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Lune d'argent au pied du ciel. || Azur ♥
Nao
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Nao

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Jeu 31 Déc - 10:49

Parfois, j'ai besoin de sortir de la Congrégation pour me détendre un peu. Ce n'est pas que je n'apprécie pas la compagnie humaine, mais j'ai besoin de mes petits moments de solitude pour pouvoir me sentir plus... serein, par la suite. La trop forte concentration de missionnaires autour de moi est assez stressante, surtout en période de pleine lune. Je ne sais pas ce qu'ils ont, mais je les sens plus agacés, plus nerveux... et moi aussi, au final, ça me rend plus fébrile. Sans doute parce que je suis relié au dieu de la lune, je ne sais pas bien ; dans tous les cas, je n'aime pas trop ces périodes, et j'aime mieux les passer loin de ce rassemblement de serviteurs des dieux.

C'est donc dans une nuit illuminée par une lune ronde et pleine que je m'envole en direction de la forêt, pour me blottir parmi les arbres, à la recherche d'un peu de quiétude. Pas le moindre bruit ; même les animaux nocturnes se font rares maintenant que la neige a tout recouvert. Nous fêtons aujourd'hui Noël, et nous entrerons d'ici une petite semaine dans une nouvelle année. Un an de plus. Combien d'années ai-je passé à errer sur cette terre depuis que j'existe ? Deux cent quarante ans à peu près, maintenant, je crois... C'est tellement long, quand on y pense, tout ce temps passé à ne rien faire, attendre... Certes j'ai accumulé des savoirs, un peu, mais qu'est-ce que j'ai fait d'autre ? Pas grand-chose, quand on y repense bien.

Perché sur ma branche, je contemple l'immensité de la nuit, blanche et argent sous les rayons lunaires... Peu de bruit me parvient ; le vent dans les branches, son sifflement douloureux et lancinant. Je frissonne et ébouriffe mes plumes en rentrant ma tête dans mon cou. Mon hululement perce le silence. Puis je me stoppe. Plus aucun mouvement. Une aura de créanne, pas très loin. Elle ne me semble pas être plus faible que moi ; je me mets sur mes gardes, reste campé sur ma branche. Mes serres se resserrent autour, arrachant quelques morceaux d'écorce. Puis je décolle, d'un vol silencieux et planant. Essayer de repérer cette aura. Se poster non loin d'elle, sur une branche, et attendre. Elle aussi est dans les airs...

C'est un rapace, à peu près aussi grand que moi. En me concentrant, je distingue la forme d'un faucon. Je le regarde, sans bouger, sans effectuer de geste agressif, désireux de découvrir avant tout s'il est un ami ou un ennemi. Pourtant, je me place de telle manière qu'il comprenne que je serai prêt à m'envoler sitôt qu'il s'approcherait, et pas simplement pour fuir. Ma position, mes plumes qui se dressent sur mes ailes et mon poitrail ne trompent pas.

"Qu'est-ce que tu fais là ?"

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Leaf
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Lun 4 Jan - 22:40

* * Azur * *

Le flamboyant et lumineux Soleil avait disparu derrière les collines depuis plusieurs heures. Enfin, flamboyant et lumineux, plus tant que ça depuis ces derniers mois. Eh bien cher Utu ? Où est donc passée ta splendeur d’antan ? Tu étais bien plus lumineux, autrefois. Ainsi tu laisses donc Nanna jeter de sa poussière sur ta lumière. Si tu n’avais disparu quasiment immédiatement, je t’aurais peut-être même suivi dès ma naissance. Si tu avais daigné m’accorder un peu d’attention. Pourquoi êtes-vous tous si indifférents envers vos créannes ? Je ne l’ai jamais compris.

Résultat, je fuyais quelque peu mon créateur. Non pas que je me privasse d’une quelconque manière de m’exposer au soleil, au contraire cela m’était plutôt agréable, cependant je ne cherchais pas à montrer mon amour indéniable pour la chaleur de cet astre à Utu, question de fierté peut-être, bien que quelque peu puérile ici.

Je plane, juste au-dessus des arbres, les prunelles fixées sur l’astre lunaire. Soirée de pleine Lune. Soirée de Noël, aussi. Cette fête où les enfants attendaient avec impatience qu’un homme barbu aux cheveux blancs et au sourire bienveillant vienne leur apporter des cadeaux au pied d’un sapin décoré de mille et une couleurs.

Un doux son perçant le silence me fait baisser la tête vers les arbres. Un hululement.

Mais ce n’est pas cela qui me pousse à perdre de l’altitude et à revenir voler entre les branches. C’est cette aura, familière mais inconnue à la fois. Une créanne.

Je me pose sur une branche, replie mes ailes. Je fixe d’un œil curieux la chouette en face de moi, ses grands yeux sombres, le joli dégradé de ses plumes. Plumes ébouriffées assez agressivement d’ailleurs. Allons, je ne te ferai pas de mal…

Si je me fie à son aura, cette créanne n’est certainement pas d’un niveau inférieur à moi. Eh bien, moi qui aie l’habitude des Aspirantes, je croise toujours beaucoup plus de créannes puissantes aux alentours de Stockholm… c’est intéressant, je l’avoue.

J’incline légèrement la tête, cherchant à lui montrer que je ne lui voulais pas de mal.

« Qui es-tu ? »

Dans ses yeux flotte une question également. Elle se comprend dans son expression. Que fais-je donc ici ? Ah. Pas grand-chose d’intéressant. Que dirais-tu, petite chouette, si je te répondais « rien » ?

Hm. Mon petit Leaf n’est pas là pour jouer les traducteurs d’oiseau à oiseau. Je n’ai pas bien le choix, je suppose ? Je pourrais bien sûr entrer dans son esprit pour communiquer avec elle, mais vu la méfiance que manifeste cette créanne ce ne serait pas une très bonne idée. J’avise la solidité de la branche, puis reprends forme humaine. Je me retrouve donc assise sur la branche, mes pieds nus se balançant dans le vide, mon habituelle robe bleue flottant sous l’effet de la légère brise. Je frissonne, peu habituée au froid soudain. Je prends néanmoins la parole, d’une voix que je voulais assurée mais qui se voit être légèrement tremblante :

N’aie crainte, jeune créanne. Je me prénomme Azur.

« Jeune créanne ». Travaillant toujours avec des créannes âgées d’au plus deux ou trois ans, j’avais pris l’habitude d’employer cet adjectif, mais au fond je ne connais pas son âge. Peut-être était-ce une habitude que je devrais perdre…

Et toi, qui es-tu ?

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Nao
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Mer 6 Jan - 11:58

La méfiance. C'est un sentiment que je connais bien, et qui m'accompagne tout du long de ma vie depuis deux cent ans ; elle m'a maintenu en vie autant que faire se peut, et s'il y a bien une chose dont je ne me débarrasserai pas, c'est celle-ci. Je détaille la créature face à moi, quelques mètres plus loin, et garde ma position de défi. Il y a plusieurs mois, je me serais contenté de l'observer de loin, de fuir éventuellement, dans l'attente grandissante qu'elle s'en aille ou m'attaque ; mais pourquoi se faire passer pour un faible, lorsqu'on peut faussement se faire passer pour quelqu'un de plus fort qu'on ne l'est ? Cela évite bien des désagréments.

Jouons à qui détournera le regard le premier. Peut-être suis-je un peu excité par la lune pleine qui englobe le ciel, je ne sais pas. Mais je n'ai pas envie de me calfeutrer dans ma chambre en attendant que le temps passe. J'ai besoin de vivre.

Il y a un instant de flottement durant lequel l'oiseau me fixe, sans bouger ; puis il se transforme et prend une apparence humaine. C'est une femme tout ce qu'il y a de plus ordinaire ; un visage fin et des yeux sombres, ainsi que des cheveux d'une étrange couleur argent dans la lumière de la lune.

Mes plumes se remettent en place, bien plaquées contre mon corps, alors que je replie mes ailes. Un rire m'échappe ; un rire qui ne ressemble en réalité qu'à un léger cri sous ma forme animale. Un instant, je cherche une branche sur laquelle me poster, puis je reprends forme humaine à mon tour, debout sur la branche. Hm. Erreur de calcul. Précautionneusement, comme un funambule, je me déplace et m'installe contre le tronc, les yeux posés sur la créanne. Un sourire en coin flotte sur mes lèvres, doucement amusé. Toute tension dans mon corps s'est envolée - silencieuse comme le vol d'une chouette. "Jeune créanne" ? Pour quoi me prend-elle, au juste... Un enfant ?

— Eh bien... Je crois qu'on ne m'a jamais appelé de cette manière. Tu dois être bien vieille pour penser que je suis si jeune...

Je ramène mes longues jambes près de moi pour me mettre en tailleur. Mon équilibre est un peu précaire, mais je sais que si je tombe, je pourrai me transformer pour me rattraper. La chute sera moins rude.

— Il n'y a pas de crainte, seulement de la méfiance, je continue d'une voix douce. Pardon pour mon comportement de tout à l'heure, je ne voulais pas être impoli. Mais la plupart des créannes que je rencontre n'ont pas ta décence, je préfère me prémunir.

Celle de se présenter, j'entends.

— Je m'appelle Nao. Tu profitais de la vue ? l'interrogé-je alors en levant le nez vers la lune.

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Leaf
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Jeu 7 Jan - 21:25

* * Azur * *

Il remet ses plumes en place, probablement plus à l’aise.

Puis il reprend sa forme humaine. Un gracieux garçon, grand et fin, aux traits asiatiques. La clarté de la Lune camouflée par les feuilles n’était pas suffisante pour me permettre de déterminer la couleur de ses cheveux, mais elle m’apparaissait plutôt sombre.

Il s’appuie contre le tronc, probablement pour assurer son équilibre. Oh bien sûr, ce n’est pas une chute qui nous ferait peur, à nous créannes à plumes, mais c’était tout de même gênant de tomber, il fallait l’avouer.

Disons que c’est une habitude, comme un tic de langage.

Un sourire étire doucement mes lèvres. Moi, vieille ?

Tout dépend quelle est ta définition de vieillesse. Un peu plus de deux-cents ans, je suppose que ça commence à faire…

Mes pensées se perdent un instant vers la période de ma naissance. 1789, Révolution française. Je ne me souviens pas beaucoup de cette période –il ne faut pas croire, nous créannes avons beau vivre très longtemps, notre mémoire n’est pas infaillible…-, mais les premiers mois de mon existence avaient été assez compliqués. Je me souviens d’un visage souriant et lumineux, quoique vaguement inquiet, qui laissera son nom à jamais gravé dans mon esprit ; Utu. Je crois que ça avait été ma seule source de lumière pendant des mois. Je crois que j’espérais encore beaucoup de sa part, il avait été mon créateur après tout, au début cela me semblait logique qu’il s’intéresse un peu à moi. Mais je ne l’ai plus jamais revu. Puis j’ai rencontré mon maître. Dès lors que je savais ce que je devais faire, tout avait été beaucoup plus clair, je savais pourquoi j’étais là.

Je reporte mon attention sur le garçon face à moi.

Oh, je comprends. C’est de l’instinct, nous ne pouvons guère aller à l’encontre de ce dernier. Surtout aux alentours de Stockholm, nous devons nous montrer plus prudents qu’ailleurs, n’est-ce pas ?

Je lève les yeux vers le ciel étoilé.

Cependant je fais confiance aux créannes. Nous nous comprenons, mieux que n’importe qui d’autre.

Il se présente ensuite. Nao. C’est joli, Nao.

— Tu profitais de la vue ?

Je baisse le regard vers Nao, qui lui avait levé le sien vers la Lune.

Disons que je vis dans la forêt. Je n’aime pas beaucoup les villes, particulièrement Stockholm à dire vrai, je m’y sens difficilement en sécurité. Il y a une grosse concentration en missionnaires, ici.

Il devrait me comprendre, je pense. Les créannes et les missionnaires sont des ennemis naturels, n’est-ce pas ? En fait, cela faisait longtemps que je n’avais pas eu à me battre seule à seul face à l’un d’entre eux, peut-être une cinquantaine d’années. Un Emissaire de Nin Hursag, il était puissant… j’avais été contrainte de battre en retraite. Les Emissaires sont trop puissants pour moi…

Et toi, cher Nao ? Tu ne fêtes pas Noël ?

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Ven 15 Jan - 17:09

L'ambiance s'est faite bien plus agréable depuis qu'elle s'est transformée. Peut-être que ce n'est qu'une impression, mais je me sens mieux maintenant. Sans doute devrais-je arrêter de m'en faire dès que j'aperçois l'ombre d'une créanne ; mais une instable en ces lieux ne me semblait pas être d'une habitude essentielle. On voit qu'elle a l'habitude de parler ; elle est sereine et respire la douceur. Si elle me parle de tic de langage, en me prenant d'office pour une créanne plus jeune qu'elle... Certainement est-ce parce qu'elle côtoie des créannes de cet acabit, en général. Ma tête s'incline légèrement sur le côté alors que je la détaille, malgré la pénombre. Mes yeux ne sont pas aussi perçants que lorsque je suis sous ma forme animale, mais j'ai gardé de bons réflexes de toutes ces années passées dans la forêt. Il faut dire que mes sens sont bien les seules choses aiguisées, chez moi ; contrairement à l'intelligence, qui n'est pas forcément des plus vives.

Un sourire amusé.

— Dans ce cas, tu es à peu près aussi vieille que moi. Peut-être même plus jeune, qui sait ? C'est un tic que tu devrais sans doute perdre, d'autres que moi se seraient sans doute vexés, je ris légèrement dans la nuit.

Deux siècles et demi, c'est beaucoup. On apprend beaucoup, pendant ce temps ; sur nous et sur les autres, sur la nature, sur comment les choses se produisent. Je ne suis pas issu d'une émotion lumineuse et belle ; mais au contraire de quelque chose de terne et de froid, comme cette Sibérie où j'ai été jeté. Il a fallu en apprendre, des choses... En accepter, aussi. Ces souvenirs me travaillent un peu ; sans doute n'aurais-je pu évoluer de cette manière sans Huan. J'aurais sûrement été une mauvaise créanne, le genre de créature qui n'en a rien à faire de blesser les gens autour de lui. Quelqu'un qui ne sert que ses propres intérêts. N'est-ce pas un peu comme cela que j'étais, fut un temps ...? Haaa... Je ne sais pas bien, au final. Je n'étais qu'une chouette...

Perdu dans mes pensées, je baisse à nouveau les yeux vers la créanne face à moi. Être prudent, surtout lorsqu'on est dans les environs de Stockholm... Sûrement, oui. Pas qu'autour de Stockholm, par ailleurs. Mais ces derniers temps, il y a beaucoup d'agitation dans les parages. Raison de plus pour être prudent.

— Il ne s'agit pas que d'elles, mais surtout de surveiller tout ce qu'il se produit... Plus il y aura de créannes autour de la Congrégation, plus nous pourrons nous inquiéter.

Ou au contraire nous réjouir. Je ne sais pas vraiment quoi en penser. S'il y a des créannes qui s'agglutinent dans le coin, même si c'est de manière inconsciente, c'est qu'elles ressentent quelque chose... Quand bien même nous leur ferions confiance.

— J'ai pour habitude de ne pas faire confiance trop rapidement, rajouté-je avant qu'elle ne puisse me répondre. La compréhension n'annihile en rien la méfiance que je leur porte.

Jolie manière de dire que j'ai beau discuter calmement avec elle, ce n'est pas pour autant que je ne suis pas sur mes gardes. Sans doute suis-je trop méfiant... Mais est-ce réellement un mal ? Honnêtement...

Un sourire, une nouvelle fois. La vieille créanne reprend la parole, me répond calmement. Ses mots reflètent une partie de mon propre sentiment, aussi me contenté-je d'acquiescer.

— Noël... C'est une invention très humaine, lâché-je simplement. Je ne suis pas très à l'aise avec toutes ces effusions d'affection et de bons sentiments forcés. J'ai passé les derniers jours avec quelques personnes que j'apprécie ; pour moi, c'est suffisant. Et la pleine lune n'appelle pas vraiment à rester enfermé dans un bâtiment surchauffé. Ni même à entonner des chants de Noël. La neige est belle... Froide, mais belle. C'est suffisant à mes yeux. Je préfère aussi rester ici.

Mes yeux se ferment et je frissonne en sentant le froid mordre ma peau malgré ma veste. En les rouvrant, je me rends compte qu'elle doit avoir encore plus froid que moi, dans sa petite robe. Aussi j'enlève mon écharpe et lâche :

— Attends, ne bouge pas.

Puis me transforme, attrape le morceau de laine dans mes serres et m'envole jusqu'à elle. Je laisse tomber l'écharpe sur ses genoux, avant d'aller me percher sur une branche plus basse, suffisamment solide pour supporter mon poids. La sienne aurait craqué si je m'étais transformé dessus, du moins je crois. Une nouvelle transformation, alors que je suis debout sur ma branche. Je reprends un appui contre le tronc.

— Je sais qu'on n'attrape pas vraiment le rhume, mais pour avoir vécu en Russie, je sais que le froid n'est pas des plus agréable. Tu devrais te couvrir.

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Mar 26 Jan - 21:34

* * Azur * *

Allons donc, une créanne aussi âgée que moi. En effet, je n’y suis pas habituée.

Oui, je devrais perdre cette habitude. Peut-être es-tu en effet plus vieux que moi, auquel cas navrée de t’avoir, peut-être, manqué de respect.

La conversation dévie vers les créannes.

— Il ne s'agit pas que d'elles, mais surtout de surveiller tout ce qu'il se produit... Plus il y aura de créannes autour de la Congrégation, plus nous pourrons nous inquiéter. J'ai pour habitude de ne pas faire confiance trop rapidement. La compréhension n'annihile en rien la méfiance que je leur porte.

Tiens, je ne suis guère habituée à rencontrer un individu possédant ce genre d’avis. Les créannes sont naturellement nos alliées, alors si nous ne leur faisons pas confiance, à qui le pouvons-nous ?

Je penche la tête sur le côté, un mince sourire amusé sur les lèvres.

Te méfierais-tu encore de moi, jeune créanne ? Enfin… Nao, pardon.

Hm, difficile de se séparer d’une vieille habitude.

Tu ne devrais pas. Ce n’est pas moi qui viendrait t’arracher ne serait-ce qu’une plume, tu sais…

J’avais tendance à être quelque peu… protectrice, envers les créannes. Un peu trop, peut-être. A dire vrai, je crois que c’est pour cela qu’on m’a attribué la mission qui était la mienne. Parce que j’étais trop gentille pour les tâches plus dures.

La neige est belle, oui. Elle est un peu comme l’incarnation du silence et du calme, absorbant les bruits et plongeant le monde dans une ambiance paisible.

Je laisse mes sens divaguer quelques instants. Mes prunelles se perdent dans la contemplation du sol en contrebas. La couche de neige y était plus fine qu’ailleurs, de par la protection des arbres. La Lune éclairait la scène, faisant briller d’un éclat presque surnaturel la neige immaculée. Elle était si fraîche que les animaux de la forêt n’avaient guère eu le temps d'y tracer leurs empreintes.

Comme je l’avais dit plus tôt, la neige semble en effet absorber le moindre bruit, à l’exception du sifflement de la brise glaciale qui me fait frissonner. Si l’on écoute attentivement, on pourrait peut-être entendre les bruits de pas feutrés des habitants des bois, bien qu’ils se fassent peu nombreux de nuit et par ce temps.

Distraite, je n’entends que vaguement la voix de Nao lorsqu’il reprend la parole, tourne à temps les yeux vers lui pour le voir reprendre sa forme de chouette. Je le regarde d’un air un peu interrogateur, me demandant intérieurement s’il comptait déjà s’en aller. Je ne lui en tiendrais pas rigueur bien sûr, mais je serais un peu attristée quand même, j’avais oublié combien il était agréable de tenir une conversation aussi légère avec quelqu’un, sans but stratégique derrière.

Il prend silencieusement son envol, et dépose alors une étoffe douce et épaisse sur mes genoux. Je fixe cette dernière, un peu surprise, avant de relever les yeux vers Nao qui était retourné vers une branche plus basse et plus solide pour supporter sa masse.

— Je sais qu'on n'attrape pas vraiment le rhume, mais pour avoir vécu en Russie, je sais que le froid n'est pas des plus agréable. Tu devrais te couvrir.

Un sourire doux fleurit sur mes lèvres.

Merci, murmuré-je simplement.

Je saisis l’écharpe de laine afin de l’enrouler autour de mon cou.

Je n’ai pas l’habitude de prendre ma forme humaine, seulement quand j’en ai besoin pour communiquer, alors il est vrai que je ne prends guère le temps de me procurer des vêtements adéquats aux basses températures suédoises…

Je pose une main contre le tronc de l’arbre, l’autre sur la branche sur laquelle je suis assise, puis me mets debout sur ladite branche afin de dégourdir mes jambes ankylosées.

Je repose les yeux sur la créanne.

Tu dis avoir vécu en Russie ? J’avoue n’y avoir jamais été… es-tu né là-bas ?

Je n’ai jamais voyagé plus loin  à l’est que l’Allemagne, à dire vrai… j’essayais de ne pas trop m’éloigner de Stockholm, c’est tout de même le cœur du monde des dieux.

Je suis plutôt rarement retournée dans mon pays d’origine, pour ma part. Je me rends souvent dans les pays nordiques… enfin, il y a quelques années j’étais en Espagne, puis je suis retournée à Stockholm deux ans après, je t’avoue que le choc thermique était assez violent.

Je lui adresse un sourire amusé. J’avais trouvé deux jeunes créannes, en Espagne. Elles avaient été un peu réticentes à me suivre, il m’avait fallu de longs mois pour les convaincre. Puis après j’étais partie pour la Finlande, et j’ai trouvé mon petit Leaf. Le pauvre chéri, il lui tient à cœur de savoir qui est son dieu, mais il n’a aucun souvenir de sa naissance. Oh, je ne doute pas qu’un jour il aura comme une illumination et qu’il aura la réponse à sa question…

Cela faisait longtemps que je n’avais pas croisé une créanne aussi calme et douce que toi. Tu ne dois pas être né d’une émotion très agressive, je me trompe ?

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Nao
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Lun 1 Fév - 11:07

Doucement, je souris en coin. Il y a quelque chose d'amusant à la voir s'excuser de cette manière ; après tout, je ne me suis pas vexé et ne le serai pas pour si peu. Peut-être le serais-je si elle me l'avait dit d'une autre manière ; de toute manière, je ne me considère pas spécialement comme un jeunot, peu importe ce que les autres peuvent en penser. Cependant nous laissons tomber l'idée, préférant enchaîner sur quelque chose de d'autre. Nos relations avec les créannes, entre autres ; en face de moi, sur sa branche, Azur semble assez sceptique. L'un de mes sourcils se hausse à nouveau alors qu'elle m'appelle à nouveau par ce surnom grotesque. Quelle utilité de rappeler constamment aux plus jeunes qu'ils sont moins expérimentés ?

— Tu devrais vraiment perdre cette habitude, je souris. Si j'étais plus jeune, je n'apprécierai pas de me faire constamment rappeler mon inexpérience de cette manière.

Après, ce n'est pas mon problème ; peut-être qu'ils sont mis en confiance de cette manière, mais c'est agaçant, un peu. On ne le dirait pas, dans sa manière d'être ; mais sa façon de parler, de choisir ses mots tout du moins, la rend sûrement un peu hautaine, parfois. En même temps, elle a une voix douce et calme qui contraste avec ce fait. C'est étrange… Enfin. Je dois donner cette impression aussi. Plutôt celle d'être indifférent. Mon visage est plutôt figé, en général ; et parfois, des éclats se posent sur mon visage, comme s'il suffisait de lire ce que je ressens sur mes lèvres. C'est… de la réserve, je pense.

Finalement, je m'étire un peu.

— Je me méfie de tous. Question de praticité. Je ne suis pas hostile, mais beaucoup le sont. Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis retrouvé avec une aile inutilisable. C'est une chose embarrassante pour un oiseau, tu en conviendras sûrement… je rajoute avec un rire.

Bien sûr, je ne remets pas sa parole en doute. Il est plus simple de rester prudent, voilà tout. Elle est calme et sereine, j'apprécie sa douceur lorsqu'elle parle. Cependant, elle a l'air un peu trop naïve, sans doute. Ma nature doit certainement m'empêcher d'accorder si vite ma confiance. Sans doute doit-elle me trouver stupide...

Je l'écoute à peine et m'envole pour lui donner mon écharpe. En me perchant sur ma branche, je me demande si je ne devrais pas aussi lui proposer ma veste ; mon pull, dessous, me suffira sûrement. Son sourire me fait un peu de bien, elle transmet de la bonne humeur, de la tendresse, un peu.

Puis j'acquiesce, lentement.

— Ne t'en fais pas. Est-ce que tu veux ma veste ? J'ai un pull en dessous.

Voilà qui est étrange, une créanne qui passe aussi son temps sous sa forme animale... Elle me ressemble un peu, quelque part. Même si je n'ai pas son optimisme.

Azur reprend la discussion calmement et je l'observe sans rien dire, fais la moue. La Russie… Je n'aurais pas dû en parler, je n'aime pas l'évoquer. Tout le monde n'a pas la chance de vivre des premiers jours paisibles. Doucement, j'acquiesce. L'Espagne doit être belle, même si je n'y suis jamais allé…

— J'imagine que ce devait être assez violent, oui. Pour la Russie… Je suis né en Sibérie, je souffle, un peu lassé de l'évoquer. J'ai passé un moment là-bas, un peu plus vers le sud, avant de m'installer en Chine. La Chine est beaucoup plus belle, et les gens y sont accueillants. Même s'ils n'aiment pas les chouettes... Ils sont un symbole de malheur, là-bas. On a déjà essayé de me faire la peau.

La cicatrice dans mon dos en témoigne bien, semblerait-il… Sa question suivante me prend de court. Je reste silencieux un instant, avant d'acquiescer.

— Non, pas vraiment. C'est plus… de l'indifférence, je crois, je lâche avec un sourire léger. Toi non plus.

Ce n'est pas une question.

— Sauf si ta bienveillance est trompeuse, mais je n'y crois pas vraiment, j'ajoute avec un demi rire.

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Leaf
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Jeu 4 Fév - 21:03
Il semble particulièrement… méfiant. A moins que ça ne soit de la prudence. J’avoue ne pas être comme ça. J’ai plutôt tendance à me montrer hostile envers les gens que je sais être mes ennemis, et confiante envers ceux qui sont censés être mes alliés.

Les créannes sont mes alliées.

— Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis retrouvé avec une aile inutilisable. C'est une chose embarrassante pour un oiseau, tu en conviendras sûrement…

Je réponds à son petit rire par un sourire approbateur. Je n’ai jamais eu à tester le fait d’être privée d’une aile, et j’en étais bien contente. A dire vrai, si je me trouvais en danger, que ce soit à cause d’un humain ou d’un missionnaire, je n’hésitais pas à reprendre forme humaine ou, plus couramment, posséder son esprit. C’était quelque chose que je faisais souvent, rien que pour communiquer. Vous conviendrez que pour qu’un faucon communique avec un renard, c’était quelque peu complexe de passer par les sons de nos formes animales respectives. Il n’était donc pas rare que j’entre dans l’esprit de Leaf, pour lui parler. Ça le surprenait un peu au début, mais il s’y était fait. Maintenant je crois même que ma présence le rassurait. Il est si mignon, si innocent… je crois que ça va être compliqué pour lui de vivre sans moi, par la suite, bien qu’il ne sera pas seul.

Nao me prête alors gentiment son écharpe. Il me propose même sa veste. Oh, il est trop adorable… Je secoue doucement la tête.

Non, ça va aller, ne t’inquiète pas. Elle est épaisse ton écharpe, elle tient chaud à elle seule.

Ce disant, j’enserre l’extrémité de cette dernière entre mes doigts, réchauffant ces derniers. Je me mets ensuite debout, lui demande d’où il venait. Ce à quoi il me parle de Sibérie, puis de la Chine. Il vient de loin, je me demande ce qui a bien pu l’attirer à Stockholm. Je penche la tête sur le côté lorsqu’il parle des chouettes qui porteraient malheur en Chine. Peut-être était-ce pour cela qu’il en était parti, bien que ce fusse un pays qu’il affectionnait.

L’indifférence… c’était assez neutre comme sentiment, en effet. Dans quel camp s’était-il placé, alors ? Il était vrai que la plupart du temps, le sentiment à l’origine de la naissance de la créanne lui soufflait dans quel camp se placer, avec ou contre la Congrégation. Enfin, la plupart du temps.

— Sauf si ta bienveillance est trompeuse, mais je n'y crois pas vraiment.

Un petit rire franchit mes lèvres. Ainsi donc il me voit comme bienveillante. Alors même que je ne cherche pas à l’être. Je suppose que l’on n’échappe pas au sentiment autour duquel nous sommes formées, même deux cents ans plus tard.

Je me rassieds sur ma branche.

Oh non elle ne l’est pas, rassure-toi. La compassion… un noble sentiment, n’est-ce pas ?

Au début, dans les premières années de ma vie, je ne cessais de me demander, avec une certaine amertume, envers qui Utu avait bien pu éprouver de la compassion, alors qu’il m’avait abandonnée, moi, alors qu’il m’avait donné naissance.

Enfin peu importe, le passé est passé après tout.

J’adresse un sourire à la créanne.

Que dirais-tu, cher Nao, de nous dégourdir les jambes ? Ou plutôt les ailes. Que dirais-tu d’une course ?  Jusqu’à arriver à la lisière de la forêt, près de la mer. C’est Noël, c’est un jour spécial, alors autant aller voir un paysage spécial n’est-ce pas ?

Je lui adresse un sourire malicieux, reprends alors ma forme de faucon avant de prendre mon envol.

J’aime les défis. Et toi Nao, accepteras-tu le mien ?

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Nao
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Ven 5 Fév - 15:43

Visiblement, Azur semble parfaitement à l'aise avec uniquement mon écharpe. Etonnant, en réalité. Moi, j'ai toujours froid, avec. Peut-être parce que je suis vraiment frileux, au final. Même si j'aime la neige, l'hiver ; c'est beau et froid, peut-être trop, mais je m'en accommode, au final. J'ai un frisson alors que je sens le frois s'insinuer sous ma veste, dans mon cou, et je me dis qu'elle a quand même pas mal de courage. Je souris maladroitement, acquiesce. Si ça lui convient, je ne vais pas insister alors. Pas envie de me choper la mort, je tiens à ne pas finir avec de la fièvre sous ma couette...

Nous discutons un peu, et je lui fais rapidement part de quel sentiment je suis issu. Enfin, ce n'est pas réellement celui-là. L'indifférence et la lassitude sont différentes, bien sûr ; la lassitude, c'est un peu la lassitude de moi-même, de… enfin. Pas du monde en lui-même. Pas des gens. C'est différent. C'est indescriptible. Je ne saurais même pas comment en parler réellement.

Je lui renvoie la question, un peu subtilement. La compassion, hein... Un noble sentiment, je ne sais pas. Certainement. J'aurais sûrement aimé naître d'un tel sentiment, mais ce n'est pas mon cas ; et je n'ai pas besoin de me dire que je suis issu d'une telle chose pour en ressentir. La compassion est quelque chose de naturel - chez moi, du moins. Je ne suis pas aussi indifférent que je le voudrais. Je crois que c'est ça qui me lasse, au final. D'être comme je suis. De vivre comme je vis.

La lassitude d'être bloqué dans le passé... ?

— En effet... Tu as bien de la chance.

Cette constatation est dénuée de toute amertume, pourtant.

Il y a un instant de blanc, avant qu'Azur ne reprenne. Nous dégourdir un peu les ailes, hein ? Elle se transforme et décolle. Ah, sale peste… Un sourire en coin naît sur mes lèvres. Je saute de la branche et me transforme dans le mouvement ; suit silencieusement sa course. Ses ailes fendent l'air dans un sifflement et battement léger ; de mon côté, l'air glisse sur mes plumes aussi quiètement qu'il est possible de l'être. Je sais que je n'arriverai pas à la battre ; les faucons sont rapides, leurs piquets exceptionnels. Le vol d'une chouette est bien plus lent, lourd. Chacun a son avantage, j'imagine. J'essaie de la repérer, un peu plus loin, et vole en direction de notre point de rendez-vous. Elle est déjà arrivé depuis longtemps lorsque je me pose sur une rambarde, un peu essoufflé.

J'étire mon esprit vers le sien et tente d'entrer en communication avec elle.

"Tu triches, les faucons sont bien plus rapides", je ris. Avant d'incliner la tête sur le côté et lâcher un léger cri. "Bien joué, en tout cas."

Devant nous, le paysage est beau. La mer illuminée par la lune, tendrement. J'ai un sourire. C'est une belle soirée.

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Ven 12 Fév - 19:40
En effet... Tu as bien de la chance.

Je penche légèrement la tête sur le côté. Cela aurait pu se comprendre comme de l’amertume, une telle phrase. Pourtant ce n’était pas le sentiment qui perçait de sa voix.

Je reste silencieuse, ne sachant trop que lui répondre. Finalement, je décide de lui proposer une course. Sans attendre sa réponse, je laisse ma forme de faucon remplacer celle de la frêle jeune femme, puis prends mon envol.

Je savoure le vent s’engouffrant entre mes plumes. J’aimais tellement cette sensation, elle me donnait l’envie de voler plus vite encore, l’adrénaline accélérant mon rythme cardiaque. Je prends de l’altitude, repère mieux le point de rendez-vous, près de la mer. Je repère alors une rambarde, la rejoint en quelques battements d’aile, avant de replier ces dernières contre moi une fois installée.

Nao me rejoint quelques instants après. Une brève décharge électrique semble me parcourir le dos lorsque son esprit glisse vers le mien. Comme à mon habitude, je ne dresse pas de barrières mentales pour le stopper. Je ne le fais que face aux rares créannes dont je me méfie. En effet, il serait quelque peu malhonnête d’interdire à toute créanne de communiquer avec moi par ce biais, étant donné que je le faisais très fréquemment.

« Tu triches, les faucons sont bien plus rapides ! Bien joué, en tout cas. »

Un léger cri s’échappe de ma gorge, équivalant à un rire léger.

« Je ne lance que rarement des défis si je ne suis pas certaine de gagner, mon cher ! Tout n’est que question de stratégie ! Merci, en tout cas. »

Le silence se fait, tandis que nous reportons notre attention vers la mer. Je ne m’étais pas trompée, c’est un paysage spécial, presque magique. La pleine Lune se reflète sur un miroir d’eau, légèrement agitée par quelques vagues. C’est beau. La neige que nous apercevons sur les falaises luit d’un éclat presque surnaturel. Les dieux, lorsqu’ils s’entendent entre eux, savent donner une certaine majesté aux paysages. Ce soir, ce sont Nanna et Enki qui ont su rendre cette vision féerique.

Cette fois-ci, c’est à mon tour de glisser mon esprit vers celui de Nao.

« Qu’as-tu l’habitude de faire, toi, le soir de Noël ? »

J’aime bien discuter avec lui. C’est simple, léger. La seule chose que je pourrais peut-être craindre serait de l’offenser par mes paroles, aussi est-ce pourquoi je fais attention à mes mots.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris le temps de parler à quelqu’un pour apprendre à le connaître.

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Nao
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Dim 20 Mar - 17:02

C'est étrange d'entrer dans l'esprit d'une autre personne. Il ne m'est pas souvent arrivé de le faire, ou bien ce n'étaient que dans des cas d'extrême urgence, pour me défendre, mais j'apprends à l'instant que la possession, dans ces cas, n'est douloureuse pour aucun d'entre nous si nous ne devenons pas violent. Elle ne m'empêche pas d'atteindre son esprit tout comme je ne cherche pas à dominer le sien ; il y a une sorte de connivence. Pas besoin de se demander la permission ; nous ne cherchons pas à rendre l'autre nerveux. Quelque part, ceci est aussi une preuve de sa bonne foi. Si elle avait réagi d'une autre manière, j'aurais su qu'elle n'avait fait que me berner.

Question de stratégie. Je la fixe quelques secondes sans rien dire, déliant nos esprits pour me concentrer sur le paysage, la mer, le vent. L'odeur est agréable, douce. Pourtant quelque chose me gêne, je ne sais pas. La voir si encline à me parler comme à une jeune créanne, le fait qu'elle se comporte de cette manière... La stratégie. Elle veut gagner, pas vrai ? Est-ce que ce ne sont pas ces personnes dont il faut le plus se méfier ? Pour autant, elle a l'air de quelqu'un de digne de confiance... Une façade ? Ou la réalité ? Il est si facile de tromper ses semblable lorsqu'on a un peu de jugeotte. Pas comme moi.

Sous ma forme de chouette, mon trouble est invisible, ou du moins indécryptable. C'est certainement pour cela que je n'aime pas me montrer sous ma forme humaine...

Cette fois, c'est Azur qui s'insinue dans mon esprit. Mes yeux se ferment un instant, je frissonne un peu. Presque violemment. Je déteste ça, sûrement parce que je n'ai pas l'habitude.

"Habituellement ? Pas grand-chose," répondis-je simplement. "Je ne fête pas Noël, ça n'a pas de signification pour moi. Je n'ai connu cette fête qu'il y a quelques années. Je la passe surtout dans la forêt, dans des bars parfois. Passer le temps comme je le peux. Même s'il y a assez peu de personnes dehors à ce moment là ! J'aime aller à la rencontre des autres. Des humains, d'autres créannes. Même si parfois ils sont lassants…"

J'incline la tête.

"Et toi ? Que fais-tu en général pour t'occuper ? La vie des autres créannes m'intéresse. Elle est toujours enrichissante."

Rien que pour en apprendre plus à propos de tout ce qu'il se produit autour de nous. Il est important de toujours se tenir au fait, n'est-ce pas ?

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Lun 21 Mar - 20:18


Ne rien faire de particulier à Noël. Il en va de même pour moi… La nuit de Noël se déroulait pour moi comme toutes les autres nuits ; la chasse, parfois, ou tout simplement des discussions avec les créannes que j’accompagnais. Il m’arrivait de passer des Noël seule, de temps en temps. Cela ne m’attristait pas, ni ne me réjouissais. Ne disait-on pas que Noël était une fête familiale ?

Est-ce que les créannes ont une famille ?

J’écoute tranquillement ce qu’il me dit, le regard fixé sur l’étendue d’eau face à nous. Aller à la rencontre des autres, n’est-ce pas ?

« J’avoue que je n’ai pas tellement pour habitude d’aller à la rencontre des humains… non pas que je ne les aime pas, loin de là, ce n’est juste pas une habitude d’aller les voir… tu t’entends bien avec eux ? Ta nature de créanne ne se ressent pas dans ce genre de relation ? »

Est-ce que les humains ne ressentent pas, d’une certaine manière, qui nous sommes ? Oh bien sûr ils ne sentent pas les auras, mais lorsqu’ils rencontrent une créanne assez âgée, ne sentent-ils pas une différence dans sa manière de parler ? De se comporter ? Une créanne de deux-cents ans est différente d’une créanne âgée de vingt ans. Est-ce quelque chose qui se ressent, pour les humains ? Même s'ils ne sont pas médiums, peut-être peuvent-ils tout de même sentir ce genre de choses.

« Et toi ? Que fais-tu en général pour t'occuper ? La vie des autres créannes m'intéresse. Elle est toujours enrichissante. »

« Pour ce qui est de Noël, c’est une journée, une nuit ordinaire pour moi. Je n’ai jamais vu un homme barbu parcourir le ciel avec un traîneau tiré par des rennes volants. Sinon, de manière générale… je reste la plupart du temps avec les créannes. Les jeunes créannes. Je leur explique le monde dans lequel nous vivons. Je leur apprends de qui ils doivent se méfier, et comment s’en défendre. »

Je laisse passer quelques secondes de silence avant d’ajouter :

« …et qui sont leurs alliés. »

Je lui raconte beaucoup de choses, à ce Nao. Il inspire la confiance. Néanmoins, je me dois de faire attention à ne pas tout dire. Tant de secrets… parfois, je me disais que c’était un peu lourd à porter, tout ceci. Parfois, j’aimerais bien pouvoir parler librement à quelqu’un, sans craindre de lâcher une information importante… mais… je ne peux pas me le permettre.

« …tu n’as jamais été pris au dépourvu en te retrouvant face aux missionnaires pour la première fois ? »

J'ose espérer que ce n'est pas un sujet particulièrement sensible pour lui.


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Nao
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Lun 18 Avr - 9:26

Si ma nature se ressent lorsque je suis avec des humains ? Étrangement pas vraiment… C'est drôle, mais il ne m'a jamais semblé réellement être lassé par les humains, bien au contraire. Ils sont une sorte de source de curiosité ; avec le temps, j'ai fini par me désintéresser d'eux, par moments, mais me retrouver à l'écart durant tant de temps m'a donné envie de m'en rapprocher à nouveau. Pour comprendre, passer outre ce sentiment de lassitude qui me brise. Cette déchirure insoutenable…

Cette fois, je secoue la tête et pousse un hululement léger de désapprobation. Parfois, je suis las, oui ; mais certaines rencontres font du bien, elles réchauffent le coeur... D'autres sont très différentes. On sait que ce ne sera pas pour le plaisir… pour les affaires, peut-être ? Quelle blague. Ce monde est une gigantesque plaisanterie, et les autres créannes ne sont au final que des collègues… le but est de se faire le plus d'alliés possibles, je l'ai bien compris. Pourquoi ne pas avoir d'alliés de tous les côtés ? Même si le choix d'un parti sera bien plus difficile, plus tard... Je suis habitué aux séparations. Dans le pire des cas, je me morfondrai ; dans le meilleur, j'oublierai. C'est ainsi que les choses fonctionnent.

"Pas vraiment. Je m'entends plutôt bien avec eux. Ils sont étonnants. Désespérément humains, mais c'est plaisant, quelque part. Ils me donnent l'impression d'être autre chose qu'un parasite… Même si parfois certains sont curieux vis-à-vis de mon inculture. Je m'adapte vite."

J'aurais souri, si j'avais été sous ma forme humaine. Il n'y a rien de pire que d'être constamment rappelé à sa condition de créanne. Pourtant, nous sommes aussi des êtres vivants, non ? Pourquoi n'avons-nous pas droit à un semblant de présomption d'innocence ? Les humains aussi sont bêtes et méchants, mais pas tous, pourtant, ils ne se mettent pas tous dans le même sac...

Est-ce nos différences qui les effraient tant ? Si nous n'étions pas chassés, pourrions-nous être considérés non pas comme des parasites, mais comme des créatures faisant partie intégrante de ce monde ? Peut-être que cette rancœur est inaltérable, au final. Mais dans ce cas, tout est une perte de temps... Même ma tentative de rapprochement des humains, au final.

Nous continuons à parler un instant et je lui renvoie l'ascenseur, curieux malgré tout. J'enregistre les informations, et, si j'avais eu visage humain, aurait sûrement froncé les sourcils. Eduquer les jeunes créannes... C'est une chose noble que j'ai déjà eu l'occasion de faire, mais de là à leur apprendre qui sont leurs ennemis... Car c'est ça qu'elle fait, non ? Elle les met en garde, mais n'est-ce vraiment qu'une mise en garde ? Est-ce que ça ne les conditionne pas un peu ?

"Cela remonte à tellement loin que je ne m'en rappelle pas vraiment, je mélange un peu les rencontres. Je crois avoir été attaqué, mais j'ai de nombreuses fois été épargné lorsqu'ils ont constaté mon attitude pacifique. Pris au dépourvu, en revanche… oui, de nombreuses fois. Pour autant, je m'en suis sorti."

J'étire un peu mes ailes et incline la tête sur le côté après avoir ébouriffé mes plumes.

"Ils ne sont pas mauvais, tu sais. Les humains non plus."

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Dim 24 Avr - 13:28

L’impression d’être un parasite ? C’est vrai que dans un sens, nous sommes un peu comme les déchets des dieux. La preuve vivante de leurs sentiments humains. Je crois que ce n’était pas dans leurs projets, de donner naissance aux créannes. Si nous considérions la chose ainsi, je crois que nous pourrions dire que nous n’avons pas notre place ici. Pourtant nous sommes tout de même là, nous pensons, nous vivons, nous sommes à présent une population à part entière. On nous traite comme des étrangers, des individus qui ne devraient pas exister ; mais y pouvons-nous vraiment quelque chose ? Qu’ont donc les missionnaires dans la tête, que nous voulions être créées ainsi, dans la souffrance, tant physique que celle de la solitude ? C’est aussi pour cela que je n’aime pas les serviteurs des dieux du Panthéon, en plus de nous être hostiles ils semblent nous reprocher notre existence, alors que comme tout être vivant nous voulons simplement… vivre.

« L’adaptation est importante en tant que créanne… question d’intégration et de discrétion. »

Il tourne ensuite sa curiosité vers moi. Je lui réponds, calmement. Je n’ai rien à lui cacher, de toute façon… enfin si, mais ce n’est pas très compliqué à cacher, ça va. Je lui demande alors s’il n’a jamais été pris au dépourvu face aux missionnaires, parce qu’il n’a pas l’air de les détester particulièrement, ce qui m’étonne. J’ai plutôt rarement croisé des créannes pacifistes envers eux, alors quand j’en croise ça m’étonne toujours…

Epargné. Par des missionnaires. Je crois que j’aurais haussé un sourcil si j’avais été sous ma forme humaine. Jamais je n’avais croisé un missionnaire qui se montre peu hostile envers une créanne, jamais. Ces gens nous haïssent, et nous n’y pouvons rien. C’était bien parce qu’ils ont plusieurs fois mis ma vie en danger que j’avais pris l’habitude de me montrer hostile la première lorsque j’en voyais un. Ainsi ils n'abuseront pas de la confiance que ma nature tend à donner aux autres, et ils ne me piégeront pas. Ils ne me feront pas la peau, je ne les laisserai pas faire ce qu’ils veulent de moi.

« Je me demande bien quel genre de missionnaires tu as pu croiser. »

« Ils ne sont pas mauvais, tu sais. Les humains non plus. »

« Non, les humains ne sont pas mauvais. J’aime bien les humains. Mais les missionnaires ? Je n’ai jamais pu leur faire confiance. Ils nous attaquent, nous prennent au piège, tout ça pourquoi ? Parce que nous sommes les déchets de leurs dieux, tandis qu’eux ont pu attirer leur attention et obtenir une infime partie de leur puissance. C’est vrai après tout, quel serait le rôle des missionnaires si les créannes n’existaient pas, s’ils n’avaient pas pour objectif de nous éliminer ? »

Ma voix s’est faite un peu amère. Oui, c’est ce que je crois : au fond, nous les créannes ne sommes là que pour servir « d’objectif » aux missionnaires. A leurs yeux nous sommes des déchets, ils ne veulent pas de cohabitation.

Si j’avais été sous ma forme humaine, j’aurais poussé un long soupir.


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Dim 24 Avr - 14:58

La discrétion n'est pas toujours mon fort, je crois. Il est certes vrai que je ne parle pas beaucoup et que je ne me fais pas remarquer, cependant on me pose vite dans la catégorie des marginaux, et ce pour plusieurs raisons.

Ma manière de parler, déjà, qui ne correspond pas tout à fait à celle de ce temps-ci. Bien sûr, je me suis plutôt bien adapté de ce côté-là, mais il y a aussi toute cette technologie que je ne comprends et ne maîtrise pas toujours. Voire rarement. J'assimile vite les choses, mais quand on est coupé de toutes ces choses, ça devient rapidement difficile de mettre tout cela en ordre.

La conversation continue, mais elle prend une tournure qui ne semble pas plaire à la vieille créanne. Je hulule et bats légèrement des ailes pour appuyer mes propos. Non, vraiment, les missionnaires ne sont pas mauvais. Il serait peut-être temps d'ouvrir un peu les yeux... Tout n'est pas si manichéen. Il n'y a pas des gentils et des méchants autour des Dieux ; il y a les Dieux, les missionnaires, les humains normaux et les créannes. Et, les uns comme les autres, nous devons comprendre où nous sommes et qui nous sommes.

Cette amertume que je ressens en l'écoutant parler - par l'esprit certes, mais c'est la même chose - me fait secouer la tête une fois de plus. J'aimerais lui faire comprendre, mais c'est assez flou dans ma tête ; j'espère qu'elle ne m'interrompra pas en plein milieu.

"Tu as tort de les considérer comme tels. Certains nous haïssent tout comme certaines créannes haïssent les missionnaires. Mais ne peut-on pas comprendre cette manière de penser ? Toi-même semble les haïr, parce qu'ils nous en veulent. Mais eux, pourquoi nous en veulent-ils ?"

Je laisse planer un silence.

"Ils nous en veulent car on leur a appris à nous haïr, ou au moins se méfier de nous. Pourquoi cela ? Parce que certaines de nos soeurs se sont montrées agressives. Et c'est ainsi. C'est un cercle vicieux qu'il serait bon de transformer en cercle vertueux. Pourquoi ne pas voir les choses autrement ? Leur faire confiance les amènerait à cesser de nous craindre, et en cessant de nous craindre, à cesser de nous haïr et donc de nous attaquer. Si les créannes restaient tranquilles, peut-être n'auraient-ils pas à nous chasser."

Pensif, je laisse mes yeux naviguer de la mer à la lune, tout en reprenant d'un ton très calme :

"J'aimerais connaître ce monde où nous ne désirerions pas ce que l'autre possède. Où nous n'aurions pas peur les uns des autres. Parce qu'au final, il ne s'agit que de ça : ils ont peur de nous et nous désirons, nous aussi, une place dans ce monde. Et nous nous entredéchirons."

Un hululement.

"J'en veux à mon Dieu de m'avoir fait souffrir en me créant, puis en me rejetant. Cependant, je ne souhaite pas reporter cette faute sur les humains. Ils meurent vite et sont donc inexpérimentés ; ce que j'ai appris en cent ans, il leur faudrait une vie entière pour l'apprendre. Il faut être indulgents envers eux... Ce ne sont que des humains… Au service de ceux que nous détestons certes, mais je ne crois pas que l'on ait le droit de les haïr pour cela. D'autant que, malgré tout... Grâce aux dieux, nous vivons."

Pour la plupart, cependant, ces paroles ne sont qu'un aveu de faiblesse. Je ne pense pas que ce soit le cas... Simplement... Pourquoi ne vivrions-nous pas ?

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Dim 24 Avr - 16:54

J’écoute Nao parler –ou plutôt partager ses pensées, mais peu importe-, du début à la fin. Sans l’interrompre, même si je suis de plus en plus sceptique au fur et à mesure qu’il m’expose ses idées. Lorsqu’il a fini de parler, je reste un instant silencieuse.

Doucement, je me retire de son esprit. C’est bien avantageux d’être dans la tête de quelqu’un pour communiquer avec lui, mais on s’y sent un peu à l’étroit, c’est le cas de le dire. Je bats un instant des ailes, puis reprends ma forme humaine. La gifle de l’air froid sur ma peau me remets les idées en place. J’étire mes bras vers l’arrière, puis appuie mes coudes sur la rambarde.

Etrangement, je crois que je déteste moins Utu que les missionnaires.  J’avoue, lors des premiers mois de ma vie, avoir naïvement attendu que, je ne sais pas, qu’il se manifeste, rien que pour m’expliquer ce monde que je ne connaissais pas. D’autant que je suis née dans une période assez trouble, les gens se montraient méfiants. J’ai eu du mal à comprendre ma situation et mon environnement et, de fait, à survivre. Mais j’avais mieux à faire que de passer mon temps à haïr Utu.

Je perds mon regard dans l’immensité de la mer.

Tu sembles penser qu’au fond, c’est en partie de notre faute. Je ne vois pas pourquoi. Pourquoi serait-ce notre faute ? Si nous nous montrons agressives, c’est bien pour notre propre survie. Nous n’avons jamais rien demandé à personne, et voilà que les missionnaires nous tombent dessus, parce que nos dons peuvent représenter un danger pour eux, pour leurs dieux, pour les humains. Pourtant, nous voulons juste vivre. Pourquoi nous le reprocher ?

La colère pointe dans ma voix. J’ai passé deux-cents ans de ma vie à haïr ces gens qui nous haïssaient. Comment pourrais-je leur témoigner de l’indulgence maintenant ?

Ils ont tué tellement des nôtres ! Des créannes innocentes qui ne demandaient qu’à vivre, et à comprendre ce monde ! Comment suis-je censée leur témoigner de la bienveillance maintenant ?

Pourtant, je ne suis pas stupide pour autant. Ce que Nao veut dire, je peux le comprendre –mais ce n’est pas pour autant que je suis d’accord. Je me pince les lèvres, lève les yeux vers la Lune.

Nous sommes si égoïstement humains, n’est-ce pas ? Stopper un tel cercle, oublier ses convictions et sa rage entretenue pendant des centaines d’années pour un monde supposé meilleur. Il faut une grande force de caractère, une grande motivation pour vouloir ceci. Je dois être faible, alors.

Je tourne les yeux vers Nao.

Et encore faudrait-il croire qu’une telle paix soit possible. Ils ont tant fait souffrir les créannes, m’ont tant fait souffrir moi. Même si je le voulais, je ne vois pas comment je pourrais les regarder avec la plus totale des bienveillances maintenant.

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Nao
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Mer 25 Mai - 17:43

Cette fois, je l'observe reprendre forme humaine en songeant que pour que quelqu'un qui n'aime pas se montrer sous cette forme, elle y revenait bien vite… Un sourire aurait pu se former sur mes lèvres si j'avais été humain, et je me contente alors d'incliner très franchement la tête sur le côté. Elle parle alors, et je me contente de l'écouter sous cette forme. Je laisse passer bien moins de choses lorsque je ressemble à une chouette qu'à un humain ; et si je la comprends, car j'ai, au fond, vécu plus ou moins la même chose, je n'arrive pas à être d'accord avec le fait que nous n'ayons rien à nous reprocher. N'est-il pas normal pour des créatures dotées de si grands pouvoirs d'être surveillées, si ce n'est chassées lorsqu'elles se montrent agressives ? Il y a quelque chose de l'acquis plus que de l'inné ; nous ne naissons pas toutes de sentiments négatifs, et les missionnaires, eux, ne font que faire ce qu'on leur demande : protéger les humains. Mes plumes s'ébouriffent légèrement, lorsque je constate que plus elle parle, plus elle est sous l'emprise de la colère. Mes yeux se baissent vers la mer.

Clairement, toutes les créannes ne pensent pas comme moi. Peut-être est-ce différent de mon côté, car je sais ne pas me laisser influencer par mes émotions - et s'il y a bien quelque chose qui nous trahit et nous perd, c'est justement d'agir sous le coup de nos émotions fortes. La colère, la tristesse. Il faut l'évacuer, puis réfléchir ; et ne pas réfléchir tout en étant guidés par elles. Sinon, comment rationaliser ? Nous ne sommes pas mieux que les humains, et je continuerai à considérer qu'il n'y a pas de bon ou de mauvais rôle ; seulement ceux que nous aurons choisi de suivre.

Sans rien ajouter, je m'envole pour atterrir à côté d'elle en me retransformant. Je constate qu'elle paraît assez minuscule à côté de moi et m'en amuse légèrement, sans toutefois le laisser paraître. Je m'appuie sur la rambarde, un sourire doux aux lèvres.

— Je comprends. Ce n'est pas anormal, ou faire preuve de faiblesse. Cependant tu es en colère. Tu en as le droit, mais tu ne réfléchis pas correctement. Il faut… Prendre le temps de respirer ?

Ce faisant, je ferme les yeux et inspire l'air frais de la nuit. Mes yeux se rouvrent pour se fixer sur la lune à mon tour.

— Nous aussi, nous avons tué des leurs. Est-ce pour autant qu'il est justifié de nous haïr, nous toutes ?

Je lui pose la question doucement, sans lui apporter de réponse. Pourtant, mon silence parle pour moi.

— Il n'est pas question de ne les regarder qu'avec bienveillance, cela impliquerait de ne pas se méfier d'eux. Il est plutôt question de s'interroger sur les raisons qui nous poussent, chacun, à agir comme nous le faisons. Tu n'aurais pas envie de vivre tranquillement ? C'est bien toi qui a dit, quelques minutes plus tôt, que tout ce que nous voulions c'est vivre ? Ce n'est pas le cas de toutes les créannes, tu sais. Comme les humains, il y a de bonnes et de mauvaises créannes. Celles qui ont de l'ambition sont parfois néfastes - souvent, je pense. Mais c'est le cas des humains aussi. Et des missionnaires. Ils ne vivent pas de la même manière… et c'est ce genre de personnes que nous pouvons haïr, ou dont nous pouvons avoir peur. Mais il n'est pas juste de considérer que, tous autant qu'ils sont, ne méritent pas que l'on s'intéresse à eux.

Avec un soupir, je tourne le regard vers la jolie Azur.

— Nous avons bien mieux à faire de nos vies que de nous haïr, souris-je, en reprenant ce qu'elle disait sur Utu. Alors utilisons notre force et notre volonté pour créer un monde plus paisible.

Même si je ne suis probablement qu'un pauvre fou, un pauvre utopiste inutile... C'est la seule chose en laquelle j'ai envie de croire.

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Ven 24 Juin - 14:58

Prendre le temps de respirer ? Comment veut-il que je prenne le temps de respirer ? Si nous nous mettons à douter de nos propres convictions, si nous nous retrouvons à ne pas savoir quoi faire face aux missionnaires, nous nous mettrions en danger.

Douter c’est se mettre en danger. Ça peut être vu comme une faiblesse, et pour notre survie nous ne pouvons pas nous permettre de nous montrer faibles face à eux.

Je réfléchis à ce qu’il dit ensuite. Si les nôtres ont tué des leurs, c’est bien parce qu’ils nous étaient hostiles.

Un missionnaire, de base, considère une créanne comme son ennemi. C’est une question de sécurité, de barrière en quelque sorte. Si nous faisons mine d’être pacifistes, qui nous dit qu’ils ne nous frapperont pas dans le dos ? Il y a des gens qui considèrent… la gentillesse et la compassion comme des faiblesses. Comme des choses qui font douter.

C’est pour ça qu’au début ce n’était pas simple pour moi. Au début, je ne comprenais pas pourquoi on me demandait de les haïr. Je crois que je ne voulais pas. Puis j’ai compris. Mon maître a été très clair là-dessus. J’ai appris à l’effacer, ma compassion à leur égard, parce qu’ils ne nous ont jamais respectées.

Je reste un peu perplexe quant à ses propos suivants. Je ne crois pas avoir déjà croisé des créannes avec de réelles ambitions mauvaises, à objectif purement destructeur. Enfin Eugène, peut-être. Je ne pense pas que ce soit la majorité des créannes, cependant… ? C’est bien pour ça que les missionnaires n’ont pas de raison de se montrer hostile envers nous.

Il peut exister des exceptions, oui. Je pense que ça reste des exceptions. La plupart du temps, les motivations des créannes sont défensives.

Cependant, j’ai l’impression qu’un semblant de doute se dessine dans mon esprit. Un semblant, que je tâche d’effacer. Les créannes ne sont pas des créatures mauvaises, c’est impossible. Tout ce que j’ai cru pendant les trois quarts de ma vie, ça ne peut pas être faux. Je n’aurais pas pu me fourvoyer, on n’aurait pas pu me tromper à ce point, c’est impossible.

Je ne réponds pas tout de suite à son aspiration. Un monde plus paisible. Je suppose que c’est à ça que j’aspire aussi, puisque je veux que nous vivions en paix. Pourtant, je reste hostile, je tâche de transmettre cette hostilité. Au fond, c’est paradoxal, je le reconnais.

Il s’agit de savoir à qui revient de faire le premier pas. Nous avons tendance à penser que c’est à l’autre de le faire, moi la première. Je les considère toujours comme un danger. Faire un pas vers eux semble plus compliqué pour nous –pour moi en tout cas- qu’inversement.

Je tourne mes yeux vers lui. Il sourit. Il semble si calme, si paisible, alors qu’un tel sujet de conversation est très houleux pour moi. Il doit fermement y croire, à son rêve de paix. C’est une belle chose. Mais je crois que je n’ai pas la force de trouver des chemins qui mènent à cette destination. Peut-être est-ce parce que je n’y crois pas.

Mais je pense surtout que c’est parce que je ne comprends pas. Si je comprenais, si j’étais d’accord, probablement mettrais-je toute la volonté que je possède dans ce projet.

Je n’ai pas la force de tout effacer. Il me manquerait des arguments pour changer aussi radicalement d’opinion. Je suis désolée, mais je crois que tes dires ne peuvent pas me servir de preuve. Pas aussi soudainement.

Je lui adresse un mince sourire.


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Nao
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Lun 15 Aoû - 15:33

Cette créanne est vraiment très ancrée dans ses convictions, constaté-je avec un semblant de dépit. Néanmoins, quelque chose me laisse espérer, dans son comportement peut-être, que mes paroles ne lui passent pas au-dessus comme un souffle d'air. Au contraire, elles semblent dresser une sorte de barrière entre Azur et moi, comme pour la protéger d'une vérité qui lui fait mal. Un sourire doux s'étire sur mes lèvres alors que je pose lentement ma main sur son bras, comme pour attirer son attention sur moi à nouveau.

— C'est la violence qui est faible, je lance doucement. La gentillesse et la compassion ne le seront jamais, parce que c'est elles qui ont permis à de grands hommes de se dresser contre les injustices et de changer les choses. Le doute non plus n'est pas mauvais... Ca prouve que tu es encore capable de réfléchir, de voir au-delà de ce que tu crois savoir depuis toujours.

J'aimerais pouvoir l'aider à la faire changer d'avis, ne serait-ce que pour lui faire voir tout ce que moi j'ai vu, cette douceur, cette fraternité, cette amitié qui se construit lentement… Et les missionnaires, qui ne sont pas tous mauvais, qui justement veulent aussi se rapprocher de nous pour certains, qui n'aiment pas plus leur Dieu que nous n'aimons le nôtre... Est-ce que nous n'avons pas tous tellement de points en commun ?

— Pourtant, eux pensent la même chose de nous, et nous les effrayons aussi… ajouté-je avec une pointe de tristesse. Pour autant, si personne ne prend les devants pour faire ce premier pas, il est assez peu probable que quelqu'un de l'autre camp ne le fasse. S'il existe une faiblesse, c'est justement celle de ne pas douter de ses convictions, d'être sûr que nous sommes dans le juste... Pourtant, il faut considérer tous les points de vue pour être capable de réellement comprendre une situation. Ou de l'accepter.

De même, un sourire s'étire sur mes lèvres et j'acquiesce.

— Ne t'en fais pas, j'ai aimé notre petite discussion, ris-je. Je suis certain qu'en avoir parlé avec toi aura pu, non pas te faire changer d'avis mais... Simplement penser ? Je ne voulais pas bouleverser ta manière de voir les choses.

Un sourire doux, encore.

— M'en voudras-tu si je m'en vais à présent ? Il est tard, et je crois que j'ai besoin de dormir. J'ai été ravi de te rencontrer, Azur. J'espère que nous serons amenés à nous revoir.

Je retiens par ailleurs un bâillement, fatigué, et lui fait un signe avant de m'envoler, après un dernier salut. La nuit est vraiment belle, ce soir.

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Leaf
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Lun 15 Aoû - 22:47

Plus ça va, et plus ses paroles me rendent… confuse.

Ses opinions sont tellement éloignées des miennes… disons que quand je l’écoute parler, j’ai l’impression que c’est l’exact inverse de ce que j’ai toujours appliqué tout le long de ma vie.

Je reste silencieuse, écoute ce qu’il a à dire. C’est si étrange de l’écouter parler. J’ai l’impression que c’était comme ça que je pensais… avant. Il y a vraiment longtemps… traiter les êtres de la même manière, créannes ou missionnaires. Je pensais probablement que nous méritions, chacun, de tous nous respecter… que nos natures respectives ne devraient pas avoir d’influence sur notre manière de nous voir les uns les autres… mais… je ne sais pas, je crois que je n’y crois… plus ? Je ne sais pas…

Je m’excuse ensuite auprès de lui, parce que ses convictions me rappellent des souvenirs, mais actuellement elles ne font pas partie de mon présent. Je ne peux pas me détacher de ce que j’ai (presque) toujours cru. Je sais que le pouvoir des mots est parfois bien plus fort que les actes, mais aujourd’hui ce n’était pas assez.

Cette conversation ne m’a pas été désagréable non plus, crois-le bien, fais-je avec un sourire à mon tour. Même si j’avoue que mes pensées sont plus confuses qu’en début de soirée, ahah… je ne saurais pas dire si c’est une mauvaise chose, même si à tes dires ça n’a pas l’air d’être le cas, souris-je encore.

Je me tourne complètement vers lui, hoche la tête. C’était agréable de discuter avec lui, je m’étais sentie particulièrement à l’aise, c’était très naturel… je n’avais pas à peser le moindre de mes mots. C’était différent de ce que j’avais l’habitude… et agréable. Comme si je m’étais retrouvée, un peu, en parlant avec cette créanne.

Bien sûr. Ce fut un plaisir également ; peut-être nous recroiserons-nous. Au revoir, Nao. Et joyeux Noël, ajouté-je avec un clin d’œil.

Je reprends de même ma forme animale, avant de repartir à la recherche de mon petit Leaf.


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