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Les créatures remarquables d'Irlande et comment les trouver [Astrid]
Fray
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Fray Almovitsh

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Jeu 26 Mai - 20:52


Durant le trajet qui me mène de l'aéroport jusqu'au Trinity College, j'observe attentivement les rues de Dublin autour de moi. J'ai envie de profiter de la ville, dont l'ambiance a l'air très différente de celle de Stockholm mais tout aussi agréable. Mais ça sera plus tard. Pour l'heure, je dois retrouver une vieille amie à la bibliothèque de l'ancienne université. Je la vois qui m'attend en haut des marches de pierre, une vieille archiviste renfrognée qui me donne un coup de canne en me saluant. C'est sa façon à elle de me dire qu'elle est heureuse de me revoir, et je la salue chaleureusement en retour. Mrs Macphee n'est pas très engageante mais elle fait partie des meilleures dans son domaine. Je prends de ses nouvelles tandis qu'elle me conduit au sou-sol. Je ne suis pas censé avoir accès à cette partie de la bibliothèque, mais être celui qui gère la très renommée bibliothèque de la Congrégation de Stockholm vous ouvre des portes. La vieille dame m'accorde un sourire et me souhaite bonne chance avant de repartir en claudiquant.

Je passe toute la matinée à rechercher une carte, un cadastre, ou même l'esquisse d'un plan, dans les manuscrits entreposés. Parfois, les reliques ne sont pas des livres ou des objets, mais des traces physiques inscrites dans le sol, aujourd'hui devenues des paysages auxquels on ne prête plus attention. Des indices dans les villes et les champs, comme les empreintes discrètes que des forces puissantes laissent dans l'épaisseur cachée du monde. En somme, je cherche l'équivalent du cratère de la Congrégation sur les cartes anciennes des régions d'Irlande.

Après plusieurs heures à comparer des cartes vieilles et récentes, j'ai enfin une idée relativement précise de l'endroit que je cherche, et de sa position. Je passe l'après-midi à préparer mon excursion (et à trouver les cartes postales les plus étranges possibles pour Jake et les autres), et dès le lendemain, je repars vers la frontière, droit vers Ulster, à bord d'une vieille automobile de location bringuebalante et que je malmène sur les routes de terre qui se multiplient au fur et à mesure que je m'enfonce dans la campagne. Je me suis inventé une histoire d'écrivain qui recherche un coin isolé du reste du monde pour finir son roman en paix, en espérant que ça marchera aussi bien que dans les films et qu'on me laissera effectivement tranquille.

Une fois installé dans la seule auberge ouverte à 40km à la ronde, je pars avec de l'eau, une carte de la région et mes chaussures de marche. Dans mon sac, il y a également mon presque-carnet de notes. En fait, il s'agit d'une copie d'un livre important et rare de la bibliothèque de la Congrégation, auquel j'ai rajouté des pages blanches pour pouvoir le compléter avec ce que je trouverais au cours du voyage. J'ai déjà noirci quelques pages à Riga et à Dublin, j'espère que mon escapade à Ulster m'apportera de nouvelles informations.

Les plusieurs heures passées à parcourir la campagne et les bois environnants auraient pu être fastidieuses si l'atmosphère n'était pas aussi agréable ici. Le paysage est nouveau pour le scandinave que je suis, et en même temps il paraît très ancien. Finalement, je trouve la butte aux contours étranges que je suis venu chercher. On dirait juste un tertre de prime abord, puis, en le contournant, on se rend compte qu'il est immense, et bien que l'érosion ait commencé son œuvre, les contours aux formes découpées et abruptes de la colline ne sont clairement pas dus aux actions de la nature ou de l'homme.

J'ai donc atteint ma destination, à la lisière d'un bois en pleine campagne. Peut-être que le tracé du tertre serait plus facile à comprendre vu du ciel, malgré la végétation... Je laisse cette hypothèse pour plus tard, je vais d'abord essayer d'esquisser les reliefs vus du sol. Mais avant cela, je m'assois pour me reposer un peu. J'ai l'habitude de marcher dans les rues de Stockholm mais la campagne irlandaise est bien différente... Je finis par m'assoupir, installé contre un épais tronc d'arbre.

J'ai une sensation étrange en me réveillant. Je n'ai pas dormi longtemps, mais suffisamment pour que des nuages assourdissent la lumière du soleil. Je me penche pour ramasser mon sac, mais un mouvement furtif, en bordure du bois, attire mon attention. Je reste à demi-penché, essayant d'observer sans faire de bruit. Probablement un petit animal, dont les couleurs, tantôt auburn ou plus sombres dans les ombres du sous-bois, apparaissent par intermittence entre les bosquets et les buissons. Je ne vois plus que les différentes teintes de vert de la végétation, et j'en déduis que l'animal est reparti. Je récupère le carnet dans mon sac, m'approche du tertre, et inspire longuement, pour me concentrer.

C'est quand j'arrête de m'éparpiller mentalement et que je me concentre, calmement, que je sens les auras. Parfois, je les oublie complètement, car je suis obnubilé par les idées qui fusent dans mon esprit. Mais là, au fond de la campagne d'Ulster, je peux sentir que je ne suis pas seul ici.
Mais je ne suis pas pour autant en danger. Pas cette fois. Alors je commence à esquisser les reliefs, à les comparer avec mes notes prises sur les manuscrits de Dublin, à noter mes réflexions quant à leur nature... Et du coin de l’œil, je guette les fourrés. J'attends.

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Astrid
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Astrid O'Dell

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Dim 14 Aoû - 21:28
Astrid n’aimait pas le soleil.
Pas au sens astronomique terme bien sûr, elle comprenait la nécessité de cette étoile pour que la Terre ne soit pas un funeste caillou gelé. Cependant elle le préférait largement caché derrière d’épais nuages ou, encore mieux, en train d’éclairer une autre face de la planète.
Elle exécrait autant son acerbe lumière que sa suintante chaleur. Sa peau d’humaine avait, à l’aube de son existence, maintes fois essuyé de vives brûlures à son contact. Et ses yeux, qu’ils soient noirs ou bleus, ne pouvaient s’en accommoder.
En outre l’ensoleillement était un véritable obstacle à son isolement. D’une part il attirait de bruyants humains jusque dans sa campagne isolée. D’autre part il était ardu de passer inaperçue lorsque sa peau blanche et sa crinière rousse chatoyaient sous ses rayons. Et pour couronner le tout, son ardeur lui rendait bien trop souvent pénible de se retrancher dans sa carapace de jupons, manteaux et écharpes.
Inutile de préciser alors que l’été représentait pour elle le comble de l’horreur, cette saison ayant le mauvais goût de combiner une présence intensifiée et prolongée de son Némésis.
La Créanne palliait cela en embrassant totalement sa nature nocturne durant les « beaux » jours. Et ces derniers temps le ciel irlandais flamboyait d’un bleu anormalement tenace.
Chaque nuit Astrid pestait un peu moins silencieusement devant les prévisions météorologiques alignant de petits astres jaunes. L’envie d’échapper à ses quatre épais murs se faisait de plus en plus pesante et une nuit elle se résolut finalement à pointer son museau hors de l’ombre protectrice de son toit.
Elle savait que pour s’éloigner au plus vite les lieux trop fréquentés elle devrait faire une partie du voyage de jour. Il n’y avait rien de plus désagréable que d’être réveillé par un humain importun.
Ce genre de périple était épuisant, bien qu’elle en eût toujours tiré une grande satisfaction. Ses longues migrations solitaires permettaient à son esprit de flâner hors du cadre des dossiers en cours, esquissant des pistes pour de nouvelles réflexions, appréciant des détails sous un autre angle, reconsidérant les priorités.
Ce jour-là elle fut tirée de sa sieste matinale par une douce brise traversant les parois du terrier improvisé. Au-dehors le vent avait enfin amené les nuages tant espérés. Instant de grâce ou paix durable ? Elle n’aurait su le dire, mais l’occasion était à ne pas manquer.
Elle trottina sur la berge. Derrière une rangée d’arbres s’étendait une prairie. Depuis combien de temps n’avait-elle pas été à découvert, baignée dans un de ces désert d’herbe verte ? Seul les cris des bourrasques successives amortissaient ce silence providentiel.
Il devait sans doute y avoir des rongeurs cachés là-bas. Depuis combien de temps n’avait-elle pas mangé ? Le poison était rare dans cette portion de rivière. Et le ciel était si magnifiquement gris.
Elle s’élança. Bondissant à travers cette mer de verdure. Tout sens aux aguets. Elle ne mit qu’une poignée de seconde pour le voir. Un humain. Son instinct lui dit de faire demi-tour, mais la curiosité fut plus forte. Son aura était particulière. Elle avait déjà croisé ce genre d’humain. Le « missionnaire » qui s’était trouvé sur sa route était ce genre d’humain.
Et celui-là était seul, endormi. Entouré de sac, gourde, et livres. De livres. Son cœur accéléra la cadence. Ce n’était pas dans ses habitudes de s’occuper d’un dossier pendant une ballade. Mais l’occasion était trop belle. Elle frissonna rien qu’à la pensée que peut-être qu’une seule de ces pages lui en révélerait plus que des nuits de recherches solitaires.
Juste un coup d’œil ça ne pouvait pas faire de mal, non ? Il n’allait pas se réveiller et si c’était le cas elle n’aurait qu’à fuir. Un contre un c’était jouable, non ? Personne ne connaissait cette forêt mieux qu’elle. Elle pourrait être loin avant qu’il n’essaye de lui parler.
Elle envisagea de reprendre forme humaine. Ce serait indéniablement plus simple pour se saisir d’un livre et décrypter sa couverture. Mais moins discret. Beaucoup moins discret.
Que dirait-il devant une adolescente nue essayant de prendre un de ses ouvrages ? Sans doute rien qu’elle ne veuille entendre.
Elle trottina vers le dormeur. L’odeur de l’herbe se mêlait à celle du corps qui y reposait, tiède et hostile, et pourtant si imprégnée des effluves de vieux papiers et reliures de cuir qu’elle aimait tant. Elle était tout prêt à présent, à quelques enjambées à peine du possible eldorado de feuilles et d’encre.
Sa gueule n’était-elle pas trop petite pour porter un si gros volume ? Et si elle se contentait d’une des feuilles volantes déposée à coté ?
Ses questionnements se pétrifièrent lorsqu’elle vit les doigts de l’humain se contracter à son approche. Le réflexe de fuite repris le dessus. S’emparant d’un document au hasard, la créanne se précipita vers les bois.
A couvert et hors d’haleine, elle lâcha son butin. Une pauvre carte de la région comme elle en possédait déjà une vingtaine. Frustrée elle porta alors son regard vers la raison de sa fuite qui s’était alors éveillée.
Elle pouvait encore continuer son chemin, disparaitre dans les fourrés, chasser un peu, s’adonner à des réflexions futiles. Cependant elle n’arriva pas à se détacher du pressentiment que c’était là une quête nécessaire, de l’espoir qu’il relâche sa garde, de l’idée qu’elle puisse passer à nuit à décrypter les mystères de son origine plutôt que d’agir en vulgaire loutre.
Elle s’installa donc en sentinelle, patiente et déterminée, ne détachant pas son regard de la longue chevelure cendrée.
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Fray
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Fray Almovitsh

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Dim 4 Sep - 22:32


Tandis que j'avance au milieu des étranges formes de la prairie, je continue à percevoir la présence de la mystérieuse créature, mais puisqu'elle reste cachée, j'en déduis que je n'ai rien à craindre d'elle. Pour le moment du moins. J'essaie d'agir le plus naturellement possible pour ne pas l'effrayer, ce qui pourrait me mettre en mauvaise posture puisque je suis complètement seul. Je reste donc sur mes gardes, et je prends mon temps, à prendre des notes lisibles et à reproduire le schéma le plus clair possible.

Je compare mon dessin aux photocopies des documents conservés à la Congrégation, sans cesser de lever les yeux vers les irrégularités du paysage face à moi. Je passe la main sur la roche qui s'est érodée avec le temps ; elle devait plutôt ressembler aux parois du cratère de la Congrégation à l'origine. Après avoir passé tout un après-midi dans la campagne irlandaise, mon hypothèse quant à l'origine de cette étrange prairie sauvage et bosselée semble se confirmer. Un coup d’œil à ma montre m'apprend que si je ne traîne pas trop, je peux être rentré à l'auberge avant que le soir tombe.

Je range mes carnets de notes avec les bouquins au fond de mon sac, et cherche le plan de la région sur lequel j'avais tracé mon itinéraire. Je soupire bruyamment : c'est évidemment le moment que j'ai choisi pour le perdre... Allons bon ! Je m'assois et vide le contenu de mon sac. Non, la carte ne s'est pas glissée dans la poche intérieure de la besace, ni entre les pages d'un des livres... Je fais le tour de l'arbre contre lequel je me suis assoupi. Rien. Je parcours de nouveau l'étendue d'herbe  dégagée, en bordure de la forêt, où je me suis baladé. Rien non plus.

Et forcément, pas de réseau ni de GPS... Je n'ai jamais fait partie des scouts et je me retrouve sans carte dans un pays que je connais à peine, dans une prairie située à au moins deux kilomètres du sentier balisé Je suis bien parti pour me perdre si je rentre seul !

Je reviens au niveau de mon sac, me tiens bien droit, et ferme les yeux. Il faut que j'arrête de me dissiper et que je me concentre. Si je me concentre... je retrouve la présence, pas tout à fait humaine, tout près. Peut-être une créanne, puisque son aura particulière rayonne différemment des autres. Je me dis que j'ai probablement égaré la carte tout seul, mais le fait que la créature soit toujours là n'est pas anodin.
Et puis, si je me trompe, il n'y aura personne dans ce bout de campagne isolé de tout pour m'en tenir rigueur ! Aussi, je me tourne vers les fourrés pour que ma voix porte bien, et j'essaie de l'interpeller :

- Bonjour ? Je suis Fray Almovitsh et j'ai besoin de ma carte, est-ce que vous savez où elle se trouve ?

Si elle se cache depuis le début, c'est peut-être qu'elle n'est pas très ouverte à la discussion... Peut-être même deviendrait-elle hostile à l'idée de s'approcher ? Dans le doute, et un peu inquiet, j'ajoute :

- Ça ne sert à rien de s'en prendre à moi, je suis expérimenté, je peux me défendre !

Bon, pour la crédibilité, on repassera... Je me demande comment je peux pousser une mystérieuse personne à l'aura peu ordinaire à m'aider, alors que celle-ci est restée à distance depuis que je suis arrivée... Elle s'est tenue à l'écart, et pourtant, elle est restée ! Il doit bien y avoir une raison à sa présence... J'essaie encore une fois :

- J'ai de l'eau, un peu de nourriture... on peut trouver un arrangement, je vous demande juste si vous savez où est passée ma carte, j'ai besoin de la récupérer, d'accord ?

Alors, est-ce qu'elle va se montrer ?

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