mettre à donner des coups de pieds dans la putain de tapis roulant qui avançait à deux à l'heure. Et évidemment, son bagage n'était pas dans les premiers.

Lorsqu'il put le récupérer, avec tout leur matos d'espionnage, David se fit arrêter par la douane. Quelque chose clochait avec son passeport et son visa, paraissait-il. Puis ils tombèrent sur le matos d'espionnage. Puis sur son flingue.

Ils l'emmenèrent dans une salle d'interrogatoire, et il ne put sortir qu'après avoir passé trois heures à les convaincre que son port d'arme était légal, qu'il n'était pas un terroriste, seulement un touriste venu voir ses copains américains pour jouer au paintball, et que son faux passeport en était en réalité un vrai.

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Ven 18 Mar - 11:47

Opération Dilmun
Fléau de Dieu.Flagellum Dei

Épuisé. Il ne savait honnêtement pas trop comment il allait faire pour tenir le reste de la mission ; tout ce qu'il savait, c'était qu'il n'avait pas vraiment le choix, en fait. Les flics et douaniers étaient silencieux lorsqu'ils l'ont laissé sortir ; il songeait à une nouvelle astuce de son coéquipier mais ne voulait même pas le lui demander. Il fallait récupérer le dossier, foncer dans le tas, point barre.

Dave attrapa son téléphone et appela le numéro de Timeo ; sonnerie une, deux, trois fois. Il décrocha.

— Ah, c'est bon, t'es enfin libre comme un oiseau ?
— Ta gueule tu veux ?
— Ouais ouais, ma gueule, ma gueule. Ma gueule elle a demandé à la Congrégation d'appeler un de ses contacts, j'te signale. Et ma gueule s'est fait défoncer parce qu'on avait pas donné de news pendant perpette, qu'on se retrouve au Michigan alors qu'aux dernières nouvelles on était sur l'océan pacifique vers Québec. Tu vois, ma gueule, elle a pas eu tant de bol que ça. Tu savais que Michelle Obama c’était une missionnaire, toi ?

Dave se passa une main sur le visage. S'il pouvait lui épargner les remontrances... Ça l'aiderait énormément.

— Jonas et la pute ?
— Quel langage grossier. Je compatis fermement. Bref. Ils sont pas allés à l'adresse qu’on leur avait donnée, Skiter y est pas. Du coup ils se sont installés ailleurs, en attendant. Mais c’est plein de créannes dans le coin.
— Comment ça « pas là » ?
— Elle doit être en mission, ou chais pas quoi. Dans sa communauté, peut-être. Ils vont pas tarder à bouger alors bouge tes fesses vers le nord de la ville. S'ils ont une destination précise je te tiens au courant.
— Tim j'en ai marre...
— J'crois qu'on a jamais eu beaucoup de chance de récupérer ce foutu dossier.

Amertume.
Mais autant tenter, hein.


°°°


Dave était affalé comme un phoque mort sur la banquette du taxi lorsqu’il reçut de nouveaux messages. « Bouge-toi » « Je m’emmerde » « T’es où Davy ? » « Son jardin est moche srx » « Elle a vraiment des goûts de merde » « Putain les bagnoles de ouf qui passent dans la rue, c’est des riches ou quoi ? » « OMG DAVE j’viens de voir une Lambo ! » « lol » « prout » « bouge-toii » « t’arrives quand ? » « dnddskj » « oksdksqdkjn »
Et il ne lut pas la suite, plutôt agacé de la tournure des événements.

L’astre demanda au chauffeur de se garer au bout de la rue et le paya ; il rejoignit Tim au coin de la rue suivante et lui mit un coup de pied en le voyant.

— T’es relou comme mec. Arrête de me spammer, tu veux ?
— Ouais, ouais, c’est ma faute maintenant, c’est ça ? T’avais qu’à pas te faire gauler par la cellule anti-terroriste. T’es p’tetre dangereux en fait ?!
— Je ne suis pas un putain de terroriste.
— Juste un peu. Tu me terrorises, donc ça fait de toi un terroriste nan ?
— … Ta gueule, sérieux…

Un soupir. Ils s’appuyèrent contre un muret et se regardèrent.

— Et maintenant quoi, on attend ? râla Dave.
— J’en sais rien. J’t’avoue que si on avait eu un charmeur, ça aurait été plus simple d’obtenir des infos des voisins, mais j’ai peur qu’ils nous vendent.

Soupir bis.

— On pourrait essayer de rentrer dans le bâtiment et récupérer le dossier comme ça…
— Rentrer là-dedans ? T’as un grain ou quoi ? s’énerva Timeo. J'sais pas combien ils sont, mais ça, ça craint !
— On est venus jusqu’ici, on va pas laisser tomber maintenant !
— La Congré m’a dit de faire demi-tour si les choses s’enveniment ou deviennent dangereuses. Je crois que c’est le moment où ça commence à puer.

Soupir ter.

— Sinon on peut toujours essayer d’intercepter le dossier lors de l’échange, mais…

Nouveau regard.

— Avec Skiter ?
— Non, probablement un de ses sous-fifres… Elle est pas dans le coin en ce moment, mais… Enfin, ils veulent pas remettre le dossier autrement qu'en main propre, tu vois. Il reste encore à les suivre, trouver un moment… Mais ils commencent à être nombreux. J’ai un peu peur de ce que ça va donner.

Dave fit la moue et réfléchit.

— Ça devient pénible. Suffit que Jonas se transforme et on est morts.
— Ouais ben j’doute qu’il soit assez stupide pour ça…

Attente.

— Si je courrais…
— Ouais, tu te ferais bouffer.
— Je pourrais les attirer dehors pendant que tu rentres…

Silence.

— J’aime pas l’idée.
— T'as pas vraiment le choix, tu sais. C'est moi qui dirige la mission.
— Hé !... Mais je suis pas d'accord !
— Mais si, mais si…
— Mais non !
— Mais si.

Presque un suicide. Dave aimait bien.



HRP : Je sais vraiment pas comment je vais réussir à finir cette mission putain aidez-moi xDD Je suis désolée je fais n'importe quoi... xD

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Mer 22 Juin - 20:01

Opération Dilmun
Agir ou mourir ; par ce signe tu vaincras...Aut agere aut mori ; in hoc signo vinces

La préparation fut un poil plus longue que prévue. Ils s’étaient planqués dans la voiture louée par Timeo lors de la garde-à-vue de Dave, et en avaient profité pour lorgner le plus souvent possible en direction du bâtiment. Pendant que l’un surveillait, l’autre avait dû acheter quelques babioles de plus ; rien de faramineux, juste de quoi bricoler un petit coup. Concentrés sur leurs tâches, ils mettaient leurs talents à l’épreuve pour fabriquer leur bijou, à la fois souvenirs de leurs anciennes professions et légères améliorations. La précision de Tim les arrangeait bien ; Dave allait trop vite, tremblait à cause de la fatigue de ses muscles, et ils n’avaient aucune envie de voir leur véhicule exploser bêtement de cette manière parce qu’ils auraient fait une mauvaise manipulation.

Un large sourire se glissa sur les lèvres de David lorsqu’il entrevit les petites machines montées correctement. Il releva les yeux vers Timeo et attrapa son matériel. Le caméléon semblait beaucoup plus emballé par leur plan depuis quelques dizaines de minutes.

— Bon, faut neutraliser leur système électronique. Ce sera le plus simple pour commencer, j’ai pas envie que l’alarme se déclenche.
— Il faut les brouilleurs, assura Timeo, avec la force de l’habitude. On doit les disposer tout autour de la maison, ça brouillera les signaux. Je garantis pas qu’ils puissent appeler personne, mais ça les bloquera pendant quelques minutes. Le fixe sera inactif avec la coupure d’électricité, donc ils essaieront probablement d’appeler avec leurs portables.

Dave acquiesça. Il sortit de la voiture et aperçut le regard de Tim.

— Faut se dépêcher de tout placer. J’peux m’occuper de la partie arrière-droite, toi de la partie avant-gauche ; y a un moyen d’accéder à la cave par l’arrière, donc j’vais passer par-là et m’occuper du générateur. Faut juste prier pour qu’ils remarquent rien.
— J’attends ton message pour activer les brouilleurs.

Tim n’ajouta rien mais hocha la tête à son tour. Il le suivit à l’extérieur et activa son pouvoir avant de se rapprocher à nouveau de la maison, où aucun mouvement ne s’était fait voir depuis des lustres. Dave lui laissa quelques minutes d’avance avant de courir vers la maison. Il plaça les brouilleurs et les autres boîtiers, tous du même côté de la maison, et entendit son oreillette grésiller.

— Dave ? J’y suis presque. J’ai ouvert la cave, je descends.
— N’oublie pas de sortir ton flingue, argumenta Dave avant de retourner se planquer du côté de la voiture.
— J’oublie pas.

Il activa les brouilleurs à distance, qui coupèrent toute communication entre les deux missionnaires, mais aussi entre les créannes et le monde extérieur. Le blond lorgna sur la montre à son poignet. Quinze secondes. Il espéra que Tim avait bien chronométré son coup, sinon il était dans la merde. Cinq secondes. Il en profita pour mettre son foulard et ses goggles. Fallait qu’ils les bloquent à l’intérieur et qu’ils ressortent rapidos.

Plusieurs driiiiiing de vieux réveil retentirent du côté gauche de la maison, avant qu’une déflagration ne vienne l’exploser. Le bois vola dans les airs et, comme il n’entendait pas le cri strident d’une alarme, il comprit que Timeo s’était déjà débarrassé du disjoncteur et que les brouilleurs avaient fait effet. Un lourd soupir ; Dave se remit sur ses jambes aussitôt et constata que les flammes commençaient à ravager l’entrée. Ils devraient donc sortir par l’arrière, mais Timeo avait bloqué la porte ; parfait. Il sortit son flingue et accrocha son sac avec le reste de leur matos. La deuxième salve de bombes n’allait pas tarder à exploser ; moins d’une dizaine de minutes. Les créannes devaient pas vraiment comprendre leur vie ; il espérait qu’elles soient suffisamment sonnées pour réagir de manière confuse, au moins le temps qu’ils entrent et ressortent avec le document.

Dave attrapa le pied de biche qu’il avait acheté un peu plus tôt et courut jusqu’à la baraque. Il brisa les fenêtres qu’il trouvait et lança ses balles de ping-pong entourées d’alu qu’il alluma au préalable ; elles ne tardèrent pas à enfumer chacune des pièces dans lesquelles elles furent balancées. Il brisa un peu plus l’une des vitres et entra dans la baraque ; au loin, il pouvait entendre des sirènes de pompier qui commençaient à retentir. Les voisins ?

Il jura entre ses dents et tâcha de se frayer un chemin dans le petit bureau enfumé. Il sentait les créannes dans la maison, près de la porte du salon. Sans attendre, il sortit son flingue de son holster et s’avança, concentré, vers leurs ennemis. Il allait tourner à un angle lorsqu’un pied atterrit violemment contre sa joue. Projeté contre le mur, il tâcha de se remettre en position défensive pour intercepter les prochains coups. La créanne tentait déjà de s’insinuer dans son esprit, mais Dave profita de la proximité pour lancer une succession de flashs lumineux qui éblouirent son adversaire. Elle perdit de sa concentration ; elle ne devait pas être Ancienne, pas elle, sinon il aurait eu bien plus de difficulté à la repousser. Il activa ses pouvoirs et lui rentra dedans de plein fouet ; le souffle coupé, elle s’écrasa contre le mur d’en face et il lui colla une balle dans le ventre. Il courut jusque dans le salon, où Timeo se tenait, debout, le regard vide à travers ses lunettes. Il leva la tête vers lui en même temps que son arme ; Dave courut à droite, à gauche, sentit une douleur fulgurante dans son mollet, puis lui décocha un coup de poing en plein visage. Il tira plusieurs coups de feu dans la fenêtre la plus proche, termina de la casser avec des coups de pieds, et balança Timeo hors de la maison en jurant entre ses dents. Il s’écrasa sur le sol et se redressa, hagard mais pas encore tout à fait sur ses gardes.

— Réveille-toi !

Dave sortit de la maison à son tour en sautant par la fenêtre, fit une roulade et écrasa la main de Timeo au passage lorsqu’il vit qu’il voulait à nouveau reprendre son pistolet en main.

— Reprends tes esprits, Tim !

L’astre leva les yeux en voyant le camion de pompier se garer. Les autres créannes n’étaient pas encore sortie ; où est-ce qu’elles étaient ? En entendant un bruit de moteur du côté du garage, il ne tarda pas à comprendre. Il jura encore une fois, courut jusqu’au niveau des pompiers qui commençaient à asperger la baraque d’eau. L’un des mecs se dirigeait vers eux lorsqu’il s’élança ; Dave entra en collision avec lui de plein fouet et balança l’arme de Timeo dans son sac. Le pompier fut projeté en arrière et mit quelques secondes à se relever, le temps que Dave arrive près de son coéquipier. Il lui sauta directement dessus pour le faire rouler à terre et lui chiper la lance à incendie d’entre les mains. La voiture commençait déjà à sortir.

— Sécurité nationale ! lança Dave dans une parfaite imitation de l’accent de la Côte Est. Il faut les empêcher de partir !

Le pompier le regarda sans comprendre, lorgna vers Timeo qui se relevait. Sans attendre, Dave actionna la lance à incendie qu’il dirigea tout droit vers la voiture, et espéra réussir à noyer le moteur. C’était sans compter sur l’une des anciennes, tapies dans l’ombre d’un garage, qui continuait encore à posséder Timeo ; lorsqu’elle laissa son esprit quitter le sien, le grec s’effondra simplement sur le sol et ne bougea plus. La poitrine compressée, Dave vit le pompier se tordre de douleur à côté de lui, avant qu’il ne le plaque contre la paroi du véhicule pour le retenir. Bloqué et incapable de bouger, il sentit les doigts du civil se resserrer autour de sa gorge, sans qu’il ne parvienne à l’en empêcher. Il ne pouvait pas lui tirer dessus, il se le refusait. Des points noirs dansèrent devant ses yeux et il perdit conscience un instant.

Durant ce laps de temps, la créanne monta dans la voiture et celle-ci disparut. Au bout d’un certain temps, le pompier sembla relâcher sa prise ; exténué, il mit les genoux à terre, comme pour reprendre son souffle. Dave, lui, atterrit fesses au sol, pantelant ; il reprit son souffle comme un noyé, continuant à serrer la manche de l’autre de sa main libre. Sa poitrine lui faisait mal ; il toussa, manqua de s’étouffer lui-même.

L’autre pompier s’approchait déjà pour venir retenir Dave à son tour – du moins, c’est ce qu’il pensa en le voyant venir – et il ne tarda pas à le pointer de son arme. L’homme recula d’un pas en levant les mains. Un moment passa, durant lequel Dave reprit son souffle.

— Je ne tirerai pas, croassa Dave. Ces gens sont des criminels, il faut les arrêter. Laisse-moi passer. Si j’avais voulu vous faire du mal je l’aurais fait.

Il s’écarta et préféra aller s’occuper de son coéquipier, tout comme Dave tentait de se diriger vers le sien en chancelant ; il flasha jusqu’à lui, attendit quelques secondes le temps que son corps s’en remette et vérifia son pouls. Il était vivant, mais devait être assez secoué. Il le souleva difficilement pour le mettre sur son dos.

— Tim, allez, réveille-toi, grogna-t-il sous l’effort. On va les perdre.

Ils les avaient déjà perdu, en réalité. Pas comme s’il espérait avoir la moindre chance contre plusieurs créannes toutes Instables au minimum, plus un ou deux anciennes... Il chancela en sentant sa jambe céder sous son poids – jambe sans doute touchée par une balle perdue, il n’avait pas vérifié, pas encore, mais la douleur l’informait assez bien sur ce fait. Il fallait qu’ils partent avant que la police n’arrive… Et elle n’allait pas tarder à le faire, c’était certain. Il souffla lourdement, prit sur lui et traîna à moitié Timeo jusqu’à la voiture. Il le laissa choir sur la banquette arrière et s’appuya contre la carrosserie. Le deuxième pompier, celui qui ne s’était pas fait posséder, s’approcha pour l’aider à le placer correctement sur la banquette.

— Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais je n’ai rien vu, assura-t-il à Dave, hésitant malgré tout.

Dave acquiesça, reconnaissant, et balança son sac sur le sol de la voiture. Puis, il entendit le tic-tac.
Tic-tac. Tic-tac. Tic-ta—

— OH PUTAIN LES SALOPES.

Dave fouilla intensivement dans le sac à dos de Tim et en sortit une de leurs bombes artisanales, replacées là par l’une des créannes. Il la lança vers la maison. Quelques secondes plus tard, elle explosa en même temps que la deuxième salve.

Ils se baissèrent pour éviter les débris et Dave et le pompier échangèrent un regard.

— J’suis désolé. Vous direz que je vous ai agressé.

Et il lui colla son coude dans le nez. Après avoir poussé le corps sur le côté, il remonta dans la voiture et appuya sur le champignon pour éviter les voitures de police. Un rire nerveux le secoua tout entier. Là, c’est clair, ils allaient se faire arrêter pour terrorisme.

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Dave
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David Williams

Personnage...
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Dieu: Utu
Age: 27
Ven 24 Juin - 16:22

Opération Dilmun
Je n'existais pas, j'ai existé, je n'existe plus, cela m'est indifférent.Non fui, fui, non sum, non curo

David avait roulé un moment pour s’éloigner le plus possible du lieu de l’action. Il avait tenté de retrouver la trace de la voiture des créannes, mais sans succès ; contrit, il appela la Congrégation durant le chemin pour tenter de voir leurs options. Le message était clair : s’éloigner un peu de la ville et se faire oublier pendant un certain temps. L’administration déplorait la perte du document, mais malheureusement, rien d’autre ne pouvait être fait dans l’immédiat, et surtout pas par deux prêtres-rois blessés comme ils l’étaient. Au moins savaient-ils où le dossier se trouvait : entre les mains de l’Ancienne Skiter.

Pour être tout à fait honnête, ils ne connaissaient pas encore les conséquences de leur échec, mais David avait du mal à l’accepter. Ils avaient couru trois semaines après ce document et maintenant quoi, il fallait le laisser s’échapper ? S’il était en colère, il l’était d’autant plus de n’avoir pas accepté de faire demi-tour tant qu’il le pouvait encore.

Timeo, à l’arrière de la voiture, s’était réveillé l’une ou l’autre fois et baragouinait des propos insensés et délirants. Mort d’inquiétude, Dave s’arrêta une fois à une station-service pour se décrasser, puis acheter un peu d’eau et de quoi lui tamponner un peu le visage. Il l’aurait bien envoyé à l’hôpital pour voir s’il n’était pas blessé quelque part, mais il craignait plus que tout qu’il ne se fasse interner en psychiatrie et qu’ils ne se fassent tous deux repérer. Les pompiers n’avaient pas l’air d’avoir donné leur signalement – enfin, le pompier, devrait-on dire ; le seconde avait tant été malmené psychologiquement par la créanne qu’il doutait qu’il puisse dire quoi que ce soit de cohérent à la police. Arrivé un peu plus haut, toujours du côté des grands-lacs, Dave prit une réservation dans une petite auberge, avant d’aller chercher son ami. Il tenta de le faire entrer discrètement dans sa chambre, ce qui ne fut au final pas si compliqué puisque toutes les piaules donnaient sur l’extérieur.

Il installa son coéquipier sur le lit et entreprit de voir s’il n’avait rien de cassé ; lui-même avait la jambe légèrement ouverte à cause de la balle qui l’avait effleurée, mais elle s’était arrêtée de saigner depuis un moment. Les antidouleurs qu’il avait ingérés avaient suffi à lui faire oublier sa blessure durant un temps, mais maintenant, il n’avait qu’une envie : celle de se laisser tomber sur le lit, s’enrouler dans sa couette et dormir jusqu’au lendemain. Ou le surlendemain. Enfin, longtemps, quoi.

Il se soigna sommairement en désinfectant ses coupures et plaies, fit de même chez Timeo – en espérant qu’il ne se réveille pas, parce qu’il n’avait pas franchement envie de devoir justifier pourquoi il l’avait foutu à poil pour soigner une coupure au cul, qu’il s’était faite lorsque Dave l’avait jeté par la fenêtre — puis tenta de faire quelques sutures en serrant les dents. Il aurait préféré que quelqu’un d’un peu plus doué que lui s’en charge, mais en attendant, il ne pouvait décemment pas se diriger jusqu’à un hosto.

Puis il attendit. Il prit un petit-déjeuner, secoua Tim pour le réveiller et essayer de le faire manger un peu. Le caméléon se réveilla plusieurs fois ce jour-là ; entre temps, Dave en profitait pour faire des siestes, et se réveillait dès qu’il baragouinait des stupidités. Le soir, il semblait déjà plus en forme, ou du moins plus lucide. La possession n’avait pas duré trop longtemps, et même s’il s’était fait mentalement tabasser et qu’il risquait de garder des séquelles, il avait l’air de s’en remettre. Le problème était surtout sa difficulté à reprendre totalement contact avec la réalité.

Dave connaissait ça. Il lui laissait le temps, sans le brusquer, le forçait simplement à manger pour reprendre des forces et boire pour ne pas se déshydrater.


— T’as un bleu, lâcha Timeo au bout d’un moment passé à fixer son visage.

Il désigna sa mâchoire et Dave eut un sourire crispé.

— J’me suis pris un pied dans la gueule.

Tim acquiesça, l’air songeur, et fixa par la fenêtre.

— Tim, tu devrais dormir.
— J’ai l’impression de déjà être en train d’le faire… souffla-t-il après une longue pause.
— Nan, t’es juste en train de mater dans le vide, râla Dave en se levant pour fermer les rideaux.

Tim eut une moue boudeuse et s’enroula dans les couvertures. Dave, lui, se laissa tomber à côté de lui, par-dessus celles-ci, pour s’octroyer un petit temps de repos à son tour.


Une semaine avait passé. Les blessures avaient bien commencé leur processus de cicatrisation, qu’elles soient physiques ou mentales. Timeo retrouvait un semblant de réactivité, malgré quelques absences que Dave imputait toujours à sa possession. Bilan : un mois d’absence, des contusions, des sutures au bras et à la jambe et un dossier de perdu dans la nature. Malgré tout, ils avaient pu se reposer, un peu à l’écart de la population et auprès des autres clients de l’hôtel.

Dave ne voulait pas rentrer, mais leur avion décollerait dans la soirée. Le temps de faire le trajet jusqu’à l’aéroport le plus proche, il fallait qu’ils partent en début d’après-midi. Tim roula des yeux en voyant la brunette, avec qui Dave avait passé une partie du séjour près du lac, insister lourdement sur le fait qu’elle voulait qu’il l’appelle dès qu’il remettrait les pieds sur le sol américain. Puis, elle lui décocha un baiser et s’enfuit jusque vers ses amis en les regardant partir.

— Ça va, posé…
— T’es jaloux parce que t’as chopé personne ?
— Elles ont presque dix ans de moins qu’moi Dave, c’est dégueulasse.
— Fallait pas être si vieux, argumenta David avant de se prendre un coup de la part de son coéquipier.

Ils se mirent en route et prirent l’avion. Après une escale et d’interminables heures passées dans l’appareil, ils arrivèrent en vue de Stockholm, des cernes sous les yeux et avec l’air d’avoir fait la guerre du Vietnam – pour des prunes, au final, fallait bien le rappeler, quand même. L’échec, vous savez ?

L'ambiance était morose. Ils allaient se faire engueuler, et en plus ils retournaient à leur petite vie bien merdique à la Congrégation. Que du bonheur. La joie. Ils voulaient honnêtement pas y penser.

— Bon, maintenant, faut faire ce foutu rapport de mission…
— Ouais, nan, pas tout de suite.
— Hm ?
— Bière ?
— Oh. Ouais. Bière.




HRP : petite larme et danse de la joie : J'AI FINI
ENFIN
JE N'Y CROYAIS PLUS
*se roule par-terre*
pardon pour le bordel, le retard, tout ça tout ça ; c'était de la merde omg xD (vous êtes masos d'avoir lu ça)(srsly)
<3

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