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Des paroles. Des réflexions. Un objectif. [Nao ♥]
Leaf
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Leaf

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Sam 17 Sep - 21:00

Leaf s’impatiente. Il a envie de bouger, je ne peux pas le lui reprocher. Ça fait des semaines que nous sommes rentrés sur Stockholm. Des semaines que je suis comme dans un état second. Enfin. Que je réfléchis, toujours. Que j’essaie d’analyser, de voir, de saisir ce qui m’a échappé pendant deux-cents ans. Et Leaf, pour parler familièrement, n’en a strictement rien à foutre. Il a été gentil, hein. Mais il en a marre. Il n’a jamais été très très patient.

Il se plante devant moi, les bras croisés.

Azur, ça ne peut pas durer.

Je lève les yeux vers lui, peu disposée à parler de tout ça maintenant. Il fallait que je comprenne, pourquoi, comment, on m’avait toujours dit, durant toute ma vie, que…

Je sursaute quand il pose brutalement ses mains sur mes épaules.

Il faut que tu te reprennes, merde ! Tu peux pas rester dans un tel état de… de léthargie !

Il serre les dents, je sais qu’il veut dire autre chose. Je garde obstinément la bouche fermée. Je sais qu’il voudrait que je parle. Allons Leaf, je sais que tu ne diras rien de…

Je suis désolé, mais c’est presque… pitoyable !

Je hausse un sourcil.

Tu me fais des remarques, maintenant ? je ricane.

Il se recule.

A quoi ça te sert de réfléchir autant ? Ça fait des semaines que tu te poses les mêmes questions. Je ne comprends pas pourquoi tu te tortures à ce point avec ça. Tu pensais vraiment que toutes les créannes étaient douces et gentilles ?

Je me pince les lèvres, avant de me mettre debout pour lui jeter un regard froid.

Tais-toi.

T’y peux rien, et ta léthargie ne ramènera malheureusement pas cet enfant !

La ferme.

Tu penses vraiment pouvoir changer quelque chose en te torturant l’esprit-

FERME TA GUEULE !

Il se tait, choqué. Les larmes me piquent les yeux. Pourquoi ? Pourquoi n’ai-je jamais rien vu ? Comment ai-je pu louper quelque chose d’aussi important ? Même Leaf, âgé d’à peine un an, a été plus lucide que moi ! Je pensais… les créannes, ne voulaient-elles pas juste vivre en harmonie avec ce monde ?

Avais-je été naïve à ce point ?

Qu’avais-je loupé d’autre ?

Je serre les dents, la gorge nouée.

Je suis désolée.

Sans rien ajouter, je prends ma forme de faucon et prends mon envol.

Seules des réponses pourront apaiser la culpabilité que je ressens. Des réponses, pour que je sache quoi penser. Me remettre les idées en place. Savoir quoi faire.

J’ai besoin d’aide. Je n’aime pas l’admettre. Mais c’est un fait.

En regardant le ciel, un nom, un souvenir me revient à l’esprit.

Je sais qui je dois aller voir. Celui qui a mis à la base tous ces doutes dans mon cœur. Nao.

Je ne sais pas où le trouver. Je ne sais même pas s’il est encore sur Stockholm aujourd’hui. Une note, une seule franchit mon bec, comme un appel.

Il y a une aura de créanne, plus loin. Je ne sais pas si c’est la sienne, je perçois juste sa puissance.

Je rabats un peu mes ailes, plonge vers la forêt ; reprends forme humaine en touchant le sol.

Chance ? Hasard ? Je lève les yeux vers la créanne chouette.

Salut. Ça fait un bout de temps, pas vrai ? Comment vas-tu ?

Un temps. Mes lèvres tremblent.

Il faut qu’on parle. S’il te plaît.

Je ferme les paupières, écrase les larmes au fond de mes yeux.

Aide-moi à retrouver mon chemin, je t’en supplie.

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Nao
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Dim 18 Sep - 0:47

Des décisions ont été prises récemment, de mon côté. Beaucoup de choses ont été à revoir, que ce soit mon regard sur le comportement des missionnaires ou ma place au sein de la Congrégation. Je cherche de mon mieux du soutien parmi les créannes déjà présentes là-bas, mais je me rends rapidement à l'évidence que celles-ci ne veulent pas être mêlées à un quelconque projet. Pour la plupart, celles-ci sont là afin de se protéger elles-mêmes des autres créannes ou des missionnaires. C'est en quelque sorte un parti pris ; celui de s'allier à ceux qui veulent en partie nous détruire pour s'assurer de ne pas être attaquées à cause de leur neutralité, ou leur manque d'hostilité envers eux. Pas stupide. Au final, c'est aussi la raison pour laquelle je me suis rapproché de Stockholm... Mais j'en ai plus qu'assez de toute cette inactivité. De tous ces gens qui ne se bougent pas. Qui attendent simplement que les choses changent, ou que la situation évolue.

La vieillesse me rend grincheux. Peut-être simplement moins tolérant à certaines choses que j'acceptais beaucoup plus facilement avant. L'inaction. La passivité. La discrétion. Cela, je le resterai sans doute en partie toujours ; mais je sais aussi qu'il y a un moment où je devrai me mettre un peu plus en avant. Ne serait-ce que parce que je refuse de laisser mes idéaux partir en fumée. Peut-être est-ce le moment de se bouger davantage. Trouver des solutions et les mettre en place plutôt que de simplement faire semblant d'en chercher en se tournant les pouces.

Mes absences sont plus longues à la congrégation, et c'est assez recherché ; Warren n'y est plus, même si je croise parfois Fray et Alexander, qui me sont tous deux d'une grande aide. Autant dans mes projets que psychologiquement ; j'ai besoin qu'on me rappelle de temps en temps que le combat que j'échoue à mener vaut bien plus que ce qu'il n'a l'air de rapporter. Ce n'est pas que du temps de perdu, des coups de récupérés ou des doutes. Ce n'est pas que ça. Mais seul, je constate bien vite que mon influence sera bien limitée.

Toutes ces créannes que j'ai rencontrées au fil du mois, et il y en a à présent quelques dizaines, je les ai revues, je leur ai parlé ; quelques unes acceptent de me suivre, d'essayer de m'aider dans ma tâche.

J'ai tenté de les rassembler. Ne pas avoir de chez-moi ne m'aide cependant pas à leur donner un point de rendez-vous ; nous nous sommes donc retrouvés plusieurs reprise dans un coin précis de la forêt. Un endroit discret mais reconnaissable...

Seules certaines d'entre elles sont venues. Toutes n'ont pas accepté, et surtout beaucoup ont leur vie ailleurs. Toutes ne sont pas sauvages. J'y ai cependant croisé des créannes très jeunes, de quelques semaines à peine, que j'avais rencontrées plus tôt. Et j'ai été heureux de leur parler, de répondre à leurs questions. Quelque part, même si elles ne partagent pas totalement mon point de vue, se retrouver en communauté de cette manière a délié les langues, peut-être ouvert des esprits. Nous étions ensemble, mais aussi en sécurité. Prêts à répondre aux questions que nous avions, mais aussi à partager des moments plus simples. Presque comme un groupe d'amis... C'était étrange, pourtant aucune ne se connaissait ! Une sorte d'aura particulière flottait autour de nous, et j'ai aimé l'ambiance que j'y ai retrouvée. Parce que, pour la première fois depuis longtemps dans ma vie, j'avais trouvé ma place quelque part. Et j'ai senti ce jour-là qu'elle ne pouvait pas être ailleurs.

Depuis, mes rencontres avec les créannes plus proches de Stockholm ou qui ont migré ici se font plus récurrentes. Tantôt en ville, pour boire un verre, tantôt dans la forêt pour les plus timides ou les créannes à formes uniquement animales.

Étonnamment, Sylvia est restée. C'est une sacrée garce, mais elle a un caractère taquin et protecteur que j'apprécie malgré tout. Je ne sais pas trop pourquoi elle est encore là, mais je me demande si son opinion n'a pas aussi été ébranlée lors de nos échanges. Elle a l'air de s'interroger. Et qu'elle le fasse me remplit aussi beaucoup d'espoir. Je crois qu'elle aussi a peur de tout ce que ça pourrait impliquer...

Après l'avoir quittée aujourd'hui, je reste un peu à l'ombre, dans la forêt. Blotti sous les feuilles d'un grand arbre, je savoure le calme. Calme brisé par un cri ; mes oreilles se dressent aussitôt qu'il me semble le reconnaître. Je sautille sur le bord de la branche, regarde autour de moi. Je m'envole sans bruit et vais me poser au sol, me retransformant en humain. Il fait encore étonnamment chaud aujourd'hui ; je soupire et m'attache brièvement les cheveux en essuyant mon front.

Quelques secondes plus tard, Azur se pose.

Je ne mets pas longtemps à la reconnaître, mais ce fait n'est pas vraiment celui qui m'intéresse le plus ici. Elle s'est retransformées immédiatement et ses yeux brillent de larmes contenues ; je m'approche lentement.

— Bonjour, Azur... Ça fait longtemps, en effet.

Je ne sais pas quoi répondre. Sa détresse me touche, pour autant, je suis tellement décontenancé...! Je ne m'attendais pas à la voir, pas après autant de temps. Mais j'oublie rarement ceux qui m'ont marqué...

— Je vais visiblement bien mieux que toi, souris-je avec tristesse, avant de lui tendre la main. Viens, nous pouvons parler si tu veux. Posons-nous ailleurs... Tu veux bien me dire ce qu'il t'arrive ?

Je l'invite à me suivre. Cela dit, je n'ose pas faire de geste de réconfort appuyé vers elle. J'espère qu'elle prendra ma main tendue comme tel...

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Dim 18 Sep - 19:28

Je suis faible. Je déteste ça. Je déteste l’admettre. Je lui ai déjà fait cette remarque le soir de Noël. Que j’étais probablement trop faible pour changer d’opinion. Mais alors, je ne devais pas considérer ça comme une vraie faiblesse. Aux yeux de la sagesse c’est une faiblesse. A mes yeux ça ne l’était pas vraiment.

Mais maintenant ? Je viens en pleurant telle une enfant en lui demandant de l’aide. En plus c’est affreusement impoli de ma part. Revenir vers quelqu’un après six mois sans l’avoir vu, pour lui demander de l’aide, c’est tellement… tellement… je ne sais pas, mais ça ne se fait pas…

J’ai été un peu trop abrupte dans mes paroles. Je me redresse un peu.

Désolée. C’est juste que…

Mes mots se bloquent, je baisse les yeux vers la main qu’il me tend. Je suis mal à l’aise, très mal à l’aise. Il est gentil avec moi. Alors que je n’ai jamais été autre chose que stratégique envers tout le monde. Alors que je viens lui réclamer de l’aide, après des mois sans le voir. Il aurait pu partir. Me dire qu’il n’avait pas de temps à me consacrer. Me dire qu’il n’était pas un objet destiné à satisfaire mes envies de dialogue. Il pourrait…

Allons Azur, reprends-toi. Arrête de jouer la petite fille, c’est pitoyable, tu vaux mieux que ça non ? Tss, c’est à se le demander…

Ma main se retrouve dans la sienne.

Merci…

Nous nous éloignons. Je ne sais pas trop où est-ce qu’on va. Mais ce n’est pas ce qui compte. Les mots seuls ont une importance aujourd’hui. Les mots et les convictions. J’ai besoin d’en retrouver, sans quoi je serais vide. Et inutile. N’ai-je vraiment servi qu’à guider les jeunes créannes dans le monde faux dans lequel je croyais vivre ? Combien de vies ai-je bouleversé en faisant ça ?

Il s’est passé… beaucoup de choses, souris-je faiblement. Tout est flou, aujourd’hui. Te souviens-tu de notre première et dernière conversation ? Tu es le premier à avoir jamais pu ébranler mes convictions. Aujourd’hui elles s’effritent et tombent en poussière. J’ai besoin… je suis tellement désolée de te demander ça aussi soudainement en sortant de nulle part… j’ai besoin qu’on m’aide à balayer la poussière et à rebâtir des fondations. Toi seul… je crois… peux faire une telle chose.

J’hésite. Je ne sais pas par quoi commencer. Les humains, les créannes, les missionnaires… tellement de points dont la définition me semble devenir floue et insaisissable.

Au final… qui sont les méchants de l’histoire ? Contre qui, contre quoi, devons-nous nous battre ?

Je récupère ma main, la passe sur mon visage pour dégager les cheveux qui me tombaient dans les yeux. Je souffle un peu ; lève les yeux pour croiser son regard.

Les créannes ne semblent pas… être totalement le peuple que je pensais connaître. Je me sens comme une étrangère. Qui sommes-nous ? Quel est notre but ? Je crois que j’avais tendance à faire un peu trop de généralités…

C’était si étrange d’enfin poser toutes ces questions à voix haute…

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Ven 28 Oct - 16:34

La détresse des autres m'atteint toujours énormément. Savoir que quelque chose les touche autant, surtout lorsque je les imaginais forts, bien campés sur leur jambe, me trouble au plus haut point. Le visage d'Azur est tordu par la peine. Je me contente de secouer la tête lorsqu'elle s'excuse, puis de serrer sa main dans la mienne en l'accompagnant d'un sourire lorsqu'elle accepte de la prendre. Je la guide doucement à travers les bois, cherchant simplement un endroit où nous asseoir. Pour autant, notre promenade calme la pousse à parler, et je l'écoute sans rien dire, attentif. Mes yeux vont à la rencontre des siens, alors que je marche avec beaucoup plus d'aisance qu'autrefois sur ce terrain connu.

Bien entendu, je me souviens de notre conversation. Je fais de la place en balayant les souvenirs inutiles pour laisser ceux importants s'installer ; quelque part, je suis heureux qu'elle soit venue me retrouver moi, surtout si mes mots ont fait écho quelque part en elle. Pour autant, j'ai l'impression d'avoir créé un cataclysme...

Mon sourire s'étire à nouveau, triste et vague. Mes yeux se détournent sur la forêt. Des généralités, hein...

— Faire des généralités est pire que tout, en effet. Je suis plutôt content que tu t'en sois rendue compte... Pour autant, je suis désolé si cet effondrement de tes convictions t'a causé du tort. Je ne souhaite vraiment pas le mal, simplement… parler, et faire comprendre.

Un instant, je laisse le vent souffler autour de nous. Puis, gentiment, j'invite Azur à s'asseoir sur une souche.

— Installe-toi, ce sera peut-être long, je souris maladroitement. J'ai peur de ne pas être à la hauteur de tes espérances, cependant. Alors réfléchissons tous les deux, d'accord ?

Je m'installe à même le sol, devant elle, peu gêné de la saleté qui pourrait s'accrocher à mon pantalon.

— Qui nous sommes, je pense que tu le sais. Qui penses-tu être ? je l'interroge d'ailleurs avec douceur. Pour moi, nous ne sommes pas autre chose que ce que nous prétendons être. Nous sommes des créatures nées des dieux, ou des hommes pour certaines, mais nous ne sommes pas humains. Pour autant, comme toute créature… nous voulons vivre, prospérer, nous multiplier. Ceci est le propre de tous les êtres vivants, quand bien même nous n'avons pas la même forme que les autres. Pourquoi devrions-nous nous entre-déchirer, pourquoi devrait-il y avoir un ennemi ?

Le silence plane un peu.

— Si ennemi il y a, il n'est sûrement pas représenté par des peuples ou des personnes, mais par les idées, souvent violentes, que ces mêmes personnes véhiculent. Ce qu'il faut combattre, ce sont les préjugés, ceux qui tentent de nous discréditer par ce biais… et ceux qui nous discréditent par leurs actions.

Mon regard se fait plus dur à cette mention, mais je me mordille la lèvre. Les choses ne sont pas aussi simples que cela, j'en suis parfaitement conscient.

— Je ne suis pas sûr qu'on puisse dire qu'il y a réellement des gentils ou des méchants... Le monde n'est pas manichéen, tout n'est pas blanc ou noir, ou bien bon ou mauvais. Que tu reconnaisses que ton peuple puisse faire de mauvaises actions n'est pas une preuve de rejet de ta part, mais une preuve de lucidité. Condamner ce que font certains de tes semblables ne devrait pas te conduire à te sentir étrangère à eux… à nous.

Un sourire que je veux plus doux.

— Même chez les humains, il y  a du bon comme du mauvais. Il suffit de savoir où se placer, et à côté de qui se battre… Certains veulent le pouvoir pour le pouvoir et par la force ; d'autres veulent vivre normalement et améliorer leurs conditions de vie, vivre le mieux possible. J'aimerais bien que nous vivions de manière paisible, nous aussi. Est-ce que c'est utopique, ou bien peut-on y rêver ?

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Ven 11 Nov - 22:17

Je capte le sourire qui étire ses lèvres. Loin d’exprimer de la joie. Pourtant, cela reste un sourire, et malgré tout, ça a tendance à apaiser, ne serait-ce qu’un peu, mon cœur paniqué par le brouillard dans lequel je m’engage.

J’ai tout de même une faible grimace. Faire des généralités, c’est pire que tout. Les mots et la vérité font mal. Savoir qu’on a fait des erreurs, et qu’on nous le confirme, ça fait mal. Pourtant, on en a besoin. Pour ne plus les refaire. Je tourne les yeux vers lui.

Tu n’as pas à t’excuser. Il faut mettre la vérité devant les yeux des gens pour les faire changer dans le bon sens. Du moins, j’espère que c’est dans le bon sens, souris-je doucement. Je m’en veux d’avoir eu les yeux aussi fermés. Je ne comprends même pas pourquoi j’ai passé 200 ans à penser ainsi, au vu du monde que j’avais sous les yeux. Je suppose que… je veux me rattraper. Me faire pardonner pour tout ce que j’ai pu faire aussi.

Je m’assois sur la souche d’arbre qu’il me présente.

Tu le seras. Quoique tu me dises, quoique tu me reproches, j’ai juste besoin de parler… avec quelqu’un qui a vu le monde, qui sait réfléchir à son propos, qui en a l’expérience.

Leaf… une vague de culpabilité me submerge quand je réalise à quel point je l’ai déjà embobiné par mes mots et mes gestes. Il m’est soumis, il m’écoute, il m’obéit. Je suis désolée… peux-tu encore retrouver ta propre opinion, Leaf ? Parfois, quand je suis dans ton esprit, je t’entends. J’entends tes murmures disant que tu ne sais pas pourquoi nous faisons ce qu’on fait. Mais que tu le fais parce que tu m’aimes et que tu as décidé de te dévouer à moi. Tu mérites tellement mieux, jeune créanne…

Je reporte mon attention sur Nao.

Qui je pense être ? Pour le moment, un être perdu qui ne sait pas à quelle famille il appartient. Auparavant, j’étais juste la femme-faucon, ennemie des missionnaires, amie de toute créanne. Aujourd’hui ? Je ne sais plus à qui me vouer, et à qui accorder ma confiance.

Je me pince les lèvres. Pourquoi devrait-il y avoir un ennemi ?

Je ne sais pas. Il y en a toujours eu un, on m’a toujours dit qu’il y en avait un.

J’ai un petit rire amer. Et moi, j’ai tout suivi comme un mouton. Sans chercher à savoir pourquoi on me demandait de me battre. Oh bien sûr, au début je me posais des questions. Mais j’étais jeune. Et influençable. Je voulais m’accrocher à des convictions pour avancer dans ce monde que je ne connaissais pas. Alors j’ai pris celles-ci… sans plus réfléchir, et analyser. Mais quelle stupidité…

Oui, les mauvaises idées sont les vrais ennemis. C’était bien ce que je ne comprenais pas avant. Disons que j’associais chaque mode de pensée à un type de personne ; c’est bien le truc du préjugé.

J’ai malgré tout un maigre sourire quand il dit que mon genre de prise de conscience est une preuve de lucidité.

Ce n’est pas condamner ce que certains font qui me rend étrangère. C’est plutôt de me rendre compte que je ne les connaissais pas. Ou plutôt, de me rendre compte que je suis étrangère au monde réel. J’ai vécu dans un monde de mensonges, et j’ai transmis ces mensonges.

Je lève un instant les yeux vers le ciel.

Tant qu’il y aura des gens comme moi qui croient tout ce qu’ils entendent, ça posera toujours problème.

Je repose mon regard sur lui, un sourire trace son chemin sur mes lèvres.

Mais tant qu’il y aura des gens comme toi qui savent manier les mots, les gens comme moi peuvent aussi ouvrir les yeux.

Encore faudrait-il que mes yeux restent ouverts et que je ne refasse plus de telles erreurs.

Comment être sûr de voir où nous allons ? Si ce que nous faisons est bien ? Refaire des erreurs m’effraie. Leur impact. Sais-tu seulement combien de créannes j’ai poussées à penser comme moi ? Je ne veux plus faire ça. Je ne veux plus les pousser à penser des choses fausses…

Je lui jette un regard perdu.

L’instabilité m’effraie. J’ai besoin de savoir où j’en suis, où je vais. Et toi, où est-ce que tu en es, et où est-ce que tu vas ?

Un temps.

Tu sais trouver les mots justes, ceux qui touchent. C’est un pouvoir puissant, tu sais. Tu peux faire de grandes choses.

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