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L'éclat du soleil [Souad ~]
Leaf
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Leaf

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Lun 22 Fév - 19:10
Mes pattes foulaient le sol sec de la savane. L’herbe haute et sèche craquait sous mes pas, les arbres ne nous fournissaient que peu d’ombre. Au loin, nous pouvions apercevoir des montagnes, sous un ciel bleu limpide qu’aucun nuage ne venait troubler.

La gueule entrouverte, je tentais de refroidir comme je le pouvais mon corps souffrant de cette chaleur à laquelle je n’étais guère habitué. Je n’appréciais pas tellement ce climat ; trop chaud, trop sec. L’épaisse fourrure rousse qui m’était d’ordinaire bien utile pour me protéger du froid suédois me faisait ici défaut, et je n’arrivais pas, pour le moment, à m’adapter à mon environnement.

Sans parler du fait que je ne me sentais guère à ma place, ici. Avec Azur nous évitions les populations autant que possible depuis notre arrivée en Ethiopie, car nous y étions complètement étrangers. J’avais cru comprendre que les renards roux n’existaient pas dans ce pays, et encore moins les faucons de l’espèce d’Azur. Nous restions cependant sous nos formes animales, car elles étaient plus pratiques pour le but auquel nous aspirions en venant ici. Mes sens de renard étaient plus développés que mes sens humains, et la capacité d’Azur à voler ainsi que sa vue perçante de rapace étaient particulièrement utiles.

Nous étions en Ethiopie depuis deux ou trois semaines déjà, nous marchions beaucoup, toute la journée, parfois de nuit si nous en trouvions la force. Constamment sur le qui-vive, nous guettions à la fois la présence de potentiels ennemis, mais surtout un type d’aura.

Nous étions à la recherche de créannes.

* * Azur * *

Bon sang, je n’étais pas habituée à quitter l’Europe. C’était, à dire vrai, la première fois que j’en sortais.

J’avais été surprise lorsque j’avais reçu cette mission. Il n’était pas rare que l’on me donne plusieurs missions à la fois… disons plutôt que l’on ne m’envoyait d’ordinaire pas en tant qu’éclaireur. Mon but ici n’est pas de convaincre qui que ce soit de rejoindre notre camp, mais plutôt de faire comme une étude statistique des créannes de ce pays. Oh bien sûr je n’étais pas la seule à travailler ici, et on m’avait attribué une zone précise, car ratisser un pays à la recherche d’individus précis sans avoir aucune information à leur sujet est un travail assez long vous savez.

Nous avions déjà croisé deux créannes ici. L’une d’elles s’était montrée assez agressive en nous voyant d’ailleurs, la plaie peu profonde sous l’œil couleur émeraude de mon petit Leaf en témoignait. Je crois que cette créanne avait pris peur, elle n’était guère habituée à croiser des congénères. Enfin peu importe, nous voulions simplement lui poser quelques questions, particulièrement sur les circonstances de sa naissance. Le phénomène des Créateurs nous intrigue tous beaucoup et, de plus, au vu des récents événements au Panthéon nous nous attendons particulièrement à la naissance de nouvelles créannes. Par conséquent nous essayons simplement de voir en quoi tous ces phénomènes influent sur le monde des créannes. Je ne suis pas là pour leur faire part de mes idées, je dois me montrer neutre. C’est un peu comme un défi pour moi, ce n’est pas le genre de mission que l’on m’attribue d’ordinaire.

Je redresse alors la tête, sentant comme une aura à la fois familière et inconnue. Je pousse un léger cri pour attirer l’attention de Leaf, puis nous nous arrêtons. Je me pose sur la branche basse d’un petit arbre non loin, tandis que mon adorable renard s’assoit aux pieds de ce dernier, fixant son regard étrange vers la direction d’où provenait l’aura.

Nous laissons la créanne venir à nous, nous ne sommes pas là pour l’effrayer. Nous lui laissons ainsi le choix de nous aborder, ou non.

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Souad
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Souad Sheba
Lun 22 Fév - 20:22
Alors que les rayons du soleil repousse calmement l'obscurité de la nuit, une ombre se glisse entre les rochers de la caverne. Une ombre aux allures animales, qui se déplace rapidement. Lorsque le soleil l'éclaire, l'épaisse toison sableuse du fennec étincelle, capturant chaque parcelle de lumière qu'il dégage. Installé sur un rocher, assis tranquillement, le fennec admire le lever du jour, profitant chaque jour de ce spectacle éternel dont il ne se lasse pas. Ses oreilles frémissent un instant. Un bruit avait attiré son attention. Le bruit du repas. Furtif et élégant, il se jète la tête la première dans le sable, à quelques pas devant lui. Il en ressort en machouillant ce qui avait été un scarabée. Un peu trop craquant à son goût, il n'aime pas vraiment les insectes. La tête basse, il renifle avec dépit les sables alentours, guettant une nouvelle opportunité. Il attend. En vain. Le désert s'est tu. Pour le moment.

Rassasié pour l'instant, le renard du désert reprend sa marche vers les forêts bordant les montagnes, dans des coins sauvages où les humains peinent à se rendre. Lui n'a pas leur difficulté. C'est un jeu d'enfant de slalomer entre les roches et d'escalader les arbres. Le sable est aussitôt remplacé par une herbe verte, odorante, que le fennec déguste goulument pour digérer son repas frugal. Il secoue sa tête un instant, baille, puis reprend sa marche. Il saute avec agilité sur un rocher, s'approche d'un cours d'eau à l'onde paisible et y lape le liquide destiné à étancher sa soif. Alors qu'il relève la tête, il tourne son regard de tous côtés. Personne. Il est tranquile. Il semble pousser un soupir, sa silhouette se trouble et, quelques instants plus tard, le fennec, laisse place au corps d'ébène d'une jeune femme, nue.


***


Après s'être glissé dans le ruisseau, Souad asperge délicatement sa peau de l'eau glaciale. Elle pousse un petit soupir de délectation. La chaleur, bien qu'elle ne soit pas caniculaire à cette époque de l'année, commence déjà à se supporter difficilement dans certaines régions aussi arides que le désert. La savane éthiopienne n'est pas en reste et les villages alentours commencent à souffrir des premières vagues. Or, sous le feuillage accueillant de la forêt aux pieds des montagnes, l'air y est plus respirable. Même une eau glacée parait délicieusement tiède à celui ou celle qui a rencontré les rayons du dur soleil d'Ethiopie. Souad s'allonge dans le lit de la ruisseau, écoutant le calme des arbres et le chant des oiseaux. Habitués à sa forme, ces derniers ne la craignait pourtant pas, même sous sa forme humaine. Souad avait compris que les animaux possédait une sorte de langage universel, et qu'ils savaient quand ils n'avaient rien à craindre.
Le chant se tu. Souad se relève, observant les oiseaux qui s'envolent au loin. Quelque chose ou quelqu'un les a surpris. Elle sort sans précipitation du ruisseau et se dirige vers la cause du trouble. Elle la sent. Une chose qui lui est familière, qui lui évoque comme un souvenir mais sans savoir lequel. Sa curiosité prend le dessus, elle s'élance, un fin sourire sur les lèvres, comme si elle partait à l'aventure.

Ses pas la conduisent près de la savane, en bordure de la petite forêt où elle se trouve. Elle ne sort toutefois pas immédiatement, observant les curieuses créatures qui se sont aventurés ici. Elle remarque tout d'abord un oiseau à l'allure étrange, très différentes des rapaces, car s'en est un, qu'elle à l'habitude de croiser. Il est posé sur la branche d'un arbre rabougri et semble attendre quelque chose. En se concentrant sur lui, Souad remarque que cet oiseau dégage l'aura qu'elle a perçu de loin. Mais ce n'est pas tout, quelque chose manque. La sensation est différente. La réponse arrive d'elle-même.
De ses fourrés, elle contemple un animal semblable à elle, quoique plus grand, et d'une couleur fortement inhabituelle. Elle ne se souvient pas en avoir en Ethiopie pourtant, elle est persuadé qu'il s'agit du même animal. Stupéfaite, elle les observe encore un peu avant d'éclater de rire. Cet animal est bien trop étrange, il attire sa curiosité. Sans s'être arrêté de rire pour autant, elle esquisse un pas hors de sa cachette. Ils sont comme elle après tout, que peut elle avoir à craindre? Son corps nu reçoit à nouveau les rayons impitoyables du soleil, qui ne peuvent traverser sa peau d'ébène. Ses longs cheveux pendent librement derrière elle, sous la forme d'une touffe inextricable, à l'image de sa fourrure de fennec.

- Voilà un spectacle peu commun   , dit-elle, toujours amusée.

Elle continue d'avancer, peu impressionnée par les curieux animaux qui la toisent à présent. Elle était chez elle, eux étaient les étrangers.

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Leaf
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Leaf

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Lun 22 Fév - 23:14
A quelques mètres devant nous se trouve une forêt. Je mourrais d’envie de m’y réfugier à dire vrai, mais je me devais de rester ici pour le moment ; jusqu’à ce qu’Azur décide quoi faire, en fait.

Je parcourais doucement des yeux les arbres face à moi. Ces bois étaient loin de ressembler à ceux aux abords de Stockholm, les arbres étaient différents, et puis le climat semblait y être beaucoup plus humide d’un coup.

Mes oreilles se dressèrent alors sur mon crâne, pointées en direction de quelques arbres, un peu à droite. Un son clair, cristallin s’en élevait. Un rire. Dénué de toute malveillance, plutôt un éclat de rire sincère. L’un de ceux qui donnait envie de sourire.

Mon regard fut attiré par un léger mouvement. Je penchai légèrement la tête sur le côté, attendant d’en voir plus.

Alors, une jeune femme émergea des bois. Nue, seule la lumière du soleil semblait habiller sa peau. Ses cheveux formaient une masse sombre un peu emmêlée qui tombait en cascade dans son dos. Ses traits étaient fins ; c’était une belle femme, à n’en pas douter.

— Voilà un spectacle peu commun.

Une pointe d’amusement perçait dans sa voix. Je ne savais pas trop ce qui l’amusait à ce point, peut-être le décalage entre nos apparences avec Azur et ce paysage.

Elle semblait confiante, aussi. La première à l’être autant depuis que nous étions arrivés en Ethiopie, peut-être. Nulle crainte ne brillait dans ses yeux, seule la curiosité.

La curiosité. Cette femme et sa réaction attisaient la mienne, aussi. Je me remis debout, puis le garçon pâle aux cheveux blonds prit la place du renard à la fourrure duveteuse.

En effet, nous devons vous paraître fort étranges, dis-je avec un sourire. Nous ne sommes cependant pas vos ennemis.

Enfin, elle n’avait pas l’air de nous considérer comme tel, de toute façon.

* * Azur * *

Je baisse les yeux vers mon petit Leaf qui reprend sa forme humaine. Je crois qu’il n’attendait que ça, se débarrasser enfin de son épais pelage. Je saute alors au sol et, dans mon mouvement, me transforme à mon tour. Mon habituelle robe bleue légère et mes pieds nus se fondaient tellement mieux dans cet environnement chaud que dans le froid de Suède où l’écharpe et les gants étaient souvent de rigueur. En cet instant je suis particulièrement satisfaite que mes cheveux blancs soient coupés assez courts ; la brise qui me caresse le cou est la bienvenue.

Je pose mes yeux bleus sur la femme devant nous, lui adresse un sourire.

Bien le bonjour. Veuillez bien croire les dires de Leaf ici présent, nous ne sommes pas ici en ennemis.

J’esquisse une légère révérence.

Je m’appelle Azur. Ravie de vous rencontrer.

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Souad
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Souad Sheba
Mar 23 Fév - 8:26
Nullement gênée par leur attention soudaine, Souad se contente d'attendre patiemment une réponse de ses interlocuteurs. Elle exprime une moue impatiente lorsqu'elle sent que le temps se fait long mais, heureusement, les deux nouveaux habitants de son monde se décident enfin à rompre le silence monocorde qui pèse sur eux. Sans manifester aucune frayeur ou étonnement, elle regarde d'abord le garçon puis la jeune fille redevenir ce qu'ils sont. Elle s'y attendait après tout...
Bien droite, elle les toise d'un regard circonspect, sans agressivité cependant. Elle se pose juste quelques questions et espère qu'ils pourront y répondre. Mais elle ne dit rien encore, elle attend toujours qu'ils fassent le premier pas. Elle leur a tendu la main, à leur tour de montrer leur bonne foi.

Le jeune blond, un garçon qui paraissait charmant, lui adresse en premier la parole, aussitôt compléter par la fille aux cheveux blanc. Cette dernière intrigue davantage Souad sous sa forme humaine, la couleur de ses cheveux n'est en rien typique de cette région. D'aucune même il lui semblait. Bien que leur apparence animale le laissait présager, leur forme humaine est encore plus parlante. Ils ne sont pas d'ici. Ils supportent mal la chaleur que les autochtones endurent avec épreuve. Un sourire étire doucement les lèvres de Souad.

-Soit, je vous crois.

Elle se détourne alors, sans leur avoir rendu leur salut. Elle estimait qu'elle n'avait pour l'instant aucune raison de leur faire confiance. La suite lui dirait s'ils en étaient digne ou non. Ils peuvaient prétendre venir en amis, pour mieux l'attaquer ensuite. C'est la première fois qu'elle rencontre ses congénères et, si elles les abordaient de façon badine, elle reste tout de même prudente. Le dos tourné, elle retourne en lisière de forêts, avant de tourner la tête vers eux à nouveau.

-Suivez-moi. Je présume que la chaleur vous indispose plus que moi.

Toujours cette nuance amusée dans la voix, nullement moqueuse pour autant. Alors qu'ils sont sous leur forme humaine, Souad se re-transforme, arborant les traits du fennec de tout à l'heure. Lentement pour qu'ils puissent la suivre, elle les mène à un de ses repères qu'elle a établi dans la forêt, le fameux ruisseau où elle se baignait, à l'abri des regards et hors de porté des hommes ne sachant quoi chercher. Une fois atteint, elle les laisse un instant seuls et se coule habilement sous les roches, de l'autre côté de la berge. Là, elle redevient humaine.

Cette caverne était moins grande que celle du désert, mais lorsque les chaleurs commençaient, elle appréçiait de s'y rendre. Large d'environ 9m², les parois ruisselaient d'eau, faisant de la grotte un lieu constamment humide. C'est une des choses que Souad n'apprécie pas dans ce lieu, l'humidité. Malgré toute son utilité, elle n'aime cette sensation d'être poisseuse en permanence. Vers le fond de la grotte, derrière un tas de pierres, elle sort une vieille tunique à elle, que Omu Fida lui avait brodé il y a plusieurs années maintenant. L'une de ses rares tenues de couleur. Le haut pourpre épousait la forme de son corps à la façon d'un bustier, retenu à son cou par deux minces fils de même couleur. Il n'y avait pas de véritables manches, c'étaient juste deux bande de tissus qui recouvraient en parti ses bras, fendu d'un côté pour les laisser à l'air libre. Le bas se composait d'une simple robe bouffante, reprenant le pourpre du haut pour lentement décliner vers un jaune ocre qu'elle aimait particulièrement. Elle met en place son fameux peigne en bois surmonté d'une fleur de crocus en tissu et remonte pour retrouver ses invités.

Elle les voit installés près du ruisseau. Elle ne leur demande pas s'ils se sont désaltérés ou non, ça lui est égal. S'ils ne le veulent pas, c'est leur problème, il s'agit de leur vie et confort après tout. Souad s'installe non loin d'eux, confiante. Elle s'allonge contre les rochers, un bras posé négligement sur un d'entre eux.
Leaf et Azur... Ce sont les noms que l'oiseau femelle avait lâché. Autre indicateur de leur appartenance à un autre pays. Après un court silence, elle daigne enfin se présenter.

-Je m'appelle Souad. Et je verrai bien vite si je suis ravie ou non de vous rencontrer, poursuit-elle sur un ton vaguement ironique.

Elle ne peut contenir ses regards inquisiteurs, intriguée par leur apparence peu coutumière. Les cheveux blonds ou blancs, leur taille, leur peau, leur yeux, leur tenue... Tout en eux clamait le monde extérieur, un air différent d'ici. Un monde qui, secrètement, la fait rêver depuis plusieurs années. Souad retient son excitation cependant. Elle n'ait pas du genre à afficher clairement ses sentiments.
Après ces courtes réflexion, elle se décide enfin à reprendre la parole:

-Leaf et Azur , prononce t-elle en les regardant tour à tour. Quelle raison vous amène aussi loin de chez vous ? Le simple tourisme ?

De nouveau cette ironie dans la voix. Elle n'y croyait pas elle-même, ils devaient avoir un but. Aucune personne ne s'aventure en Ethiopie sans un but.

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Leaf
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Leaf

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Mar 23 Fév - 18:17
Elle acquiesça avec un sourire, déclarant croire nos dires.

Finalement, elle se détourna, esquissa quelques pas en direction des bois.

— Suivez-moi. Je présume que la chaleur vous indispose plus que moi.

Alors, elle s’affaissa sur elle-même, et prit son apparence animale. Je penchai légèrement la tête sur le côté, intrigué. Je ne connaissais pas cet animal, mais il me ressemblait un peu. On aurait dit un renard de petite taille, couleur de sable, avec de plus grandes oreilles.

Un autre rire, qui m’était bien plus familier que celui de la femme aux cheveux sombres, tinta à mes oreilles. Je tournai la tête vers Azur, curieux quant à la raison de ce rire soudain. J’aimerais bien savoir ce qui amusait tant les deux femmes…

Azur tourna à son tour son visage vers moi. Ses yeux de la couleur du ciel pétillaient ; ils pétillaient toujours.

Allons Leaf, ne trouve-tu pas amusant de voir tant de points communs et de différences avec toi en un animal ?

Je battis des paupières. Si je trouvais cela amusant ? Intriguant, plutôt.

Azur m’adressa un sourire doux, puis suivit les traces de l'animal. Sa démarche était toujours aussi élégante, elle avançait d’un pas léger, gracieux. Azur avait le don de me fasciner. Elle était si mystérieuse et douce. J’aimerais bien qu’elle me parle d’avantage, qu’elle m’explique d’où elle venait, son histoire, son but. Mais elle était assez secrète là-dessus. « Ou en tout cas elle est secrète avec moi », songeai-je avec amertume.

La créanne nous guida vers la forêt. Les arbres se faisaient denses, les rayons du soleil peinaient à traverser leur feuillage, par conséquent la chaleur se faisait moins étouffante.

Nous nous arrêtâmes au bord d’un ruisseau, dont le clapotis de l’eau contre les rochers venait ponctuer les chants des oiseaux. Les arbres d’un feuillage d’un vert profond, les fleurs aux couleurs éclatantes et au parfum délicat contrastaient avec force avec la sécheresse de la chaude savane. Ce spectacle, tant visuel qu’auditif me captiva.

J’étais tant absorbé d’ailleurs que je ne vis pas qu’Azur s’était arrêtée et je la percutai.

Elle se retourna vers moi en se frottant l’arrière du crâne contre lequel j’avais tapé, une faible grimace étirant ses traits.

Excuse-moi, marmonnai-je.

Ce n’est pas grave. Attendons notre camarade ici, elle s’est éclipsée pour faire je ne sais quoi.

Je hochai doucement la tête, avant de m’assoir sur un rocher près de l’eau. Jamais l’eau du Fjord de Stockholm m’avait donné envie de plonger la tête ou même les mains dedans, mais cette fois-ci c’est avec délice que je recueillis l’eau fraîche entre mes mains avant de la porter à mes lèvres, écoutant d’une oreille distraite les jolis sifflements d’Azur derrière moi, qui semblait répondre au chant des oiseaux. C’est sûr que la communication avec les animaux à plumes tenait plus de son domaine que du mien.

Je redressai alors la tête en sentant à nouveau la présence de la créanne. Elle était de nouveau sous forme humaine, vêtue cette fois-ci d’une tenue pourpre et ocre.

D’un accord taciturne, Azur et moi gardâmes le silence, attendant que la créanne prenne d’elle-même la parole.

— Je m'appelle Souad. Et je verrai bien vite si je suis ravie ou non de vous rencontrer.

Un léger rire échappa à Azur, tandis qu’elle s’assit à mes côtés sur un rocher.

Eh bien Souad, j’ose espérer que notre présence ne vous importunera pas.

Souad reprit alors :

— Leaf et Azur. Quelle raison vous amène aussi loin de chez vous ? Le simple tourisme ?

Nous avions donc vraiment l’air d’étrangers. En même temps… ma peau pâle de finlandais ne devait pas être très appropriée pour la vie ici, trop fragile.

Le silence d’Azur m’indiqua que c’était à moi de parler. J’adressai donc un sourire à Souad avant de parler :

Oh non, pas le tourisme… à dire vrai nous étions à la recherche de nos semblables. Nous sommes curieux des modes de vies de nos semblables dans les autres pays.

En tout cas, moi je l’étais. Je ne sais pas pourquoi Azur voulait trouver des créannes en Ethiopie exactement, mais je devais avouer que, malgré les conditions climatiques qui ne me seyaient guère, j’étais heureux que nous ayons entrepris ce voyage. J’étais content de voir des nouvelles choses, d’apprendre de nouvelles choses. Je regrettais un peu que nous ne puissions pas passer plus de temps avec chacune des créannes que nous rencontrions, j’étais curieux d’apprendre comment elles vivaient, comment elles conciliaient leur apparence humaine et leur apparence animale, comment elles utilisaient leurs dons dans leur vie de tous les jours. J’étais curieux de savoir si les modes de vie chez les créannes, de la Suède à l’Ethiopie étaient vraiment différents.

Je penchai légèrement la tête sur le côté, hésitai un instant avant de demander doucement :

Dites-moi, Souad… pardonnez ma question qui vous paraîtra peut-être un peu étrange, mais… quel est le nom de l’animal duquel vous êtes capable de prendre l’apparence ? Il m’a semblé y déceler une certaine… ressemblance avec ma propre forme animale.

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Souad
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Souad Sheba
Mar 23 Fév - 20:28
Souad hausse les sourcils suite aux paroles du jeune homme. D'autres congénères ? Ils étaient donc nombreux en dehors d'elle de la même espèce ? Elle ne savait quoi en penser. Depuis sa naissance, Souad se doute bien qu'elle ne doit pas être l'unique représentante de son espèce, bien qu'elle déteste ce mot. Espèce... Cela faisait si conventionel, si scientifique. Mais faute de mieux, elle l'avait adopté, ne sachant comment s'exprimer autrement. La simple présence du jeune couple face à elle la force à admettre l'existence de ses semblables, dans d'autres pays si l'on en croit les dires de Leaf.
Elle penche alors la tête, contemplant les plis de sa robe en silence. La question du jeune renard la tire cependant de sa rêverie. Un sourire étira ses lèvres, bien qu'elle prenne son temps pour répondre, comme si elle s'amusait de la curiosité du jeune homme.

- Il s'agit d'un fennec. Nous avons quelques affinités effectivement... Sauf que je suis mieux adaptée à cet environnement, déclare t-elle avec assurance.

Aucune menace. Un simple constat. Evident. Elle ne lui renvoie pas la question, elle sait ce qu'il est. En revanche, elle se questionne encore sur le rapace qu'elle a vu tout à l'heure. C'est ainsi que, sur un ton badin, elle s'adresse spontanément à la fille qui l'accompagne.

-Votre forme m'est inconnue également. Est-ce une espèce courante d'où vous venez ?

Manière simple de lui demander à la fois son animal et le lieu d'où ils étaient originaires. Souad n'ayant pas de vastes connaissances sur la géographie, elle était ouverte aux appréciations et aux savoirs que d'autres pouvaient lui apporter. Elle apprécie les étrangers pour cette raison, car ils amènent avec eux une histoire et un pays qui ne lui parlent pas, mais qu'elle aimerait connaître. C'est ainsi qu'elle voyage, par l'esprit.
Le bruit du ruisseau courant dans son lit la distraie un instant. Elle observe la valse des insectes autour des pierres humides, jouant de ses doigts sur la surface du rocher sur lequel elle est accoudé. Il est chaud, doux au toucher, mais moins que ceux du désert. Souad laisse son esprit voguer librement, s'accrochant par moment aux quelques rayons qui parviennent à passer la barrière verte des arbres. Cependant, elle ne rêvasse pas, bien au contraire.

-C'est donc la pure curiosité qui vous a mené ici, murmure t-elle plus pour elle-même que pour ses invités.

Les modes de vie de leurs semblables. Bien qu'elles trouvent cela étrange, ce n'était pas dénué d'une certaine forme d'attrait. C'était une autre type de connaissance, qui faisait voir du pays, prendre des risques également. Ces pensées lui tirent un vague sourire, tandis que son regard s'attarde de nouveau sur les deux individus qui lui font face.

- Et, êtes-vous satisfaits ?

Elle accentue sa demande d'un large geste, embrassant les arbres, la forêt mais aussi tout le pays entier d'un simple mouvement. Bien que son sourire reste neutre, une lueur amusée continuait de danser dans ses yeux. Elle s'amusait beaucoup, et en même temps, s'intéressait.

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Leaf
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Leaf

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Dim 28 Fév - 18:12
Il s'agit d'un fennec. Nous avons quelques affinités effectivement... Sauf que je suis mieux adaptée à cet environnement.

Cette dernière remarque me tira un sourire. Bien sûr que le « fennec » était mieux adapter à cet environnement, de par sa couleur déjà. Il se fondait dans le sable, discret et furtif. Et puis sa petite taille lui permettait probablement de mieux se camoufler derrière les fourrés assez bas de la savane.

Et moi mieux adapté au mien. Je crains que vous ayez un peu froid sous votre forme animale, si vous alliez là d’où nous venons…

Elle reporta alors son attention sur Azur. Ah. J’avais l’impression que l’attention se reportait toujours sur Azur. Etais-je donc si inintéressant que cela ? C’était presque à croire que j’étais l’animal de compagnie d’Azur. Peut-être était-ce le cas, au fond. Elle avait dit à miss Katharyna que son rôle, son travail consistait à me « guider », en tant que pauvre petite créanne perdue. L’intention de base était probablement gentille, mais j’avais eu l’impression que, par conséquent, elle ne restait avec moi que par nécessité, pour son travail. Qu’au fond, je n’étais absolument rien pour elle. Enfin, peu importe. Peut-être me faisais-je des idées… Décidément, j’étais vraiment trop susceptible, j’aimerais bien pouvoir me détacher de ce sentiment… mais bon, étant le sentiment duquel j’étais né, je ne savais pas trop si c’était possible.

— Votre forme m'est inconnue également. Est-ce une espèce courante d'où vous venez ?

Je tournai instinctivement la tête vers Azur, attendant moi aussi sa réponse. Elle adressa un sourire à Souad, puis répondit :

Je n’irais pas jusqu’à dire courante, mais elle l’est bien plus qu’ici c’est certain. L’espèce de ma deuxième forme est un faucon gerfaut, vivant plutôt dans les pays au nord. Nous venons de Suède, au nord de l’Europe.

Un petit soupir franchit mes lèvres, puis je me levai, esquissai quelques pas sur les rochers, n’aimant pas rester assis sans bouger. Je restai malgré tout attentif à leurs dires, prêt à prendre la parole si je trouvais quelque chose à ajouter.

* * Azur * *

— Et, êtes-vous satisfaits ?

Un sourire amusé fleurit sur mes lèvres.

C’est différent de chez nous. Il est intéressant d’apprendre de nouvelles choses, n’est-ce pas ? Surtout lorsque l’on vit aussi longtemps que nous, il est bon de voyager pour éviter l’ennui.

Souad se comporte très légèrement envers nous, dans le sens où chacun de nos gestes semble l’amuser, lui tirer un sourire. Je crois aussi déceler une certaine curiosité dans ses prunelles aussi sombres que la nuit. Mais je n’en suis pas bien sûre, je crois qu’elle est dotée d’un certain don pour ne laisser paraître que les sentiments qu’elle désire montrer sur son visage. Ce n’est pas donné à tout le monde, un tel contrôle de soi. Par exemple, Leaf est très expressif, je n’ai souvent pas besoin de me glisser dans son esprit pour saisir ce à quoi il pense. Quand il est vexé –ce qui arrive ô combien souvent-, ses yeux se font beaucoup plus froids. Il a tendance à légèrement froncer les sourcils, aussi. Ah, et il serre très légèrement les dents ; ça se voit si on observe sa mâchoire. Je suis très observatrice petit Leaf, je finis souvent par connaître les moindres tics et habitudes des créannes que je fréquente longtemps.

Je tourne légèrement les yeux vers mon petit blond. Honnêtement ? Je crois qu’il boude. J’en suis presque certaine, à dire vrai. Lorsqu’il croise mon regard, je lui adresse un sourire gentil. Il s’en remettra, il ne boude jamais très longtemps.

Je reporte mon attention sur Souad.

Et vous, Souad ? Avez-vous déjà voyagé ? Peut-être même que l’Ethiopie n’est pas votre contrée d’origine. Êtes-vous née ici ?

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Souad
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Souad Sheba
Mer 2 Mar - 8:57
La réponse du l'enfant tire un joli rire à Souad, qui hoche la tête avec approbation. Il a de la répartie, elle aime ça. Elle préfère les gens avec un esprit bien formé et capable de se montrer ferme parfois. Elle voit tant de gens, dans leur intimité ou en public, qui se laisse marcher dessus, semble oublier jusqu'à leur dignité juste pour satisfaire leur désir ou tout simplement parce qu'ils n'ont pas la force d'obtenir ce qu'ils veulent vraiment. Souad méprise ces gens-là. Mais les deux étrangers qui lui font face sont d'un autre genre. Elle ne comprend pas bien leur lien, ni ce qu'ils font réellement ensemble mais cela lui importait peu. Elle est curieuse d'en apprendre plus sur eux et, parallèlement, sur elle.

La fille lui explique alors sa forme animale. Souad lui offre un visage neutre, mais au fond d'elle, elle bout. Le nord ? La Suède ? Elle ne connait pas ces noms, bien qu'elle n'ait aucun mal à comprendre qu'il s'agit d'un autre pays, apparement très loin. Associé à ce qu'avait dit le petit, elle réalise qu'ils viennent d'un pays froid, le nord était donc froid ? Etait-ce comme lors de la saison des pluies ici ou bien encore davantage ? Elle devait en savoir plus, elle en ressentait presque le besoin.

-Et si vous me racontiez en quoi tout est si différent. Je suis curieuse d'en savoir davantage sur le Nord et la Suède dont vous me parlez, dit-elle, un sourire mutin aux lèvres.

Ils connaissent son pays à présent, du moins en partie. Sauf s'ils ont séjournés uniquement dans ce désert aride, alors ils n'auront rien vu de bien intéressant. L'Ethiopie est un vaste territoire, connaissant une variété presque infini de reliefs. Le désert était sa maison, mais le pays tout entier l'accueillait et elle aimait s'y promener. Un peu comme un terrain de jeu pour un enfant, où le terrain de chasse d'un animal.

Elle voit le plus jeune se lever et s'en aller vers les rochers. Elle l'observe de loin, avec de rapide coup d'oeil, mais ne s'y intéresse pas davantage. S'il veut s'en aller il peut, elle ne le retiendra pas. De même pour son amie. Souad se lève toutefois, éprouvant le désir de boire. Une phrase prononcée par Azur continue de lui trotter dans la tête : " lorsque l'on vit aussi longtemps que nous..." Elle ne réagit pas sur le coup, mais médite tranquillement ces paroles, tandis que ses mains en coupe capturent l'eau courante entre les cailloux. Quand bien même elle n'avait jamais su ce qu'elle était, elle sait qu'elle est différente des autres hommes, de la même manière que son instinct lui a forgé certaines sensations innées. Elle voit qu'elle ne vieillit pas, qu'elle est toujours la même qu'il y a douze ans, là où les femmes se tarissent et les hommes se flétrissent. Elle se sait éternellement jeune, mais elle n'en connait pas la raison. Eux la connaissent.
Elle boit quelques gorgées avant de demander:

-Qu'entendez-vous par "nous" exactement ?

Elle ne s'était pas retourné, s'adressant à ses invités sur un ton un peu brusque. Aucune colère dans sa voix cependant, juste un désir de comprendre, mêlé à un peu d'agacement. Ils tournaient autour du pot, ils aimaient les longues phrases, comme celle que l'on sort aux enfants pour les endormir ou pour les rendre confus. Bien qu'elle n'ait rien contre eux, cela ne lui plait pas. Elle n'en montre rien malgré tout et reviens près des rochers où elle s'était installé. Elle s'allonge cette fois sur le côté, jouant avec les herbes pointant entre les roches de ses doigts fins. La question que lui pose la femme-faucon était prévisible, ce qui fait naître un demi sourire chez Souad. Elle n'a rien d'aussi exotique à leur raconter, bien qu'elle réserve son jugement jusqu'à ce qu'ils lui expliquent à quoi ressemble leur contrée si froide. Ils attendent qu'elle leur réponde en premier. Elle les regarde fixement pendant un temps, comme si elle réfléchissait à quelque chose. Finalement, elle finit par hausser les épaules et commence à raconter.

-L'Ethiopie est mon pays d'origine. J'y suis née et je n'en suis jamais partie, explique t-elle avec simplicité

Un minimum de mot pour un maximum de sens. Les gens de son pays sont ainsi, on lui avait appris ainsi. Aussi se demandait-elle si les gens du Nord aimait noyer leurs interlocuteurs sous leurs longues phrases et leurs grands mots. "Voilà une étrange coutume"


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Jeu 17 Mar - 23:05

* * Azur * *

Et si vous me racontiez en quoi tout est si différent. Je suis curieuse d'en savoir davantage sur le Nord et la Suède dont vous me parlez.

Eh bien, commencé-je pensivement. Il y fait plutôt froid, là-bas. Les arbres sont différents, plus grands, plus épineux peut-être. Le soleil semble plus froid, là-bas, plus… lointain, peut-être. Et comme tu le vois, les animaux qui y vivent sont adaptés au climat ambiant. Quant aux humains… la culture y est différente. Nous n’avons pas beaucoup eu le temps de fréquenter les populations humaines d’ici, alors il est difficile d’établir une comparaison… mais probablement que les modes de vie sont différents.

Je l’observe tandis qu’elle se redresse avant de se pencher vers l’eau, et de cueillir au creux de ses mains en coupe le précieux liquide et de le porter à ses lèvres. Ses mouvements sont gracieux, légers. Elle est si calme, face à l’inconnu…

— Qu'entendez-vous par "nous" exactement ?

Je penche légèrement la tête sur le côté, avant de croiser le regard de Leaf. Je crois qu’il a envie de parler…

* * * *

Azur me laissa la parole. Je la remerciai d’un sourire, avant de tourner les yeux vers Souad.

Elle ne savait donc pas ce qu’elle était. Ce devait être tellement… troublant de ne pas savoir ce que l’on est. Je comprenais mieux pourquoi Azur se faisait un devoir d’aider les créannes nouvelles-nées…

Je pris la parole d’une voix douce :

Nous… sommes des créannes. Nous ne sommes pas des humains, bien que souvent nous nous mêlons à eux. Nous nous caractérisons par deux formes, végétales ou animales…

Je me tais un instant, pensif, avant de reprendre :

…et aussi par notre don pour posséder l’esprit des gens.

Je ne m’en étais que très peu servi, de ce don. Juste contre certains humains avec très peu de barrières mentales…

Un temps de silence passe, puis Azur demanda à la femme si elle avait déjà voyagé.

— L'Ethiopie est mon pays d'origine. J'y suis née et je n'en suis jamais partie.

C’est un bel endroit, dis-je en jetant un regard circulaire. Mais… vous vivez seule ? Cela ne vous pèse pas trop ?

Oh, je savais que cela dépendait du caractère de chacun. Certains aimaient vivre seuls, d’autres non… ce qui était mon cas, je crois. Je ne sais pas ce que je ferais si je me retrouvais sans aucune compagnie… J’en serais triste, je crois…

Je m’assis sur un rocher, penchai un peu la tête sur le côté.

Pardonnez ma curiosité mais… vous n’avez jamais trouvé étrange de pouvoir vous transformer en fennec, et pas les humains normaux ? Je veux dire… vous étiez doté d’un tel calme lorsque vous nous avez demandé ce que nous sommes… vous n’avez jamais cherché à comprendre qui vous étiez ?

Ma question devait probablement être assez confuse… mais… à sa place, j’aurais surement posé une montagne de questions, avec une excitation fébrile, et beaucoup de nervosité, je crois. Sachant que j’aurais probablement passé mon temps à chercher des semblables pour comprendre pourquoi j’étais différent…

Enfin. Peut-être tout simplement Souad était-elle juste beaucoup plus calme que moi…

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Souad
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Souad Sheba
Sam 21 Mai - 14:08
Elle remue légèrement sur son assise, écoutant attentivement malgré tout la description qu'Azur lui fait de son pays. Elle vient donc d'un pays de glaces, comme l'on dit ici. Un pays couvert par les vents froids, avec des arbres touffus... Elle répète doucement chaques mots qu'elle prononce, imprimant dans mon esprit une image du décor qu'elle peint. Cela doit être si beau, si différent de sa savane natale. Elle aime la couleur ocre de son village ainsi que la nature sauvage, brûlante qui la caractérisait. Mais elle rêve d'un ailleurs également, qu'elle se représente blanc, avec cet chose si étrange que l'on appelle "neige" et qu'elle voit dans tant de livre, peuplé d'animaux ressemblant à celui du dénommé Leaf.
Elle rouvre les yeux en entendant ce dernier se rapprocher. Elle plante ses yeux sombre dans les siens, attendant de recevoir la réponse tant attendue. Que va t-il lui expliquer ? Enfin ce qu'elle est. Elle s'agite un instant, mal à l'aise. Elle n'aime pas avouer son ignorance, cela revient à avouer une faiblesse et cela ne lui plait pas.

Ses yeux s'écarquillent pendant une courte seconde avant qu'elle ne retrouve contenance. Une Créanne ? Elle est une créanne ? Elle avait déjà noté ses dons de transformation, ainsi que celui de posséder les esprits comme il dit. Elle savait depuis qu'elle n'était pas vraiment humaine. Et même si le nom de Créanne ne lui disait rien, pouvoir poser un nom sur quelque chose la rend plus accessible. Elle peux se nommer. Elle sait qui elle est.

- Est-ce vraiment une possession ? Je n'ai ressenti que quelques émotions lorsque j'ai essayé... expliquais-je à voix basse.

Elle s'adresse presque davantage à ell qu'à eux, comme si elle se retournais la question à elle-même. Elle réfléchit à ce qu'il lui a révélé. L'impression d'un puzzle en voie d'être complété fait irruption dans sa tête et lui tire un petit sourire.
Ces deux visiteurs ont au moins eut le mérite de lui apporter quelques vérités. Ils ne sont pas gênants, plutôt sympathiques, même si elle reste méfiante. Peut-être exigeront-ils quelque chose d'elle.

- J'ai vécu avec une personne. Je vis seule à présent.

Abu 'Omar... Il lui manque un peu. La solitude ne lui a jamais pesé, cela ne la dérange pas d'être seule car c'est le prix de la liberté, à laquelle elle ne renoncerait pour rien au monde. Il lui arrive cependant de vouloir parler à quelqu'un d'autre qu'à un reflet, un autre chose qu'un oiseau de passage. Mais telle est sa vie et malgré tout cela, elle n'en changerait pas. Le bonheur n'est qu'éphémère, le besoin, lui, est permanent.

-La solitude est mon quotidien. Je vis avec elle et elle vit avec moi. Nous sommes les deux faces d'une même pièce.

Suite à cette réponse sybilline, Souad esquisse un demi-sourire, perdant son regard dans les frondaisons. Quelques rayons de soleils passaient à travers l'épaisse touffes de feuilles cotonneuses, propre aux arbres du désert. Cela leur donne l'impression d'être de nuit, bien qu'il n'en soit rien. La nuit est courte, voire inexistante dans ce pays en plein été. La créanne, elle, préfère le soleil. La chaleur est un compagnon plus agréable que les froids rayons de la lune. Elle aime sentir sa peau chauffer sous le massage permanent de l'astre du jour.
Ses rêveries sont interrompues par une nouvelle question de la créanne masculine. Elle pousse un long soupir.

-Ta tête est aussi garnie de questions qu'un arbre de feuilles...

Elle redresse fièrement la tête et contemple le jeune homme d'un regard froid, où pulse une étincelle d'agacement. Pour qui la prend t-elle ? La dernière des ignorantes, une imbécile complète ? Pense t-il qu'elle se lève chaque matin sans remarquer qu'elle est différente?

-Ne m'insulte pas, bien sur que j'ai toujours su que j'étais différente. Cela est-il suffisant pour savoir ce que l'on est ? As-tu su à tes premières heures ce que tu étais? demande t-elle d'une voix forte et sèche.

Ses doigts caressent longuement la roche sur laquelle elle est allongée. La surface rugeuse parvient à l'apaiser et, après avoir détourné le regard vers l'horizon dans un geste de mépris, elle consent à de nouveau lui adresser la parole, d'un ton plus calme cette fois.

-Il n'est jamais facile de rechercher ce que l'on ignore nous manquer, lui dit-elle d'une voix plus avenante.


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Ven 24 Juin - 22:20
HRP : Désolée du retard ! TwT

Je secouai la tête doucement.

Je n’ai jamais guère plus ressenti que des émotions, moi non plus… c’est  une question d’expérience et de puissance, je suppose…

Elle ne semblait pas malheureuse d’être seule. Ce n’était pas tant cela qui me perturbait, mais plutôt le fait qu’elle ait réussi à surmonter la solitude après avoir vécu avec quelqu’un. Cela devait être tellement difficile… l’idée de vivre soudainement sans Azur me nouait la gorge.

— Ta tête est aussi garnie de questions qu'un arbre de feuilles...

Mes joues se tintèrent de rouge. Mais lorsque je croisai son regard, et y lus froideur et agacement, ce ne fut pas de l’embarras qui m’enserra les tripes, mais de l’énervement. Je tâchais de rester poli, et de plus l’aider à comprendre, alors pourquoi l’énervai-je ?! Je ne me montrais ni méchant ni agressif, je cherchais juste à savoir comment les autres créannes, si elles ne sont pas aidées, vivent, comment elles comprennent…

Je serrai les dents. Sa voix était sèche. Et je savais que mon propre regard s’était fait plus froid.

Oui, je l’ai su. Parce qu’on me l’a appris. C’est pourquoi je voulais savoir comment les créannes qui naissent seules, sans appui aucun, font pour apprendre tout ça, fis-je d’un ton plus froid.

— Il n'est jamais facile de rechercher ce que l'on ignore nous manquer.

Je ne sus pas quoi répondre. Parce qu’elle avait raison.

Je sentis une main sur mon épaule ; je tournai la tête vers Azur. Son sourire était doux, mais son regard plus lourd. « Ça suffit, Leaf. »

Ma bouche se tordit en une moue boudeuse, puis j’estimai préférable de me perdre dans la contemplation des reflets dans l’eau.

Oh, il est vexé. Il ne s’attendait pas à ce que ses questions agacent Souad. Il ne sait pas quand il va trop loin, et quand ses questions deviennent mal venues…

Je tâche de le calmer en posant une main sur son épaule. Puis je reporte mon attention vers Souad.

Bien sûr. Je comprends ça, j’ai vécu la même chose… J’ai vécu de longs mois sans savoir exactement ce que j’étais, et à l’époque à laquelle je suis née, où les gens étaient méfiants, et où l’orage de la guerre civile n’était pas loin, être aussi différent et étrange aux yeux des humains pouvait être dangereux… ne pas savoir, et n’avoir aucun moyen de savoir, c’est dur.

Combien de temps ai-je attendu, espéré, que celui qui m’avait donné naissance revienne, et m’explique le monde dans lequel il m’avait laissée ? Utu, combien de temps au juste ai-je attendu que tu reviennes ? Je lève un instant les yeux vers le Soleil, si puissant en ces contrées arides.

Désireuse de changer de sujet, l’ambiance se faisant peut-être un peu trop tendue, j’aborde un tout autre sujet de conversation.

Souad ? Accepteriez-vous de nous parler un peu de cet endroit ? Tout comme nos pays vous sont étrangers, cette région nous est tout aussi inconnue. Que la nature cache-t-elle ? Cette aridité doit cacher des secrets merveilleux, comme cet endroit par exemple.


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Souad
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Souad Sheba
Dim 26 Juin - 14:52
L'amusement danse dans les yeux de Souad tandis que la petit renard du froid s'énerve contre elle. "Voilà un être bien étrange, il paraît aussi lisse que du sucre de l'extérieur, ne s'agitant que pour ses sempiternelles questions, mais il semblerait qu'il ait aussi du caractère." pense Souad. La personnalité des gens du Nord la fascinait beaucoup. Ils sont si différents d'ici. Les éthiopiens ont un rythme plus calme, ils se laissent bercer par le temps et la nature en regardant de loin ce qui arrive. Nous vivons dans un pays où la chaleur et la pluie règnent en maître, nous ne luttons pas contre ce que le destin nous amène. Mais le garçon, lui, semble de nature plus rebelle. Souad comprend cette attitude, qu'elle qualifie de source de jeunesse. Les enfants sont comme ça chez elle.
Azur en tarde cependant pas à intervenir pour apaiser son ami, qui préfère s'absorber dans les reflets de l'eau. La jeune fennec éclate d'une rire cristallin, telle une trille d'oiseaux moqueurs.

-Ton caractère est aussi mouvant que le sable sous le vent, mon jeune ami.

La voix de Souad était plus douce, mais ferme. Elle leur rappelait qu'il était certes le bienvenus dans son antre, mais qu'il ne devrait pas oublier qu'il est chez elle et qu'à se titre, il lui doit un minimum de respect. Elle ne connaît pas les coutumes du Nord, mais dans son pays, l'hôte est roi. L'étranger est reçu et honoré, mais on lui demande de respecter son bienfaiteur. Elle ne désire pas enfoncer le couteau dans la plaie, mais elle tient à lui rappeler sa place.
Tapotant du bout des doigts la roche humide où elle est installée, Souad réfléchit aux paroles d'Azur. La solitude oui... Elle le leur a expliqué. Elle n'avait aucune envie de rentrer dans les détails et de raconter comment son village l'avait chassé. Cele ne les regardait pas. En revanche, elle manifestait un vif intérêt pour le récit du rapace.

-Sommes-nous donc immortels ? demande t-elle vivement.

L'idée lui est neutre. Elle ne lui déplait pas mais ne lui plait pas non plus. Elle n'a aucune envie de vivre éternellement. Le monde est sûrement vaste, mais son jardin éthiopien lui convient parfaitement. Sortir de son pays la tentait et en même temps la rebutait. De même que toutes les informations qu'elle apprend sur son compte. Une créanne... Au fond, qu'est-ce qu'une créanne pour de vrai ? N'est-elle que ça ? Elle se disait, quelque part au fond d'elle, qu'elle n'aurait pas dû le savoir. Elle se sentait prisonnier d'une cage où son nom était écrit en lettres grossières, elle qui s'estimait jusqu'à présent libre. La connaissance a toujours un prix semble t-il.
La demande d'Azur est accueillie par un haussement d'épaules. Pourquoi en pas lui raconter après tout. Ceux qui désirent le savoir aiment se le voir offrir par quelqu'un d'autre. Son regard sombre se pose de nouveau sur eux et les englobe. Un fin sourire esquisse ses lèvres tandis qu'elle commence à raconter.

-Cette contrée est vaste, changeante, aux multiples facettes. Il y a des montagnes de verdure, d'autres arides. Il y a des déserts, ainsi que de grandes plaines fertiles. Des villes grouillantes de monde et des plateaux vides du moindre humain si ce n'est les rares bédouins qui s'avançent jusque sur nos terres, raconte t-elle d'une voix lente et posée.

Elle ne donnait pas réellement de détails car il n'y avait rien à dire. Parler d'un pays en détail est bien trop long, trop compliqué... et superficiel. S'ils veulent vraiment connaître sa maison, il doivent visiter par eux-même la contrée. On ne connait vraiment un endroit qu'à partir du moment où on l'a visité soi-même. La femme-rapace devrait comprendre le sous-entendu aisément, elle s'en doutait.

-Notre culture est différente. Nos pensées, nos choix, notre façon de voir le monde est à l'image d'un élastique : Nous sommes semblables mais à la fois terriblement éloignés.

C'est à ce moment précis que Souad se lève. Elle en avait assez de rester assise et ses jambes criaient à la marche. Elle esquisse quelques pas en direction de la rivière en contrebas, marchant sur les pierres du lit sans hésiter. L'autre côté de la rive était à peine distant de ses deux compagnons, ils ne pouvaient la perdre de vue et ils pouvaient tout aussi bien l'entendre que tout à l'heure. La nature était vivante, mais silencieuse dans ce microcosme. Souad posa doucement sa main contre un tronc d'arbre et inspira lentement à plusieurs reprises, avant de reprendre la parole.

-La nature est sauvage ici, nous ne la domptons pas car elle est aussi dangereuse qu'elle peut être accueillante. En regardant vos pays dans les livres, en vous entendant en parler, j'ai l'impression que la nature est oubliée chez vous. Vous faîtes parti d'un continent moderne, mais vous oubliez vos racines.

Un arbre sans racine est un arbre mort, ou destiné à l'être. Souad ne connaît pas le pays de nos deux aventuriers mais elle parvenait tout de même à l'imaginer suffisament. Elle était intriguée, pas follement attirée, un peu déçue aussi. Mais les deux individus respiraient une aura exotique qu'elle n'avait jamais ressenti. Elle se demandait, au fond d'elle même, ce que serait la vie loin de chez elle. Elle aimerait voir le monde, partir à la recherche de ce qui lui manque. Elle voudrait combler son coeur avec ce sentiment qu'elle ignore et qu'elle a tant de mal à trouver. Ce pays est-il la réponse ?

-Comment la vie s'organise t-elle dans un pays de glaces... pour nous, je veux dire, demande t-elle en tournant son visage serein vers eux.

Elle était curieuse, un peu. Elle souhaitait toujours en savoir plus mais elle n'aimait pas poser des questions. Cependant, elle n'avait pas non plus tous les jours des étrangers face à elle, des étrangers lui apportant des informations qu'elle n'aurait jamais découverte.

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Mar 28 Juin - 18:30

— Sommes-nous donc immortels ?

Nos corps sont biens différents de ceux des humains… nous vivons longtemps, très longtemps. Je ne crois pas avoir entendu parler d’une créanne mourant de vieillesse ou de maladie. Pourtant nous ne sommes pas immortels… plutôt éternels, je dirais. Nous pouvons mourir par la main de l’autre… ou par notre propre main aussi, je suppose. Mais la nature en elle-même n’a pas la même emprise sur nous que sur les humains.

Du moins, c’est le cas pour les créannes des dieux, je ne sais pas ce qu’il en est pour les créannes issues de créateurs, elles sont apparues trop récemment pour que je puisse savoir si elles sont différentes de nous ou pas. Je ne sais pas quelles sont les origines de Souad.

Je l’écoute, intéressée, nous parler ensuite de son pays. La manière dont elle en parle, cela semble si différent des mentalités courantes par chez nous. Il y a de moins en moins de gens qui voient de la beauté dans les « simples » choses du monde, telles que la nature ou même la vie. Pour certaines personnes, ce sont des choses devenues communes, et elles ne voient plus de beauté et de magie incroyable en cette Terre. Ils s’y attachent de moins en moins, et s’en éloignent. La glace, la sensation du chaud, du froid, le Soleil, le feu, ne sont-elles pas des choses curieuses et extraordinaires ? Se pencher et réfléchir sur ces choses qui font notre quotidien nous permet d’en voir la complexité. Cela dit, la nature ne se contrôle cependant pas. Depuis des millénaires les humains tâchent de la contrôler. Cependant, lorsqu’elle est trop bridée, et lorsqu’elle décide de reprendre ses droits, cela se fait généralement de manière imprévue et violente ; les inondations sont un exemple. J’ai beau ne pas être proche du Panthéon, parfois j’éprouve de la compassion envers Nin Hursag qui doit vraiment souffrir de la condition actuelle de la Terre.

Je déplore également la surexploitation de cette Terre. Les humains progressent, au-delà même de ce que les dieux ont pu imaginer je suppose. La Terre souffre… en deux-cents ans, j’ai pu voir la situation se dégrader… je ne pourrais pas dire le contraire, la nature se fait oublier par chez nous. Elle est confinée, enfermée parfois, c’est bien malheureux…

Je pensais aux zoos notamment. Ce genre d’endroit m’horripilait. Comment pouvait-on considérer des êtres vivants comme des bêtes de foire, à exposer au milieu d’un enclos ? Enfin, les parcs animaliers avaient tendance à se faire plus respectueux envers les animaux de nos jours, comparé aux décennies passées, je devais reconnaître au moins cela aux humains.

— Comment la vie s'organise t-elle dans un pays de glaces... pour nous, je veux dire ?

Pour les créannes ? Généralement nous tâchons de nous fondre parmi les humains… disons que cela dépend des desseins de la créanne en question. Mais de manière générale, nous nous comportons comme des humains ; nous cherchons à trouver un travail, à cacher nos dons, à éviter nos ennemis.

Je laisse passer un petit silence, avant de reprendre :

Pour Leaf et moi c’est un peu différent, nous vivons dans une ville où il y a beaucoup de gens qui potentiellement peuvent nous être hostile (je tâche de me montrer aussi neutre que possible en parlant des missionnaires). De fait, nous vivons surtout en marge, dans la forêt voisine… et puis il faut dire que nous sommes tous deux plus à l’aise loin de la civilisation.


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Souad
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Souad Sheba
Jeu 30 Juin - 11:15
Souad assimilait les informations que l'oiseau lui donnait, sans surprise mais avec perplexité. Elle s'interrogait tout au fond d'elle, sur le fait de savoir comment un tel miracle peut-être possible. La nature n'avait pas de prise sur elle, mais elle l'avait déjà expérimenté. Depuis toutes ces années, elle n'avait pas changé d'un grain. Sa peau était toujours aussi lisse, ses yeux aussi sombres, ses lèvres aussi pulpeuses. Rien n'avait changé sur son corps, là où les marques du temps se font voir bien plus tôt chez les humains ordinaires. Cette découverte ne l'avait pas affligé, ne l'avait pas réjouie non plus. L'éternité... ce mot offre bien des rêves et des fantasmes au commun des mortels. Elle l'avait, mais était-ce bien un don. Azur semblait avoir vécu plusieurs siècles, cela lui a t-il été bénéfique ?
Souad lui offrit un visage neutre, tandis que ses yeux plongèrent dans les siens.

-Eternels... Mais vulnérables aux blessures de la chair.

Elle répéta cette phrase encore une ou deux fois, comme pour bien assimiler le concept, qu'elle comprenait pourtant sans mal. Pourquoi alors cette sensation qui lui vrillait l'estomac ? Elle y porta naturellement une main, comme pour apaiser une douleur, sauf qu'il n'y avait rien. Elle soupira.

- Est-ce un cadeau... ou une malédiction ? Je ne suis pas sûre de devoir me réjouir d'être éternelle.

Souad offrit ses pensées à haute voix car pour une fois, elle ressentait le besoin d'obtenir l'aide d'une personne plus expérimenté, une personne qui avait vécu longtemps en se sachant immunisé contre les assauts du temps.
La créanne plus âgée lui expliqua alors son rapport à la nature, comment elle voyait les choses et comment l'état actuel des choses se trouvait dans son pays. Souad hocha la tête tout en se relevant à nouveau pour marcher un peu. Elle connaissait ses réserves naturelles, il y en avait ici aussi. Elle était même entré dans l'une d'entre elles sans le faire exprès. Elle ne prêtait pas attention aux panneaux. Sous sa forme de fennec, ils lui étaient inutile. Même sous sa forme humaine d'ailleurs. Les animaux ne semblaient pas malheureux, mais ils se savaient enfermés. Ils savaient qu'ils n'étaient pas vraiment libres et condamnés à voir des imbéciles se pamer devant eux, pour les observer, leur voler leur intimité.

-Les humains ne comprennent pas leur monde. Ni ceux qui y vivent. Ils préfèrent se rassurer en se donnant du pouvoir, car ils oublient ceux qu'ils écrasent. Cela vaut partout, pas seulement chez vous, s'exprima t-elle d'une voix calme.

En revanche, la façade calme et sereine de Souad vola en éclats par la suite. Les paroles d'Azur l'intriguèrent plus que tout mais surtout, elle ne comprenait pas ce qu'elle lui disait. Elle fronça les sourcils, tentant d'appréhender ce qu'elle venait d'apprendre. Les desseins des créannes ? Comment ça ? En quoi cela affecter leur milieu de vie ou leur fonctionnement ? Et puis surtout, ce qui l'inquiétait un peu, bien qu'elle ne laissait pas voir, c'était le fait qu'elle parle d'ennemis. Souad avait été confronté à la peur et la haine des gens, leur incompréhension se transformait souvent en violence. Les hommes aiment détruire ou posséder ce qu'ils en comprennent pas. Souad leur avait échappé mais elle n'imaginait pas qu'ils puissent être des "ennemis", au sens biologique du terme. Son instinct animal lui soufflait un avertissement, comme un ennemi héréditaire, sans qu'elle sache pourquoi.

- Quels sont les desseins d'une créanne ? Je veux dire, en quoi leurs volontés ou leurs buts peuvent affecter leur mode de vie dans votre pays ? Et surtout...

Souad laissa plâner un silence, car elle tentait toujours d'assimiler cette notion. Le récit d'Azur sur leur vie avec Leaf, le petit renard, ne laissait plâner aucun doute lui sur la manière dont il fallait comprendre ses paroles.

- Qu'entendez-vous par "nos ennemis" ?

Elle avait prononcé ses mots en leur tournant le dos, pour qu'ils ne voient pas son visage affecté. Elle n'avait pas peur. Non, elle était curieuse. Elle voulait comprendre et cela l'agaçait car c'était montrer que l'on ignorait tout de son milieu et de sa condition. Elle n'y pouvait rien mais cela la gênait. Elle retrouva cependant vite contenance, et son visage neutre. Se tournant à nouveau vers eux, elle leur reposa la question encore une fois.

-Qu'est-ce qu'une créanne ? Et nos ennemis comme vous les appelez, nos desseins également... Dîtes-moi! Que voulez-vous dire ? demandais-je avec force et autorité.

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Leaf
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Mer 10 Aoû - 16:17

La plupart des créannes que je croise ne prennent pas conscience de la signification de l’éternité. Beaucoup vivent très ancrées dans le présent, elles ne se projettent pas dans l’avenir. Ne cherchent pas à s’en construire un, elles cherchent à survivre, là, maintenant. En ce sens, peut-être est-ce le souffle de notre seconde nature animale qui vient caresser notre cœur. Qu’en pensé-je ? Je n’en sais trop rien, à dire vrai.

Je crois que cela dépend de notre mode de vie. De ce que nous cherchons… si nous sommes pourchassées, si nous vivons dans la peur du lendemain, cela se rapprocherait plutôt d’une malédiction. En revanche, si nous avons un but… ou encore, si nous avons quelqu’un à côté de qui avancer… peut-être que cela peut être une bonne chose.

Pensive, je laisse planer un silence, avant de reprendre.

Bien que je ne sois pas encore assez vieille pour ressentir cela, peut-être malgré tout qu’une trop longue vie, après avoir tout vu, tout entendu, tout vécu, la lassitude nous prend, et nous venons à regretter cette éternité qu’on nous a offert… je ne sais pas, je n’en suis pas encore là.

S’ensuit une conversation sur la nature. Sur les rapports que chaque être entretient avec elle ; rapports bien différents selon la personne, selon l’être.

Non seulement ils ne le comprennent pas, mais ne cherchent plus à le comprendre. Ils ont oublié que ce sont eux qui se sont implantés dans le monde, et non pas le monde qui s’est créé autour d’eux. De fait ils ne devraient pas autant forcer la nature à se plier à leurs désirs, qui pour certains sont futiles et ne sont pas vitaux ; concernant la vie animale en tout cas. Et la plupart de ceux qui ne l’ont pas oublié se sentent trop petits et seuls pour agir.

Lorsqu’elle me pose ses questions, lorsque je lui parle des créannes, plus en général, je crois entendre de la tension dans sa voix. Pas tellement de l’inquiétude, plutôt un besoin pressant de savoir. Ce que je pouvais aisément comprendre. Je me pince les lèvres ; je n’avais pas prévu de mentionner les missionnaires et la Congrégation à quiconque. Je me dois de ne pas montrer une quelconque position… ça risque de ne pas être aisé.

Je me mets debout.

Les créannes sont des créatures nées de sentiments forts. Nous sommes nées des dieux, les divinités qui dirigent ce monde, la terre, l’eau, le soleil… ils nous ont donné naissance, cependant je ne crois pas que c’était quelque chose qu’ils avaient prévu. Ils nous laissent, perdues en ce vaste monde. Je ne sais pas s’ils nous haïssent sincèrement ou s’ils nous considèrent juste comme des déchets… les créannes n’étaient pas prévues, la plupart du temps nous sommes donc vues comme incontrôlables et indésirables. Les serviteurs des dieux, qui ont pour siège la ville dont nous venons, en Suède, nous le font comprendre, et, bien que je ne suis pas certaine d’en comprendre l’origine, la plupart des créannes et la plupart des missionnaire se font la guerre, depuis… oh, qu’en sais-je ? Depuis la nuit des temps, surement.

Je m’approche du petit court d’eau, trempe mes pieds dont la peau semble bien trop pâle pour survivre à un tel soleil dans le ruisseau.

Nous sommes des créatures si incontrôlables des dieux que, depuis quelques décennies, les humains aussi peuvent donner naissance à des créannes. Personne ne sait pourquoi, ni les créannes, ni les missionnaires. Et si même ces derniers ne sont pas au courant, je ne suis même pas sûre que les dieux eux-mêmes comprennent ce phénomène. Nous ne savons que très peu de choses de ces créannes, nous ne savons pas si elles sont différentes. Je crois que cette « imprévisibilité » effraie d’autant plus les missionnaires. Nous vivons dans leur ville, c’est pour ça que nous devons faire attention. Bien qu’il existe des créannes qui s’entendent bien avec les missionnaires.

Ce qui n’est pas mon cas.

Quant à nos desseins, je pense qu’ils dépendent du camp dans lequel nous nous plaçons. Contre les missionnaires, neutre, ou avec les missionnaires.


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